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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Franz Beckenbauer

De l’attaque à la défense, de la défense au milieu de terrain, de capitaine à entraineur, et d’entraineur à dirigeant, Franz Beckenbauer aura pendant un demi-siècle foulé tous les terrains de la Planète football. Et en la frappant du sceau de la victoire, celui que l’on appelle le Kaiser restera à jamais un des personnages majeurs de l’Histoire de ce sport.


Franz Beckenbauer soulevant la Coupe du Monde. Image : Sportsnet.

Mais pourquoi un Empereur au poste d’entraîneur ?


‘’Penalty’’ hurle le grand Rudolf en se levant soudainement de son fauteuil ! C’est que dans le salon qui fait office de QG, il vit le match intensément avec sa petite famille qui l’a rejoint dans son appartement de la banlieue munichoise, comme à chaque fois que la Manschaft lui donne un rendez-vous télévisé ! Ceci étant, l’allemand Völler est effectivement tombé dans la surface, mais y-a-t-il eu contact avec l’argentin Sensini ? Pour Monsieur Codesal-Méndez, cela ne semble faire aucun doute, car celui-ci, sifflet en bouche, désigne le point de réparation. Et ce ne sont pas les protestations des Troglio, Simon et autres Maradona qui vont lui faire réviser son jugement. L’enjeu mérite pourtant bien tous ces accès d’influence, car c’est le titre de Champion du Monde 1990 que ces footballeurs ici se disputent. Mais comme toujours dans pareille situation, jamais on a vu un arbitre se dédire. La sentence va donc devoir être exécutée. A cet instant, si l’inquiétude est bien palpable dans les rangs argentins, la pression s’est en revanche installée dans le camp allemand, chargeant plus particulièrement les épaules d’Andreas Brehme, qui planté face à Sergio Goycochea, un des spécialistes du genre, attend que l’homme en noir l’autorise à s’élancer. Pour le défenseur de l’Inter, ces neuf secondes paraissent une éternité. Et puis enfin, il s’avance, frappe, et place le ballon hors de portée des gants du portier de l’Albiceleste.


Allemagne 1 – Argentine 0


C’est au tour à présent du coach allemand Franz Beckenbauer de bondir de son banc et de libérer toutes ses tensions. Le grand Rudolf reste quant à lui cette fois bien assis sans mot dire, intériorisant sans doute sa joie tant il sent qu’à 5 minutes du coup de sifflet final, cette Manschaft ne pourra être rejointe. C’est alors le moment que choisit Thomas, son petit-fils de huit ans, pour l’interpeller.

- Dis papy Rudi, mais pourquoi ils disent que l’Empereur s’est levé ?

- Ah Thomas, tu parles de l’entraineur ! C’est Beckenbauer ! On l’appelle le Kaiser, parce qu’il est l’Empereur du Football. Il fut un immense joueur tu sais.

- Lui, un immense joueur ! Ben moi je trouve qu’il ressemble plus à un Président avec sa cravate et ses cheveux bien coiffés. Mais tu es sûr Papy ? Tu l’as vu jouer ?

- Oh que oui Thomas ! Et lui, je peux même dire que je l’ai vu à ses débuts !

- Ah ben ça alors ! Tu me racontes ? Allez s’il te plait, raconte-moi l’histoire du Kaiser, Papy…


L’extérieur du pied, la marque de fabrique


Eh bien Thomas, figure-toi que j’ai vu Beckenbauer pour la première fois le 14 août 1965. Je me souviens que nous étions serrés comme des sardines dans les tribunes du vieux stade de Grünwald. C’est que l’affiche avait déplacé toute la Bavière. Car ce jour-là, le Bayern, nouveau promu en Bundesliga, affrontait le Munich 1860 qui était à l’époque le grand club de la ville. Le jeune Franz voulait d’ailleurs le rejoindre à 13 ans, mais en affrontant justement ce Munich 1860 avec son équipe du SC 1906, il reçut un coup de poing dans la figure lors d’une altercation. Il décida alors de rejoindre son concurrent. L’histoire des deux clubs en sera assurément changée, car j’ai très vite réalisé que ce Beckenbauer n’était pas un joueur comme les autres : le buste droit, la tête haute, il semblait dominer tous ses adversaires. Et puis, jamais je n’avais connu un footballeur évoluant avec une telle facilité. Et quelle élégance ! On aurait cru qu’il caressait la balle, et ce même quand il s’employait à trouver un coéquipier à distance d’une longue passe de l’extérieur du pied dont lui seul avait le secret : il en fera d’ailleurs sa marque de fabrique. Je ne fus donc pas étonné quand j’appris un mois plus tard qu’Helmut Schoen l’avait convoqué pour disputer un match de qualification décisif pour la Coupe du Monde 1966 face à la Suède. C’est d’ailleurs lors de cette compétition que le talent de Beckenbauer se révéla au Monde entier. Après avoir joué au poste d’attaquant en équipe de jeunes, et alors qu’il évolue en libero au Bayern, Schoen lui confie cette fois les clés du milieu pour épauler Wolfgang Overath : bien qu’âgés respectivement de 20 et 22 ans, les deux gamins apportent une touche technique jamais encore observée en équipe d’Allemagne. Et si celle-ci atteint la finale du tournoi, Beckenbauer crève quant à lui l’écran : non content d’être omniprésent aux quatre coins du terrain, il se paie en outre le luxe de tromper la légende Yachine d’une frappe magistrale en demi-finale.

- Eh bien, il a l’air vraiment fort ce Kaiser, Papy !


Un Spliefführer à son apogée


En fait Thomas, Beckenbauer est certes déjà très brillant, mais ce n’est que deux ans plus tard qu’il se verra surnommer le Kaiser. Sans doute en raison d’une photo prise pour un quotidien où on le voit poser innocemment devant le buste de l’Empereur autrichien Franz Joseph 1er. Les journalistes feront alors ce rapprochement en raison du charisme des deux personnages qui portent aussi le même prénom. C’est en tout cas auréolé de ce prestige qu’il atterrit au Mexique en 1970 pour disputer sa deuxième Coupe du Monde, sans doute la plus belle de toutes. Devant mon téléviseur qui diffusait ses premières images en couleur, je n’oublierai donc jamais les matchs d’anthologie disputés par la Manschaft. Ah cette remontada contre l’Angleterre où Beckenbauer marque d’ailleurs le premier but allemand qui nous permet de revenir dans le match ! Et que dire de la demi-finale contre l’Italie où il entre dans l’Histoire du football en jouant une partie des prolongations le bras en écharpe. Une image à jamais légendaire. Pourtant, et bien que figurant désormais dans le club très fermé des meilleurs footballeurs de la Planète, Beckenbauer n’a pas encore à atteint son apogée. Les premières années de la décennie 70 vont le lui permettre : il se constitue tout d’abord un véritable palmarès avec son Bayern où il empile en 5 ans, 3 titres de champion et une coupe d’Allemagne, mais aussi 3 C1 et 1 coupe intercontinentale. Un CV qu’il enrichira avec la Manschaft d’un Euro en 72, puis d’une Coupe du Monde gagnée en 74 dans son pays, dans sa ville, et dans son stade. Dans le même temps, il recule d’un cran avec la sélection, où revisitant le poste d’arrière central, il invente le concept du libero meneur de jeu qui dans une organisation similaire sera ensuite repris par les Stielike Thon, Matthäus, Sammer… Enfin, il parvient à assumer en parallèle son nouveau rôle de Spielführer (capitaine), s’imposant alors comme le véritable patron de l’équipe d’Allemagne. Mieux encore, il en devient l’incarnation. Son influence est telle qu’il se voit alors couronné par deux Ballons d’or

- Deux ballons d’or Papy ! Mais alors, c’est le meilleur de tous les défenseurs, lui !


Un défenseur ou bien plus que ça ?


C’est en effet ce que beaucoup disent Thomas ! Il n’était pourtant pas le plus rigoureux quand il devait s’acquitter de tâches purement défensives. Mais peu importe, car Beckenbauer n’était pas qu’un défenseur, il était bien plus que ça ! On dira donc qu’il fut assurément le plus brillant parmi tous ceux qui ont joué en position initiale de défenseur tant il savait dépasser sa fonction, s’affranchir des carcans, et tant sa lecture du jeu et sa qualité de placement lui permettaient de gommer certaines insuffisances. Ainsi, et après sa 103e sélection face aux français emmenés par le tout jeune Platini, Beckenbauer rejoindra Pelé au Cosmos où il n’aura aucun mal à retrouver ses marques au centre du terrain. Une expérience new-yorkaise enrichissante au propre comme au figuré, mais qui n’atteindra pas son objectif d’enraciner le soccer au pays du baseball. J’ai revu Beckenbauer cinq ans plus tard conquérir son dernier titre de champion d’Allemagne en 1982 sous les couleurs du SV Hambourg. Et puis un jour il enleva son maillot, mit un bel imper, et posa son séant sur le banc de la Manschaft pour l’emmener deux fois consécutivement en finale de Coupe du Monde toujours face à ces argentins, contre qui il perdit d’abord en 1986, avant de prendre donc sa revanche ce soir. Voilà Thomas. Tu en sais un peu plus à présent sur ce fameux Kaiser qui, comme tu le dis, deviendra qui sait, peut-être un jour Président ?

Après une pige comme entraineur à l’OM, Beckenbauer deviendra entre autres, Président du Bayern en 1994, Vice-président de la Fédération Allemande de Football en 1998, puis Président du comité de candidature de l’Allemagne pour la Coupe du Monde 2006. Un visionnaire ce Thomas…


Christian Cuny


L'auteur : Spécialiste du football pré-arrêt Bosman, Christian Cuny a notamment réalisé une étude sur les plus grands joueurs de l'histoire du football des origines à nos jours.

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