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Les 50 qui ont marqué la Coupe du monde : Alcides Ghiggia

« Fantôme du Maracana » pour les Brésiliens, héros national pour les Uruguayens, retour sur le fol été d’Alcides Ghiggia, buteur décisif lors du mythique Brésil – Uruguay de la Coupe du Monde 1950.


Alcides Ghiggia marque le but victorieux de l'Uruguay face au Brésil.

La « Escuadrilla de la Muerte »


L’histoire d’Alcides Ghiggia débute le 22 décembre 1926 lorsqu’il voit le jour dans un hôpital de Montevideo. Issu d’une famille bercée par le sacre de la Celeste lors du Mondial 1930, le jeune Ghiggia se tourne naturellement vers le football dès ses plus jeunes années. En 1948, à 22 ans, il fait ses débuts dans son club de cœur, le C.A. Peñarol, doyen des clubs uruguayens. Évoluant au poste d’ailier, le jeune homme de Montevideo fait parler sa vitesse et son sens du dribble. Pour travailler son explosivité, il s’entraîne quotidiennement à la course… avec son chien de chasse ! Pour peu orthodoxe qu’elle soit, cette méthode est visiblement efficace puisque Ghiggia s’impose au sein de la Maquina, surnom donné à la mythique équipe de Peñarol qui remporte le championnat d’Uruguay en 1949. Si elle remporte 16 de ses 18 rencontres de championnat, la Maquina impressionne surtout par son attaque. Avec près de 4 buts par match de moyenne, la ligne offensive du club de Montevideo composée de Ghiggia, Oscar Miguez, Ernesto Vidal, Juan Alberto Schiaffino et Juan Hohberg gagne le surnom de « Escuadrilla de la Muerte » (escadron de la mort), en raison de sa puissance de frappe. Des cinq avants de cette ligne d’attaque de légende, seul Hohberg ne sera pas retenu pour disputer le Mondial 1950 avec l’Uruguay.


Un parcours semé d’embuches


Première Coupe du Monde d’après-guerre, l’édition 1950 organisée au Brésil a pour particularité de ne pas être un tournoi à élimination directe. Répartie en quatre poules, les équipes disputent tout d’abord la classique phase de groupe avant que les premiers de chaque groupe ne se disputent le titre mondial dans une poule finale. Pour l’Uruguay, la phase de groupe n’est qu’une formalité. En raison du forfait de l’Ecosse, de la France et de la Turquie, la Céleste ne se retrouve opposée dans son groupe qu’à une seule équipe, la modeste Bolivie. Comme prévu, le match tourne à la démonstration et les uruguayens l’emportent 8 buts à 0. Pour Ghiggia, ce match est néanmoins particuliers puisque, à la 87ème minute, il inscrit son tout premier but en sélection. Qualifiés pour la poule finale, les coéquipiers du capitaine Obdulio Varela sont d’abord opposés à deux redoutables adversaires : l’Espagne et la Suède. S’ils ne parviennent pas à prendre le meilleur sur l’Espagne (2-2 avec un nouveau but de Ghiggia), leur victoire face aux suédois (3-2 grâce notamment au troisième but de Ghiggia dans ce mondial), leur permet d’espérer avant l’ultime confrontation face au Brésil. Faciles vainqueurs de la Suède (7-1) et de l’Espagne (6-1), les Brésiliens n’ont alors besoin que d’un match nul pour terminer le travail.


« Le pape, Frank Sinatra et moi »


Le 16 juillet 1950 marque le tournant de l’histoire d’Alcides Ghiggia. Dans un Maracana chauffé à blanc, 200 000 brésiliens se sont déplacés pour fêter le premier titre de champion du monde du pays. En effet, la confiance règne au pays du génial Leônidas : largement dominateurs depuis le début du tournoi et soutenus par un stade en délire, les hommes du sélectionneur Flavio Santos ne peuvent raisonnablement pas être battus par une équipe uruguayenne courageuse certes, mais nettement moins talentueuse. Après une première mi-temps plus serrée que prévue, l’ouverture du score de Friaça à la 47ème minute fait exulter le Maracana : cette fois, plus de doute, le Brésil sera champion du monde. Pourtant, les uruguayens ne se découragent pas et donnent tout pour ce qui semble être un ultime baroud d’honneur. A la 65ème minute, lancé sur son couloir droit, Ghiggia, en jambes depuis le début du match dépose le milieu brésilien Bigode et centre en retrait pour le génial Schiaffino qui égalise ! Dès lors, l’atmosphère devient irrespirable. Si l’Uruguay marque, le Brésil n’est plus champion du monde. Les Brésiliens bafouent maintenant leur football mais semblent tenir bon jusqu’à cette fameuse 78ème minute restée dans l’histoire. Une nouvelle fois lancé sur son couloir droit par son milieu Julio Pérez, Ghiggia dépose de nouveau Bigode et se retrouve de nouveau dans la même position de centre que sur l’égalisation de Schiaffino. Bien décidé à ne pas se faire avoir une deuxième fois, le gardien brésilien Barbosa anticipe le centre… et ne peut que constater avec effarement la frappe sèche de Ghiggia qui file vers son premier poteau. 2-1, un silence de mort règne désormais au Maracana. Dans les tribunes et dans tout le pays, une détresse énorme s’empare de tout un peuple, des cas de suicide étant même relevés dans les jours qui suivent. Ne pouvant se résoudre à voir leur rêve s’envoler, les Brésiliens lancent même une fausse rumeur selon laquelle Ghiggia serait en réalité argentin ce qui devrait pousser la FIFA à faire rejouer le match. Il faudra l’intervention de l’ambassade d’Uruguay pour prouver que le héros du Maracanazo avait bel et bien vu le jour du côté de Montevideo.Bien loin de toutes ces affaires, Ghiggia lui, devient un héros national et voit son destin définitivement basculer. Il déclarera bien plus tard au sujet de son but: « Il y a trois personnes au monde qui ont fait taire le Maracana : le pape, Frank Sinatra et moi ».


Le fantôme du Maracana


En consacrant l’Uruguay, la Coupe du Monde 1950 marque l’avènement de la contre-attaque, comme l’explique Jacques de Ryswick dans L’Equipe à l’issue du tournoi. « Finalement, le Brésil fut battu parce que dominant trop et n’ayant pas su trouver la parade à la contre-offensive. Le succès de la contre-attaque fut peut-être en définitive le meilleur enseignement de cette 4ème Coupe du Monde. » Prototype même du contre-attaquant grâce à sa pointe de vitesse bien au-dessus de la moyenne, Alcides Ghiggia devient dès lors une vedette du football mondial. Recruté par l’AS Roma en 1953, il se ferme ainsi les portes de sa sélection, les joueurs évoluant hors d’Uruguay étant automatiquement écartés à l’époque. Son bilan sous le maillot de la Céleste demeure d’ailleurs remarquable : 12 sélections, 4 buts, tous inscrits lors de ce fameux Mondial 1950. Toutefois, sa carrière internationale n’est pas pour autant terminé puisqu’en 1957, il est naturalisé et devient international italien ! Malheureusement pour lui, l’élimination surprise de l’Italie face à l’Irlande du Nord lors des éliminatoires du Mondial 1958 l’empêchera de disputer une deuxième Coupe du Monde. Qu’importe, en inscrivant l’un des buts les plus mythiques de l’histoire du football, Ghiggia est devenu une véritable légende du ballon rond. Adulé en Uruguay, il est demeuré jusqu’à la fin de ses jours un synonyme de cauchemar pour les Brésiliens. En 2009, alors qu’il se rendait au Maracana sur invitation de la Fédération Brésilienne, une jeune femme d’une vingtaine d’années l’avait interpellé ainsi à l’aéroport :

« Vous êtes le Ghiggia de 1950 ? Je n’étais pas née mais comme beaucoup de brésiliens je porte votre cicatrice ». Le lendemain de cette visite, un journal brésilien titrait quant à lui : « Le fantôme du Maracana est de retour ».


Sources :

- L’Equipe juillet 1950

- Interview d’Alcides Ghiggia dans L’Equipe, 11 juin 2014.


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