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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Andrès Iniesta

Buteur décisif lors de la finale du Mondial 2010, Andrès Iniesta a éclaboussé la compétition de sa classe sur le terrain et a gagné le respect de tous avec son hommage à Dani Jarque en finale. Portrait de Don Andrès...

Iniesta célébrant son but en finale. Image : Eurosport.

Quand le Barça était champion du monde…


« L’Espagne n’a pas remporté la Coupe du Monde, c’est le Barça qui l’a fait. » Fidèle à son franc-parler, Eric Cantona soulignait en 2015 la prépondérance de joueurs barcelonais au sein de la Roja 2010. S’il exagérait en affirmant que l’Espagne comptait dans ses rangs « dix joueurs du Barça » - ils étaient en réalité sept lors de la finale face aux Pays-Bas -, il est impossible de nier que la période dorée de la sélection ibérique coïncide avec l’ère de domination du grand Barça de Guardiola. En effet, depuis les Pays-Bas de Cruyff en 1974, totalement imprégnés du style de jeu de l’Ajax d’Amsterdam, jamais une sélection n’avait autant été influencée par un des clubs de son pays. En récupérant la fameuse triplette blaugrana Busquets-Xavi-Iniesta, le sélectionneur espagnol Vicente Del Bosque a ainsi pu bénéficier pour sa Roja de la clé des grands succès barcelonais de l’époque. Si, contrairement à Guardiola, Del Bosque ne comptait pas dans ses rangs le génie d’un Lionel Messi pour renverser à lui tout seul certaines matchs mal embarqués, il possédait celui d’Andrès Iniesta, milieu de terrain hors-pair, petit lutin insaisissable, capable d’être à la fois passeur ou buteur dans des moments clefs. Et, pour gagner une Coupe du Monde, ce génie là était largement suffisant…


Une saison noire


Pourtant, contrairement à un Diego Forlan débarqué en Afrique du Sud après une saison quasi-parfaite, Andrès Iniesta a connu un exercice 2009-2010 tout simplement cauchemardesque avec le Barça. Blessé dès le début de saison, le héros de la demi-finale de Ligue des Champions 2008-2009 contre Chelsea avait traîné son spleen durant de longues semaines. Puis, à chacun de ses retours, la rechute. Il manque ainsi la Coupe du Monde des Clubs en décembre et est absent lors de la défaite surprise des Blaugranas en demi-finale de Ligue des Champions face à l’Inter de Mourinho. Fragile physiquement, celui qui estime que le « football c’est de l’intuition, pas du physique » vit, de son propre aveu, la « pire saison de sa carrière ». Également touché par des problèmes sur le plan privé, le petit milieu de terrain au teint blafard peine à retrouver son niveau. Critiqué, il se fixe un objectif pour sauver sa saison : le Mondial. Sa détermination est telle qu’elle l’oblige à prendre des risques inconsidérés. Blessé lors du dernier match de préparation face à la Pologne, une démonstration 6 buts à 0, il insiste pour prendre part au match d’ouverture contre la Suisse. Une erreur qui aurait pu lui être fatale. Alors que la Roja déjoue, Iniesta est de nouveau touché suite à un contact avec Lichsteiner. Résultat : une défaite surprise 1 but à 0 et une nouvelle blessure pour Don Andrès… La suite de la compétition s’annonce difficile pour les grands favoris du Mondial.


La montée en puissance


Préservé lors de la deuxième rencontre face au Honduras, Iniesta fait son retour au sein du onze titulaire pour l’ultime rencontre face au Chili. Pour s’éviter toute mauvaise surprise, la Roja doit impérativement s’imposer face à des Chiliens pratiquement qualifiés après leurs deux victoires face à la Suisse et au Honduras. Dirigés par Marcelo Bielsa, Alexis Sanchez et ses coéquipiers développent un jeu fidèle aux principes d’El Loco. Grâce à une énergie et un pressing de tous les instants, ils étouffent les Espagnols dès les premières minutes de la rencontre mais manquent de précision dans le dernier geste. Toujours dans le match, les ibériques ouvrent finalement le score à la 25ème minute à la suite d’une sortie hasardeuse du portier chilien Claudio Bravo qui vient tacler Fernando Torres à 30 mètres de son but. Le tacle est correct mais le ballon atterrit dans les pieds de David Villa qui, malgré les 40 mètres de distance, propulse le ballon dans le but vide. Menés au score contre le cours du jeu, les Chiliens se ruent à l’attaque et se font une nouvelle fois punir. Récupérant un ballon dans la moitié de terrain adverse, Iniesta initie un superbe mouvement à trois avec Torres et Villa avant de conclure l’action d’un superbe plat du pied dans le petit filet. Tout Iniesta est dans cette action : une capacité à récupérer des ballons malgré un physique fluet, un sens du jeu hors du commun qui lui permet de toujours effectuer la passe juste dans le bon tempo et également une précision devant le but rare pour un milieu de terrain. Menés 2-0 et réduits à 10 après l’expulsion d’Estrada, le Chili se battra et parviendra même à réduire le score mais l’Espagne tiendra sa qualification.

Qualifiée pour les 1/8ème de finale, la Roja est lancée et Iniesta avec. De plus en plus en jambes, le milieu barcelonais enchaîne les performances de haute volée. Passeur décisif contre le Portugal en 1/8ème (1-0) et le Paraguay en 1/4 (1-0), Iniesta est l’homme fort de sa sélection avec son compère Xavi. Fait incroyable, entre l’ultime match de poule face au Chili et la finale, l’homme du match sera à chaque fois l’un des membres du duo magique (Xavi pour le Portugal et l’Allemagne en 1/2, Iniesta pour le Chili, le Paraguay et les Pays-Bas!). Vous avez dit décisifs ?


L’hommage à Dani Jarque


Il existe dans le football certains clubs qu’un fossé semble séparer malgré une distance entre les deux de seulement quelques kilomètres. L’Espanyol Barcelone et le FC Barcelone sont de ceux-là. Rivaux depuis plus de cent ans, les supporters des deux clubs se détestent et honnissent les joueurs du voisin. Dans toute l’histoire de cette rivalité, un seul joueur a pu se faire, non seulement respecté, mais même admiré par les supporters du camp adverse. Ce joueur, c’est Andrès Iniesta.

L’histoire remonte à ce terrible 8 août 2009, jour sombre s’il en est dans l’histoire de l’Espanyol. Alors que le club catalan est en stage de pré-saison du côté de Florence, son défenseur Dani Jarque, 26 ans, formé au club où il a débuté en pro en 2002, est retrouvé mort dans sa chambre, foudroyé par une terrible crise cardiaque. A Barcelone, l’onde de choc est immense, tant Jarque, international espoir entre 2003 et 2005, était devenu une figure incontournable de l’Espanyol. Lorsqu’il apprend la nouvelle, Iniesta, lui est inconsolable. Avec Jarque, il entretenait une longue amitié qui avait débuté lorsque les deux catalans avaient débuté ensemble au sein des sélections de jeune. Pour le milieu du FC Barcelone, c’est un frère qui s’en va et son départ va l’entraîner dans une sévère dépression. En 2019, son père racontait : « Quand votre fils de 25 ans vient vous voir à minuit et vous dit qu’il veut dormir avec ses parents, il ne peut pas bien aller »…

Près d’un an après la disparition de son ami, Iniesta a donc une pensée pour lui quelques instants avant d’entrer sur le terrain pour la finale de la Coupe du Monde face aux Pays-Bas. Sous son maillot, il fait inscrire sur son maillot de corps « Dani Jarque, siempre con nosotros », (*Dani Jarque, toujours avec nous), message qu’il prévoit sans doute de dévoiler à la fin de la rencontre. Il se trompe. Car c’est à la 116ème minute d’un match plus que serré (0-0 jusque là) qu’Iniesta va pouvoir rendre hommage à son ami. Réceptionnant une passe de Cesc Fabregas dans la surface de réparation, Iniesta contrôle et croise sa frappe du droit. Stekelenburg est battu, l’Espagne peut exulter. D’habitude si calme, si discret, Iniesta explose, retire son maillot et dévoile son hommage. En l’espace d’un instant, il vient de donner à la Roja son premier titre de champion du monde et est devenu le joueur le plus respecté d’Espagne. Douze années plus tard, il arrive encore de voir dans les rues de Barcelone des maillots de l’Espanyol… floqués au nom d’Andrès Iniesta.

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