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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Didier Deschamps

Dénominateur commun des deux victoires françaises en Coupe du Monde, Didier Deschamps est devenu le symbole de la France qui gagne. Et pourtant, tout ne fut pas toujours si simple entre le Mondial et DD...


Didier Deschamps lors de la finale contre le Brésil en 1998. Image : L'Equipe

Trois hommes pour l'Histoire

Trois. Ils ne sont que trois à pouvoir s’enorgueillir d’avoir remporté la Coupe du monde comme joueur puis comme sélectionneur. La petite fourmi brésilienne Mário Zagallo la souleva en 1958 et 1962 avant de mener la Seleção vers le succès en 1970. Le Kaiser Franz Beckenbauer, champion du monde en 1974, dirige la Mannschaft lorsqu’elle gagne sa troisième étoile en 1990. Didier Deschamps, enfin. Enfin, Didier Deschamps obtient le titre suprême sur le terrain en 1998 et sur le banc en 2018, palmarès exceptionnel qui fait de « Trois Pommes », comme le surnommait affectueusement Aimé Jacquet, le plus grand footballeur français de tous les temps. A s’en tenir à ces deux titres, il serait aisé de ne voir que la victoire dans les relations entre DD et la Coupe du monde. Les choses sont bien plus compliquées néanmoins.



Le goût du sang et des cendres.


Didier Deschamps et la Coupe du monde, c’est d’abord l’histoire d’un rendez-vous manqué. Celui de 1988 d’abord. En difficulté dans la campagne qualificative pour l’édition de 1990, qui doit se tenir en Italie, l’équipe de France change de sélectionneur, Henri Michel étant victime d’un véritable complot mené par le président bordelais et le Variétés Club de France. Son successeur, Michel Platini, donne rapidement sa chance au jeune capitaine du FC Nantes, qui s’installe dès sa deuxième sélection au milieu de terrain comme un titulaire de moins indiscutable. Les deux premiers buts qu’il inscrit face à l’Ecosse puis contre Chypre ne suffisent pas à qualifier l’équipe de France. Troisième de son groupe, loin derrière la Yougoslavie, elle voit les joueurs d’Andy Roxburgh lui passer devant pour la deuxième place. Les Bleus ne verront pas l’Italie.

Quatre ans plus tard, la qualification pour la Coupe du monde 1994 ne fait guère de doute. Très bien partie pour fouler le sol états-uniens, les rêves de l’équipe de France s’effondrent pourtant lors des deux dernières rencontres de la phase qualificative. Ayant enchaîné les victoires et rapporté de Suède un valeureux match nul, il suffit d’un point sur les deux derniers matchs pour que les Bleus, alors en tête de leur groupe, découvrent l’Amérique. A domicile, contre la réputée faible équipe d’Israël et la prenable équipe de Bulgarie (qui était néanmoins sortie victorieuse du match aller à Sofia). Titulaire pendant toute cette campagne, Didier Deschamps n’en rate que les dernières seconde du Finlande-France, Gérard Houllier choisissant de le remplacer alors par le néophyte Vincent Guérin à la 88e minute. Mais, en octobre, l’équipe d’Israël surprend les Bleus au Parc des Princes et l’emporte sur le score de 3-2, grâce à un but de Reuven Atar inscrit à la 93e minute. Puis, un mois plus tard, c’est au tour de la Bulgarie. 90e, Kostadinov, on connaît l’histoire… Oublier New York et Chicago !

Cette non-qualification est vécue comme un traumatisme pour le football français. La défaite contre la Bulgarie a raison du président de la FFF Jean Fournet-Fayard et du sélectionneur Gérard Houllier, qui est remplacé par son adjoint, Aimé Jacquet, mais aussi de joueurs qui annoncent leur retraite internationale comme Franck Sauzée ou Laurent Blanc (qui revient plus tard sur sa décision). Didier Deschamps, lui, reste. Seule une blessure au talon d’Achille en 1994 l’écarte plusieurs mois de la sélection. Il reste et en devient même le capitaine lors de l’Euro 1996 en Angleterre, après qu’Aimé Jacquet a essayé le brassard sur plusieurs de ses joueurs.


Retrouver ses marques.


L’histoire de Didier Deschamps en Coupe du monde, c’est indéniablement aussi celle du retour. Il n’est pas inutile de voir sous cet angle sa présence sur le banc des Bleus lors de l’édition brésilienne en 2014. Quatre ans plus tôt, ce fut l’Afrique du Sud et ses polémiques nauséabondes sur le comportement des joueurs et le luxe supposé de leur situation, avec le point d’orgue de la une de L’Equipe sur les propos de Nicolas Anelka à l’encontre de Raymond Domenech à la mi-temps de France-Mexique et du mouvement de grève de l’entraînement à Knysna. Pour justifié que soit ce mouvement social déclenché à l’encontre d’une décision abusive du renvoi d’un collègue, il participe d’une condamnation de la sélection aux yeux de l’opinion publique. L’image de l’équipe de France est écornée et les deux années de Laurent Blanc à sa tête (2010-2012) ne suffisent pas à redorer le blason. C’est là l’une des missions de Didier Deschamps. Au Brésil en 2014, il dispute sa première compétition internationale sur le banc de l’équipe de France dont il a la charge depuis bientôt deux ans. La qualification est difficile, presque autant que celle pour l’Afrique du Sud en 2009.

Avec son groupe brésilien, Didier Deschamps se confronte à différents aspects de la gestion d’un collectif dans une compétition. C’est d’abord la construction d’une liste, avec le choix de prendre quelques réservistes en sus des vingt-trois joueurs retenus. L’ayant observé comme joueur et capitaine, il se souvient de la difficulté d’écarter des individus d’un groupe à la veille de la compétition, comme l’avait fait en son temps Aimé Jacquet, et préfère constituer une seconde liste des « possibles, au cas où ». A cette occasion, c’est aussi la mise à l’écart de joueurs importants pourtant attendus, tel Samir Nasri ou Eric Abidal. C’est ensuite la gestion des blessures de dernières minutes, celle de Steve Mandanda, remplacé par Stéphane Ruffier, comme celles de Clément Grenier ou de Franck Ribéry, que suppléent au dernier moment Morgan Schneiderlin et Rémy Cabella. C’est enfin la gestion d’un match clé s’il en est, le troisième match de poule. En effet, après ses deux premières rencontres, conclues sur de larges victoires face au Honduras (3-0) et à la Suisse (5-2), l’équipe de France n’est pas totalement garantie d’être qualifiée mais peut se permettre de « faire tourner » contre l’Equateur. Ainsi, les remplaçants sont concernés et ne font pas trop peser rancœur et frustration sur l’ensemble du groupe. Lucas Digne, Bacary Sagna, Laurent Koscielny ou Morgan Schneiderlin sont ainsi titularisés pour la première fois de la compétition, que découvre Loïc Rémy en fin de rencontre.

Passant les poules, l’équipe de France l’emporte face au Nigéria en huitième de finale (2-0) mais chute face à l’Allemagne (1-0) et ne peut atteindre le dernier carré. Une image forte marque alors le moment, qui donne du sel à l’édition suivante : celle du jeune Antoine Griezmann, effondré à l’issue de l’élimination.


Culture de la gagne.


Si Didier Deschamps mérite de figurer au panthéon des mondialistes, ce n’est bien sûr ni en raison des rendez-vous manqués, ni parce qu’il est le sélectionneur d’une équipe qui échoue en quart de finale face aux futurs champions, mais parce qu’il est doublement titré.

Didier Deschamps, c’est d’abord le capitaine de l’équipe de France championne du monde en 1998. La première étoile ! Dans l’équipe d’Aimé Jacquet, il est une pièce maîtresse, sur et hors du terrain. Dès lors que le sélectionneur en fait son capitaine, le contact entre les deux hommes est permanent. Ils se téléphonent régulièrement, Aimé Jacquet rend visite à son joueur à Turin, ils se parlent, ils échangent. Didier Deschamps est, selon le sélectionneur, « un relais exceptionnel, un élément clé de la réussite de notre aventure ». Il ne figure certes pas parmi les neuf buteurs français pendant la compétition, n’est pas le plus starifié des joueurs du moment, mais est l’aboyeur qui replace ses partenaires en cours de match, comme celui qui crève l’abcès lorsque l’attitude de Frank Leboeuf à l’issue de la demi-finale victorieuse contre la Croatie pourrait nuire à l’esprit d’équipe.

Devenu sélectionneur à son tour, Didier Deschamps tire des leçons de son expérience de joueur et de champion. Il sait que la nuit des bannis en 1998 a pu être difficile à vivre pour ceux qui sont restés à Clairefontaine et préfère la solution des réservistes en 2014 comme en 2018. Il ne l’envisage cependant pas en 2022, ne profitant même pas des vingt-six noms possibles et se contentant de vingt-cinq joueurs. Il est vrai que cette édition en plein milieu de saison ne ressemble guère aux Coupes du monde passées. Si sur ce point, il ne suit pas l’exemple d’Aimé Jacquet, à bien des égards, il en est le continuateur. Il peut par exemple se passer du joueur réputé comme le meilleur de l’effectif possible pour se lancer dans la course. Eric Cantona en 1998, Karim Benzema en 2018, … Mais, là où Aimé Jacquet avait trouvé en son capitaine un relais quasi-exclusif sur le terrain, lequel émergeait d’un groupe de cadres de confiance, Didier Deschamps semble s’appuyer davantage sur ce groupe intermédiaire que sur un lieutenant investi de tous ses pouvoir sur le gazon. Aussi respecté et respectable que soit Hugo Lloris, il n’est pas l’aboyeur que fut Didier Deschamps sur le terrain. La fonction même de capitaine telle que ce dernier a pu l’incarner dans ses clubs successifs et avec Aimé Jacquet puis Roger Lemerre en équipe de France, semble s’être diluée en plusieurs personnes, en plusieurs leaders, tantôt de vestiaire, tantôt sportifs, tantôt médiatiques. Cela contribue de fait à renforcer l’aura du sélectionneur sur son groupe. Comme a pu l’écrire Philippe Tournon (La vie en bleu¸ Albin Michel, 2021, p.284), Didier Deschamps « a banni le mot « détail » de son vocabulaire et veut garder la main sur tout ». Tout sauf juste de la chance donc !


François Da Rocha Carneiro


Note sur l'auteur : Historien du football, François Da Rocha Carneiro est l'auteur d'une thèse consacrée à l'Equipe de France ("Les joueurs de l'équipe de France, 1904-2012 : construction d'une élite sportive"). Son tout dernier ouvrage "Une histoire de France en crampons" vient de paraître aux éditions Du Détour.



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