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La malédiction du Ballon d'Or !

Ça y est c’est fini… En ce mois de juin 2023, Karim Benzema a donc décidé de prendre sa préretraite en rejoignant l’Ittihad Club de Jeddah après un parcours accompli au Real Madrid… Il quitte ainsi la scène européenne avec la certitude d’avoir marqué à jamais l’Histoire du plus grand club du Monde et avec la satisfaction d’être aujourd’hui respecté par toute la Planète Football. Le Ballon d’Or qu’il obtiendra en cette fin de carrière en sera pourtant l’ultime consécration…


Le Nueve et son Ballon d'Or. Crédit : Getty Images

Chat noir malgré lui


Le lundi 30 octobre dernier, Karim Benzema se voit invité sur la scène du Palais des Congrès de Paris pour recevoir le Ballon d’Or… L’attaquant des Merengues est saisi par l’émotion et semble envahi par une sensation de bonheur intense. C’est qu’il est bien le plus légitime cette année pour le remporter tant son influence fut grande dans la conquête de la 14ème Coupe aux grandes oreilles du club madrilène. Et évidemment, ses 12 buts dans la compétition, pour la plupart décisifs, auront marqué les esprits. Ce Ballon d’Or couronne donc logiquement la saison de cet attaquant surdoué, parmi les plus complets et intelligents de son temps, et récompense aussi toute une vie de travail, d’abnégation, de courage, de sacrifices, mais aussi sa capacité à résister à la concurrence, à la pression et à tant de vents contraires.


Ce premier rendez-vous attribuant le trophée individuel suprême sous cette nouvelle formule calendaire a aussi pour particularité d’avoir lieu quelques semaines avant le début de la Coupe du Monde au Qatar. Mais malheureusement, et Benzema ne le sait sans doute pas, la conquête de ce Ballon d’Or le prive à présent de toutes les chances de se voir couronné Champion du Monde le 18 décembre suivant à Doha. Non pas parce que les Bleus n’ont pas d’arguments à défendre pour conserver leur titre, mais bien en raison de cette malédiction qui s’abat sur tous les Ballons d’Or participants à un tournoi mondial depuis les origines. Ainsi, et quel qu’il soit, celui qui s’engagera en compétition après avoir été le dernier récipiendaire ne sera pas un atout pour son équipe dans la conquête de la Coupe tant convoitée, bien au contraire…


C’est qu’il existe bien une Loi que tous les acteurs du football devraient censés connaitre : celle imprimée par le Diable, qui du haut de son Enfer observe tous ces petits bonhommes en culottes courtes et agit avec malveillance sur les plus talentueux d’entre eux… Déjà par le passé, les Matthias Sindelar, Valentino Mazzola, Zizinho et autres Ferenc Puskas ont été les victimes les plus illustres des différents sorts qu’il s’est plu à leurs jeter… Et ayant en aversion tout ce qui brille, le démon ne verra pas plus d’un bon œil la création de tous ces prix, récompenses, et autres trophées individuels… Dès lors, sa main noire malfaisante va se poser sur les Ballons d’Or en titre engagés en Coupe du Monde…


L’enfer c'est les autres


C’est ainsi qu’en cet été 1958, à l’heure du tournoi organisé en Suède et de l’avènement du jeune Pelé, les démons se sont déjà abattus sur le Roi de la Planète Football du moment qui n’est autre que le monumental Alfredo Di Stefano. Ballon d’Or en titre, le patron du Real Madrid, qui suite à sa naturalisation évolue désormais également sous le maillot de son pays d’adoption, ne peut en effet se distinguer en Coupe du Monde puisque malgré tout son talent, l’Espagne a échoué lors des qualifications au profit d’une Ecosse méritante. Di Stefano regarde donc le tournoi sur le petit écran et voit son coéquipier Kopa atteindre les ½ finales : désigné meilleur joueur du tournoi, le Napoléon du football lui succédera d’ailleurs au palmarès du trophée créé par France Football.

DIABLE 1 – BALLON D’OR 0


Quatre ans plus tard, la Squadra Azzurra se présente au Chili en affichant clairement ses ambitions. C’est qu’elle peut compter sur bien des atouts offensifs, et plus particulièrement sur le trio Rivera, Altafini, Sivori, ce dernier étant alors le dernier oriundo Ballon d’Or en titre… pour le plus grand malheur de ses nouvelles couleurs, puisque le Diable va mettre cette fois son grain de sable au cœur même de la formation Italienne. Ainsi, celle-ci ne passera pas le premier tour, affaiblie par le choix incompréhensible du sélectionneur Paolo Mazza d’écarter sept titulaires au moment d’aller affronter les Chiliens sur le champ de Bataille de Santiago et de pouvoir disputer à armes égales cette démonstration qui est encore aujourd’hui considérée comme ayant été la plus violente, la plus stupide, la plus effroyable, la plus répugnante et la plus honteuse de l’Histoire…

DIABLE 2 – BALLON D’OR 0


En 1966, le vent semble cette fois tourner du bon côté pour le détenteur du trophée. Se basant sur l’ossature du grand Benfica, le Portugal d’Eusebio accompli un premier tour de haute volée en battant le Brésil tenant du titre, puis en effectuant une des plus belles remontadas de l’Histoire de la Coupe du Monde face aux Nord-coréens en ¼ de finale. Le Ballon d’Or 1965 trompera bien Banks ensuite en ½ finale sur pénalty, mais ce ne sera pas suffisant pour atteindre la finale… Ainsi, et malgré 9 buts au compteur, Eusebio rentrera à son tour bredouille au pays.

DIABLE 3 – BALLON D’OR 0


L’histoire allait évidemment se répéter au Mexique en 1970, même si lors de cette formidable édition, le Ballon d’Or Gianni Rivera parvient cette fois à atteindre la dernière marche du tournoi. Mais son influence est diluée tant le meneur de jeu du Milan AC est fragilisé par son ballotage avec l’Interiste Sandro Mazzola… En finale, le Diable sera bien du côté brésilien, où on verra les Pelé, Gerson, Rivelino et consorts ensorceler des Italiens certes méritants…

DIABLE 4 – BALLON D’OR 0


Le Weltmeisterschaft de 1974 offre ensuite à Johan Cruyff une véritable opportunité de vaincre la malédiction. Le hollandais volant écrase la compétition de tout son talent et se présente avec un statut de favori en finale face à la Manschaft des Beckenbauer, Müller et Overath. Mais après un début de partie fracassant, les Néerlandais finissent par se désorganiser. C’est que le Diable a tissé sa toile au-dessus de la cuvette du stade Olympique de Munich, et peu à peu des fils s’emmêlent dans les lacets du numéro 14 : et c’est ainsi que pendant que Maier fait des miracles, Cruyff oublie son football et perd ses nerfs. La solidité et l’efficacité allemande auront finalement raison de la suffisance des oranjes, et tout Cruyff qu’il est, le meilleur footballeur de son époque retournera à Barcelone les mains vides.

DIABLE 5 – BALLON D’OR 0


Ce n’est pas la Coupe du Monde de 1978 qui pourra inverser la tendance puisque le Danemark de Simonsen, sélection du Ballon d’Or en titre, en sera même absente. Et barré dans ce groupe éliminatoire plutôt costaud composé de la Pologne et du Portugal, l’attaquant danois en sera donc réduit à regarder les matches du Mundial de son salon…

DIABLE 6 – BALLON D’OR 0


Mais arrivent 1982 et le Mundial espagnol dans lequel Karl-Heinz Rummenigge s’engage en avec un titre de double Ballon d’Or et de Champion d’Europe sur sa carte de visite. Et bien que diminué à cause d’un claquage à la cuisse, il demeure cependant influent et décisif, sonnant même le réveil de ses troupes lors de ces fameuses prolongations face aux Bleus à Séville en ½ finale. Il ne parviendra pourtant pas à peser quelques jours plus tard en finale contre les Italiens de Paolo Rossi et Dino Zoff. Remplacé par Hansi Müller à la 70e minute juste après le second but de la Squadra Azzurra, Rummenigge verra même du banc son futur coéquipier à l’Inter Altobelli anéantir ses derniers espoirs.

DIABLE 7 – BALLON D’OR 0


C’est également auréolé d’une couronne de Champion d’Europe et de trois Ballon d’Or de rang que Michel Platini assume son statut de star mondiale quand s’ouvre en 1986 la seconde Coupe du Monde organisée au Mexique. Le lorrain ne peut en revanche totalement le justifier, affaibli quant à lui par une pubalgie tenace. Mais les français figurent bien malgré tout parmi les favoris, et répondent aux attentes en tenant tête à la machine soviétique, puis en éliminant l’Italie tenante du titre en 8e de finale, et le Brésil de Zico et Socrates en ¼ après une rencontre époustouflante. Mais alors que le Monde entier l’imagine prendre sa revanche de 1982 face aux mêmes allemands, le Diable enrhume le pauvre Joël Bats qui laisse échapper une frappe d’Andréas Brehme : les Bleus ne reviendront jamais et échouent à nouveau face à leurs voisins en ½ finale après avoir loupé ce match qui met fin aux rêves de gloire de toute une génération. DIABLE 8 – BALLON D’OR 0


Quand Marco Van Basten, double Ballon d’Or en titre arrive en Italie quatre ans plus tard à la tête d’une formidable équipe des Pays-Bas elle aussi sacrée Championne d’Europe deux ans plus tôt, les observateurs la désigne naturellement parmi les favoris d’autant que la sélection repose sur la colonne vertébrale du grand Milan AC qui écrase de sa domination les différentes compétitions de clubs. Mais tout comme ses coéquipiers Rijkaard et Gullit, Van Basten prendra des vacances prématurées suite à la défaite des oranjes en 8e de finale face aux allemands de Lothar Matthaüs au cours d’un match âpre, disputé et bien polémique… Ensorcelé ?

DIABLE 9 – BALLON D’OR 0


Cette fois, c’est bien fini : ceux qui n’ont jamais cru à cette malédiction démoniaque vont pouvoir la démonter, car voilà que commence la séance de tirs aux buts entre les deux finalistes, les Brésiliens de Romario et les Italiens de Roberto Baggio. A cet instant, jamais un Ballon d’Or n’a été aussi près de l’emporter... Ce n’est plus l’affaire que de quelques minutes, que de quelques ballons aussi, qu’il faut tirer… et surtout cadrer, ce que manque de faire Baresi en ouvrant la série… Les joueurs se succèdent… 3-2 à présent pour le Brésil. Les Italiens n’ont plus droit à l’erreur. Et pour rester encore en vie, il faut absolument conclure ce dernier tir avant de compter sur Pagliuca pour stopper la dernière tentative auriverde … S’avance alors Roberto Baggio. L’attaquant de la Juventus pose son ballon, se concentre, fait le vide… au moment où le Diable s’invite soudain dans son champ de vision… Dès lors, le joueur devient fiévreux, fébrile… Les jambes en coton, le regard flottant, il ne distingue plus les montants de cette cage embrumée qui lui parait soudain minuscule, alors que Taffarel lui apparait tel un titan… Boum. Trop haut, trop fort, trop bête. Envolés les rêves de Baggio à l’image de ce cuir qui transperce les nuages de Los Angeles pour rejoindre l’Enfer… que le Divin Codino va désormais vivre à jamais, chevillé à cet échec comme à un boulet de condamné chaque jour de son existence…

DIABLE 10 – BALLON D’OR 0


1998 : Le Ballon d’Or étant désormais ouvert aux joueurs de toutes nationalités, il se dit dans les coulisses du purgatoire que la malédiction risque d’être mise à mal par tous ces artistes Sud-américains évoluant en Europe. Et c’est ainsi qu’après avoir été consacré meilleur footballeur du Monde en 1997, Ronaldo se prépare à disputer la finale face aux Bleus avec l’ambition de pouvoir coudre une 5 e étoile sur sa tunique auriverde. Mais le jour J, le Diable se glisse soudainement dans sa sphère : malaises, convulsions, perte de connaissance… Le Mal est fait et bien fait ! …Il Fenomeno passera totalement à côté de son match, et Zidane pensera à se servir de sa tête de façon pertinente. Et pendant que le Stade de France s’égosille avec ses ‘’Et 1, et 2, et 3-0’’, en Enfer, on crie ‘’Et 9, et 10, et 11-0’’ !

DIABLE 11 – BALLON D’OR 0


Les Anglais n’ont pas eu une aussi belle génération depuis des lustres quand ils se présentent au Japon pour disputer la première Coupe du Monde organisée en Asie. Avec les Ferdinand, Beckham, et autres Scholes, ils ont aussi la chance de pouvoir compter sur le Ballon d’Or du moment, le virevoltant attaquant de poche Michael Owen. Mais lui et ses copains ne parviendront pas à franchir la barre des ¼ de finale, la faute notamment à un coup de patte de Ronaldinho que certains jugeront génial… et d’autres chanceux. A moins que ce ne soit une fois encore, un petit coup de pouce du Diable…

DIABLE 12 – BALLON D’OR 0


Ronaldinho justement savait bien après avoir vu sa frappe à la trajectoire improbable tromper l’infortuné Seaman et éliminer Michael Owen par la même occasion, qu’ayant été à son tour désigné Ballon d’Or en 2005, son Brésil ne parviendrait donc pas à conserver son titre lors de l’édition suivante. Et c’est ainsi que le Diable vînt le faire déjouer sur la pelouse du Commerzbank-Arena de Francfort : très peu inspiré, le génie brésilien sera même considéré comme responsable de l’élimination des siens face à ces chats noirs français en ¼ de finale. Avec des pointures telles que Ronaldo, Kaka, Juninho, Adriano ou encore Roberto Carlos, la Seleção avait pourtant bien de quoi faire parler la poudre. Mais elle ne tira que des pétards mouillés… et puis ce jour-là, Zidane avait bien quant à lui le Diable au corps…

DIABLE 13 – BALLON D’OR 0


Et si 2010 était enfin la bonne année pour le Ballon d’Or ? En Argentine, tout le pays y croit en voyant enfin arriver ‘’le Messi’’ ! Lui seul semble avoir suffisamment de magie dans les pieds pour parvenir à dribbler le Diable. Et pour donner encore plus de poids à l’entreprise, qui mieux que le Dieu Maradona en personne sur le banc pour animer les ficelles des marionnettes albicélestes ? Résultat probant : 1 Messi + 1 Dieu + 4 matches = 4 victoires ! Copie parfaite … jusqu’au moment où soudain le Diable se lèvera en tapant du poing sur la table ! Ça suffit ! ¼ de finale : Allemagne 4 – Argentine 0 … et un Messi qui rentre au bercail sans avoir inscrit le moindre but dans le tournoi.

DIABLE 14 – BALLON D’OR 0


Evidemment, si Messi a échoué, le rival Cristiano Ronaldo tient à prouver que lui ‘’peut le faire’’…D’autant que dans un groupe composé de l’Allemagne, des Etats-Unis, et du Ghana, les Portugais estiment avoir les qualités requises pour bien figurer dans ce tournoi 2014 organisé qui plus est au Brésil… Mais les Allemands vont leur faire aussi le coup du 4-0. Un début cauchemardesque qui ne sera pas corrigé lors du match suivant face aux américains. Eliminé au premier tour, CR7 fait face aux critiques, hurle ‘’allez au Diable’’, mais nous promet une belle revanche…

DIABLE 15 – BALLON D’OR 0

Un obstiné ce CR7. Le revoilà au combat quatre ans plus tard en Russie avec d’autres arguments et une mention de Champion d’Europe des Nations sur son CV. C’est sûr que cette fois, ce ne sera plus la même musique… Pour lui, ça ne fait aucun doute, le Portugal est enfin taillé pour aller au bout. Et il ne se ménage pas pour y parvenir ce Cristiano. Un triplé face à l’Espagne en ouverture, un but décisif face au Maroc au match suivant… et une sortie par la petite porte face à l’Uruguay en 8e de finale. Face au Diable, même avoir deux chances ne suffisent pas… DIABLE 16 – BALLON D’OR 0


Et nous voici de retour en 2022. Vous souvenez-vous de Karim Benzema ? Figurez-vous qu’après son élection, l’attaquant madrilène dû quitter prématurément ses partenaires en pleine préparation pour la Coupe du Monde. Le Diable lui aurait-t-il soufflé sur son quadriceps gauche ? Toujours est-t-t-il que forfait précipité ou non, ce sera donc ‘’pas de Qatar’’ pour Karim… Mais qu’à cela ne tienne puisque figurant toujours dans la liste officielle des 26 joueurs enregistrés par la France auprès de la FIFA, le Ballon d’Or 2022 devrait vaincre la malédiction en cas de victoire des Bleus en finale face à l’Argentine… Fin de l’Histoire : Tir de Gonzalo Montiel qui envoie l’Argentine au Paradis. 17-0 ! Benzema enfile alors son anorak, et s’en va faire de la luge…


"Le diable a deux cornes, l'orgueil et le mensonge" (Lanza del Vasto)


Cristian Cuny

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