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A la recherche du Zizou des années 1930

Kopa, Platini, Francescoli... Depuis l'avènement du roi ZZ au milieu des années 1990, celui-ci a été désigné comme l'héritier de nombreux glorieux anciens. Alors, à l'occasion de son cinquantième anniversaire, nous nous sommes fixés l'objectif suivant : retrouver, à travers les descriptions de la presse (les images de l'époque étant rares), le Zizou des années 30. Résultats de l'enquête !

Le maestro Zidane. Archives Richard Mouillaud.

Profil recherché


Sans aucune vidéo ou presque, retrouver le Zidane des années 30 peut paraître audacieux voire impossible. Pourtant, en y réfléchissant bien, qui ne connaît pas par cœur les qualités de notre Zizou national : élégant au possible, passeur de génie, dribbleur d'exception, meneur de jeu hors pair. Côté points faibles (ou plutôt "points moins forts" pour un tel joueur), on peut peut-être penser à sa vitesse, plutôt moyenne, et son jeu de tête qui, de son propre aveu, a été son talon d'Achille tout au long de sa carrière... sauf un certain soir de 12 juillet 1998. Le joueur recherché doit donc être décrit par la presse de l'époque comme étant un meneur de jeu hors-pair, figurant bien évidemment parmi les meilleurs joueurs de son temps, élégant, doté d'une qualité de passes et de dribbles bien supérieure à la moyenne. Pour coller au mieux, il faudra également se renseigner sur le caractère des profils étudiés puisque, à l'image de l'ancien numéro 10 des Bleus, notre ZZ des années 30 devra être un taiseux, plutôt discret dans la vie de tous les jours. Place à l'enquête !


José Andrade (Uruguay). Ressemblance avec Zidane : 20%

José Andrade. Portrait par Barend Geijsen.

Pourquoi il lui ressemble : De la même façon que Zizou est l'homme qui symbolise la génération France 98, José Andrade est demeuré dans les mémoires comme l'homme fort de la grande sélection uruguayenne des années 20-30. Bien qu'évoluant en tant que demi-centre (équivalent du milieu défensif), Andrade est peut-être le premier grand meneur de jeu de l'histoire du football. Dribbleur de génie, il sait aussi bien être à la construction des actions qu'à la finition... du moins quand il n'est pas aux deux à la fois ! Avec ses arabesques, il devient le chouchou de la foule parisienne lors des J.O. 1924 avant de terminer sa carrière en apothéose avec le titre Mondial de 1930.


Pourquoi Andrade, c'est pas Zizou : Outre son sens du dribble, le milieu uruguayen est demeuré célèbre pour sa détente exceptionnelle, une qualité que n'a jamais eu Zidane. Du côté du personnage, là aussi ça ne colle pas. Grand fêtard (on dit même qu'il fit chavirer Joséphine Baker lors des J.O. 1924 !), Andrade ne connut jamais la vie de famille apaisée si chère à ZZ. Borgne, rongé par l'alcool, il décèdera dans la misère en 1957 à tout juste 56 ans.


Giuseppe Meazza ( Italie ). Ressemblance avec Zidane : 40%

Giuseppe Meazza. Crédits : The New Europeans

Pourquoi il lui ressemble : Tout comme Zidane, Giuseppe Meazza a connu les quartiers populaires avant de devenir l'un des meilleurs joueurs de son temps. Là où Zizou a tapé ses premiers ballons dans le quartier de la Castellane à Marseille, Meazza, lui, s'est exercé du côté de la Porta Vittoria à Milan. Gamin surdoué, le jeune italien avait connu une ascension fulgurante en s'imposant à l'Inter Milan dès ses 17 ans. Très rapidement, il était devenu la nouvelle arme fatale de l'équipe d'Italie. Avant-centre d'abord puis meneur de jeu ensuite avec l'émergence du buteur de la Lazio Silvio Piola, il est le grand bonhomme des deux titres mondiaux obtenus par la Squadra en 1934 et 1938. Dépeint par l'ex-international français Lucien Gamblin comme "un artiste du ballon, fin, racé et élégant", Meazza s'approche également de Zidane par son l'influence qu'il a sur le jeu de son équipe. "Dribbleur émérite, excellent stratège, actif, clairvoyant et toujours bien placé", l'Italien rend ses coéquipiers meilleurs et bonifie le jeu de son équipe. Son sélectionneur Vittorio Pozzo déclarera d'ailleurs à son sujet que "l'avoir dans son équipe signifiait partir avec 1-0". Une déclaration qui n'est pas sans rappeler le célèbre "Donnez moi Zidane et dix bouts de bois et je vous gagne la Ligue des Champions" de Sir Alex Ferguson...


Pourquoi Meazza, c'est pas Zizou : Avant-centre pendant une large partie de sa carrière en sélection et pendant l'entièreté de sa carrière en club, Meazza était beaucoup plus buteur que Zizou. Capitaine charismatique, meneur d'hommes à la vie privée décousue, le génial italien était bien loin de la vie calme et rangée de l'ancien numéro 10 des Bleus.


Györgi Sarosi (Hongrie). Ressemblance avec Zidane : 60%

Györgi Sarosi

Pourquoi il lui ressemble : "Magicien du football aux mouvements gracieux et aisés, Sarosi imprime au jeu de son équipe sa propre manière de jouer". A la lecture de ces mots de Lucien Gamblin, impossible de ne pas voir pourquoi la comparaison entre Sarosi et Zidane paraît évidente. Milieu de terrain devenu avant-centre pour pallier un déficit à ce poste au sein de sa sélection, Sarosi est sans conteste l'un des plus grands joueurs hongrois de l'histoire avec Ferenc Puskas et Sandor Kocsis. Capitaine de sa sélection, il est l'homme qui emmena la Hongrie en finale de la Coupe du Monde 1938, tournoi dont il termine meilleur buteur avec cinq réalisations. Véritable légende dans son pays, il connaîtra, à l'instar de Zidane, une belle carrière d'entraîneur qui le conduira notamment du côté de la Juventus avec qui il remportera le Scudetto en 1952.


Pourquoi Sarosi, c'est pas Zizou : Docteur en droit, Györgi Sarosi n'a pas connu l'enfance de Zizou à taper le ballon dans les quartiers populaires d'une grande ville. Doté d'un caractère bien trempé malgré une timidité apparente, le capitaine hongrois n'hésite pas à donner son avis sur la tactique employée par sa sélection. En mai 1942, il part au clash avec le président de sa Fédération au sujet du WM, tactique qu'il n'apprécie pas mais que la Fédération veut imposer à la sélection. Une prise de position forte sur un choix tactique que Zidane n'a jamais adopté durant toute sa carrière.


Matthias Sindelar (Autriche). Ressemblance avec Zidane : 70%



Matthias Sindelar, 'l'homme de papier".

Pourquoi il lui ressemble : Déjà, parce que tout comme Zizou, il a fait partie des trois meilleurs joueurs de sa génération. Ensuite parce qu'il est peut-être celui dont le profil se rapproche le plus de l'ancien numéro 5 du Real. Capable de dézoner, de dribbler, de marquer, de délivrer des passes décisives, Sindelar est considéré par le journaliste français Jean Eskenazi comme "le stratège le plus formidable qui ait jamais opéré sur un terrain de football". En 1933, à l'occasion d'un match amical contre la France, Sindelar subjugue le public parisien de son talent. Auteur de deux buts et d'une passe décisive, il met en déroute la défense française mais reçoit les applaudissements des spectateurs français qui s'inclinent devant tant de classe. Outre le joueur, le personnage ressemble lui aussi à notre ZZ national. Né dans la pauvreté, Sindelar a toujours gardé sa simplicité et a vécu dans le quartier de Vienne qui l'avait vu grandir tout au long de sa vie. Héros populaire à Vienne, son accessibilité lui valut de faire la quasi-unanimité au sein du peuple autrichien, à l'image de Zizou en France aujourd'hui. Décédé en janvier 1939 dans des circonstances troubles, il reçut un hommage populaire de la part de plus de 10 000 personnes lors de son enterrement.


Pourquoi Sindelar, c'est pas Zizou : Malgré son statut de "stratège", Sindelar était, tout comme Sarosi, bien plus buteur que Zidane. A l'image de Meazza avec Piola, il forma un duo d'attaque redoutable aux côtés de Josef Bican au sein du Wunderteam autrichien des années 30. Du point de vue physique, si la vitesse n'était pas non plus son point fort, Sindelar était loin d'être aussi athlétique que Zidane. Son aspect chétif voire presque maladif lui valu d'ailleurs un surnom : "l'homme de papier".


Henri Hiltl (Autriche / France ). Ressemblance avec Zidane : 80%


Pourquoi il lui ressemble : De toute notre liste, Henri Hiltl est le seul joueur français dont le profil nous a fait penser à celui de Zizou. Pur meneur de jeu, Hiltl fut d'abord considéré comme l'héritier de Sindelar en sélection autrichienne. Puis, après sept années en France du côté de l'Excelsior Roubaix, c'est sous le maillot frappé du coq qu'il connut les joies des rencontres internationales en 1940, pour le plus grand plaisir de ses nouveaux coéquipiers :


"Quel plaisir de jouer à côté d'Hiltl ! C'est un joueur épatant. Il construit le jeu de manière splendide. On peut presque entièrement se confier à lui. Quand il a la balle, à moins d'un miracle on ne lui prend pas." R. Courtois, avant-centre de l'Equipe de France


Ainsi, si Hiltl semble pour nous le joueur de l'époque dont le profil se rapproche le plus de Zidane c'est parce qu'il détient plusieurs caractéristiques communes avec le double buteur de la finale de 98. Tout comme lui, Hiltl était un meneur de jeu hors-pair. Tout comme lui, il était français. Tout comme lui il excellait sur coups de pieds arrêtés et surtout, tout comme lui, il était respecté et admiré de tous, en atteste ces mots du journaliste Victor Denis datant de 1938 : "A le voir, on a l'impression que le football est la chose la plus facile du monde, tant son style est aisé, subtil. Ses camarades, conquis, ne songent qu'à l'imiter". Taiseux et simple dans son mode de vie (il tiendra un bar à Roubaix après sa carrière), Hiltl est peut-être le joueur que Zidane aurait été dans les années 30, une époque où les transferts vers les plus grands clubs étrangers n'existaient pas et où il n'était pas rare qu'un joueur d'exception passe sa carrière dans un club moyen comme l'Excelsior.


Pourquoi même Hiltl, c'est pas Zizou : Si dans le style de jeu et dans le tempérament, Hiltl est celui qui nous a fait le plus penser à Zinédine Zidane, il lui manque tout de même une chose pour être LE Zizou des années 30 : le palmarès. Resté à Roubaix tout au long de sa carrière, il a vu sa carrière sous le maillot français être mise à mal par la Seconde Guerre Mondiale. Avec seulement deux sélections en Bleu (en 1940 et 1944), une Coupe de France, une Coupe d'Autriche et un Championnat de France, Hiltl demeure bien loin du palmarès de notre Zizou national, définitivement unique.

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