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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : José Nasazzi

Capitaine de la première sélection à remporter le titre mondial, José Nasazzi demeure, encore aujourd'hui, un modèle de dépassement de soi et de meneur d'hommes en Uruguay. Portrait de celui que l'on surnommait El Terrible..


Dans les vestiaires du Centenario


30 juillet 1930, Stade Centenario de Montevideo. La tête haute, le buste droit, José Nasazzi attend que ses partenaires entrent un à un dans le vestiaire. Dans les travées, au loin, l’enthousiasme du début de partie s’est mué en un silence anxieux. En ce jour de finale de Coupe du Monde, l’Uruguay va-t-elle réellement s’incliner devant son peuple face au grand rival argentin ? C’est en tout cas ce que semble présager la première mi-temps qui vient de se terminer. Après une ouverture du score précoce de Dorado, les Argentins ont réagi par deux fois par l’intermédiaire de Peucelle et de l’inévitable Guillermo Stabile. Loin d’être aussi dominateurs qu’ils ne l’étaient lors des Jeux Olympiques de 1924 et 1928, les Uruguayens ne pourront cette fois pas compter sur leur seule technique pour s’en sortir, d’autant plus que leur star d’hier, le demi-centre José Andrade, n’est plus ce qu’il a été. Non, cette fois, la Céleste aura besoin d’un supplément d’âme pour prendre à défaut les Argentins. Alors, Nasazzi prend la parole. Capitaine de l’Uruguay depuis 1924, le solide arrière droit d’un mètre quatre-vingt-deux harangue ses coéquipiers : pour lui, la défaite n’est pas une option. Dans le vestiaire, ses partenaires font plus que l’écouter, ils boivent ses paroles. Leader charismatique de l’équipe et patron der l’arrière-garde uruguayenne, Nasazzi joue un rôle prépondérant au sein de la sélection, à une époque où le rôle du sélectionneur est bien moins important qu’aujourd’hui. Alors, galvanisés par le discours de leur capitaine, les Uruguayens assiègent le but du gardien argentin Juan Botasso dès le retour des vestiaires. Acculé de toutes parts, ce-dernier finit par céder à trois reprises sous les coups de butoir de Pedro Cea, Santos Iriarte et Héctor Castro. A Montevideo et dans tout l’Uruguay, la liesse est totale lorsque l’arbitre belge John Langenus siffle la fin de la rencontre. Contrairement à ses successeurs, Nasazzi n'aura pas l'immense privilège de recevoir la Coupe du monde des mains du président de la FIFA Jules Rimet. A l'époque, si le football est l'affaire des joueurs, les cérémonies sont de l'affaire des dirigeants et c'est donc le président de la fédération uruguayenne qui reçoit le trophée.


Le précurseur de la « Garra Charrúa» ?


En Uruguay, une expression est souvent utilisée pour décrire le supplément d’âme qui habite les joueurs de la Céleste lorsqu’ils enfilent le maillot de leur sélection : la Garra Charrúa. Signifiant « la griffe Charrúa »,cette expression fait référence aux Charrúa, un peuple amérindien qui vivait en partie sur le sol de l’actuelle Uruguay et qui avait vaillamment résisté aux colons européens. Dans les faits, l’assimilation entre l’expression et l’équipe d’Uruguay date de 1950 et est personnifiée par un autre capitaine : Obdulio Varela. Milieu de terrain infatigable et véritable leader charismatique de sa sélection, Varela a, comme Nasazzi 20 ans avant lui, conduit l’Uruguay sur le toit du monde. Ce succès inattendu, fruit d'un collectif exceptionnel de hargne et de solidarité, avait donné naissance à cette fameuse Garra Charrúa. Toutefois, là où le triomphe de 1950 sur les terres brésiliennes avait constitué une immense surprise, la victoire de 1930 était plus prévisible. Pourtant, lors de cette première Coupe du Monde, l’Uruguay était de l’avis général sur le déclin. Ultra-dominatrice dans les années 20, elle souffrait en 1930 de la perte de vitesse de ses vedettes, le fantastique José Andrade en tête. Dans ces conditions, il ne serait peut-être pas incongru de voir dans cette deuxième mi-temps contre l’Argentine la véritable naissance de la Garra Charrúa, tant l’Uruguay est allée au bout d’elle-même pour renverser une Albiceleste qui lui était supérieur techniquement parlant. Acteur majeur de cette remontada avant l’heure grâce à sa faculté à transcender ses coéquipiers, José Nasazzi peut probablement prétendre au titre de précurseur de la Garra Charrúa. Son style de jeu, pas toujours juste techniquement mais irréprochable dans le duel et le don de soi est d’ailleurs en lui-même un symbole de cette motivation supplémentaire inhérente à la sélection uruguayenne. Leader charismatique de son équipe, Nasazzi suscite l’admiration de l’ensemble des footballeurs, en témoigne cette déclaration de l’international français Étienne Mattler qui le considère comme « le défenseur le plus complet qu’il ait eu l’occasion de voir évoluer ».


Le bâton de Nasazzi


Capitaine indiscutable de sa sélection jusqu’en 1936, celui que l’on surnomme El Terrible deviendra un temps sélectionneur (en 1944-1945) avant de mener en parallèle une carrière de commentateur sportif et d’homme politique à Montevideo. Là où un Andrade disparaît dans l’oubli et la déchéance en 1957, la mort de Nasazzi en 1968 entraînera une vague d’émotions. Véritable icône dans son pays à tel point qu’un Diego Lugano, capitaine de l’Uruguay entre 2011 et 2014 le considérait comme son modèle absolu, le premier capitaine à avoir soulevé la Coupe du Monde a connu un regain de notoriété au début des années 2000 avec la création d’un trophée portant son nom : le bâton de Nasazzi. Créé en 2003 par deux membres de la Rec(reational) Sport Soccer Statistics Fondation (RSSSF), ce trophée virtuel a été attribué rétrospectivement à l’Uruguay de 1930 puis, par la suite, à la première équipe l’ayant battu à savoir le Brésil en 1931. Ainsi, lorsque le détenteur du bâton perd une rencontre, il transmet le trophée virtuel à son vainqueur. En remontant son histoire, les inventeurs de ce trophée ont dressé la liste de tous les détenteurs du bâton depuis 1930, une liste surprenante où l’on retrouve des sélections comme les Antilles Néerlandaises, l’Irlande du Nord ou le Zimbabwe. En France, un équivalent existe sous le nom de « bâton de Bourbotte » qui, initialement détenu par le LOSC et son capitaine François Bourbotte, champions de France 1946, passe depuis de main en main suivant le même modèle que le bâton de Nasazzi.

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