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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Jules Rimet

Pour conclure notre série consacrée aux 50 qui ont marqué l'histoire du Mondial, portrait de celui par qui tout a commencé : Jules Rimet, le "père de la Coupe du Monde".


Jules Rimet, "l'inventeur" de la Coupe du Monde. Image : WeSport


Si le nom de Jules Rimet est associé à jamais à la coupe du monde de football, il ne faut pas négliger que ce jeune issu du monde rural arrivé à Paris à la fin du XIXe siècle, fait partie des membres fondateurs de l’un des plus vieux clubs de football de France, le Red Star de Saint-Ouen. Cette passion du football le conduit au plus sommet de l’organisation internationale, la Fédération internationale de football association (FIFA) : « le parcours de Jules Rimet mélange engagement social et passions sportives, racines françaises et vision universelle, œuvre collective et ambition personnelle » selon les mots de Jean-Yves Guillain.


Un jeune catholique initié au football…


Jules Ernest Séraphin Valentin Rimet est né le 24 octobre 1873 à Theuley dans le département de la Haute-Saône. Il est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants et reste dans son village natal jusqu’à l’âge de 11 ans auprès de son grand-père alors que ses parents ont quitté la campagne pour la capitale, participant à ce que les historiens nomment l’exode rural. En 1885, il arrive enfin chez ses parents et reçoit une éducation catholique, mais républicaine. Brillant lors de ses études, il est récompensé par un premier prix au certificat d’études primaires. Tout en travaillant avec son père, il obtient son baccalauréat et poursuit des études supérieures de droit, ce qui lui permet d’être embauché dans une société de recouvrement de créances. Dans cette fin de siècle, il découvre le football.

En mars 1897, il participe à la fondation du Red Star Club ; le nom du club, viendrait selon la mémoire collective d’une nurse anglaise de la famille. C’est un club multisports et culturel où l’on pratique la course, l’escrime, le vélo, le football, etc., mais aussi la littérature et la poésie, recrutant parmi les classes moyennes et la petite bourgeoisie. Toutefois, s’installant en 1909 à Saint-Ouen, il découvre la classe ouvrière et le sport ouvrier, élargissant ses bases sociales, comme le propose le catholicisme social.

Parallèlement, Jules Rimet, contribue à structurer le football et le club du Red Star, rejoint l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (USFSA), qui participe à la fondation de la Fédération internationale de football association (FIFA) en 1904.


De la Première Guerre Mondiale à la Fédération Française de Football


Alors en pleine ascension, Rimet voit son élan brisé quelques mois plus tard par la Première Guerre mondiale. Mobilisé le 2 septembre 1914, dans sa 41e année, il rejoint volontairement le front. De simple soldat à officier, il est décoré à trois reprises de la Croix de guerre. En 1919, il est démobilisé et collabore avec son complice Henri Delaunay, à la création le 7 avril de la Fédération Française de Football Association (FFFA) qui réunit les clubs sportifs issus des deux grands courants de pensée qui structurent le sport, les associations catholiques et laïques. Jules Rimet en devient le président Henri Delaunay le secrétaire général. Pendant plus de 30 ans ils dirigent cette fédération et marquent de leur empreinte le football national, puis international.


Le fondateur de la coupe du monde


Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, le père fondateur du Red Star devient l’homme le plus important de la planète football puisqu’il est élu à la tête de la FIFA lors du congrès d’Anvers en 1920, un destin inattendu pour un homme qui n’a lui-même jamais « tapé dans le ballon ». Convaincu de la capacité du football à rassembler les peuples, il se met rapidement au travail, avec son bras droit Ivo Schricker, afin de créer une compétition qui réunirait les footballeurs du monde entier. Les années passent et, le 26 mai 1928, lors du congrès d’Amsterdam, le projet de Rimet est enfin validé : la Coupe du Monde va bel et bien voir le jour.

Toutefois, en choisissant l’Uruguay comme pays hôte, la FIFA se met à dos les nations européennes qui refusent d’effectuer un si long voyage pour participer au Mondial. En France par exemple, le professionnalisme n’existe pas encore et il paraît donc impensable pour les joueurs de quitter leur travail pour partir deux mois à l’autre bout du monde. Très vite, le tournoi prend du plomb dans l’aile et paraît devoir ressembler à une « Coupe d’Amérique du Sud » plus qu’à une « Coupe du Monde ». Jamais avare d’efforts, Rimet se démène pour sauver son projet et, à quelques semaines tout juste du début de la compétition, il obtient l’accord de quatre nations européennes : la France, la Belgique, la Roumanie et la Yougoslavie ! Impliqué totalement dans son projet, il fera lui-même le voyage avec les délégations des trois premières nations citées à bord du Conte Verde, le paquebot choisi par la FIFA pour ce voyage. A bord, Rimet est facilement identifiable : petit bonhomme à la moustache blanche impeccable, il ne quitte jamais une petite mallette noire qu’il n’ouvre jamais. A l’intérieur de celle-ci, la Coupe du Monde attend son premier vainqueur...


Un politicien sur un fil


Grâce au succès populaire du premier Mondial uruguayen, la Coupe du Monde est lancée et ne s’arrêtera plus. Organisée tous les quatre ans, elle devient un événement sportif incontournable et sa popularité attise les convoitises d’hommes politiques qui y voient un formidable moyen de propagande. Dès 1934, le Duce Benito Mussolini transforme ainsi le Mondial en démonstration de force d’une Italie en pleine reconstruction. Aidés par un arbitrage plus que douteux, la Squadra emporte sa première Coupe du Monde sous les yeux d’un Rimet qui ne trouve rien à redire. En bon politicien, le président de la FIFA préfère retenir de cette deuxième édition l’esprit universaliste et mondialisé du football. Ce sera d’ailleurs une constante chez lui : peu importe l’interlocuteur, il tentera à chaque fois, dans la mesure du possible, de laisser la politique de côté afin d’œuvrer pour le développement du football. Pendant la Seconde Guerre Mondiale par exemple, il gardera la tête de la Fédération Française de Football pendant deux ans avant de démissionner lorsqu’il estimera qu’il est devenu impossible pour lui de travailler en collaboration avec le Colonel Pascot, Commissaire des Sports du régime de Vichy. Toutefois, le différend entre les deux hommes ne concernera que la politique sportive de Vichy et non la politique générale sur laquelle Rimet ne se prononcera pas. A la FIFA, il agit de même dans ses relations avec les Allemands. Pendant les six années de guerre, il se contente de traiter avec les nazis des questions purement sportives et ne se met jamais en porte-à-faux sur ce plan là. Son action, digne d’un équilibriste de grand talent, fera qu’au lendemain de la guerre, Rimet ne sera jamais accusé d’une quelconque collaboration avec les Allemands.


La Coupe Jules Rimet


En 1950, après douze années d’interruption, la Coupe du Monde peut enfin reprendre ses droits. Désormais âgé de 77 ans, le président de la FIFA est devenu une figure intouchable du monde du football. Dès juillet 1946, le congrès de la Fédération Internationale avait d’ailleurs rendu hommage à son président en donnant son nom au trophée de la Coupe du Monde, « à la grande confusion » du principal intéressé, comme celui-ci l’expliquera dans son journal. Toujours actif malgré les années, Rimet cède sa place à la FIFA en 1954 mais est élu président d’honneur dès l’année suivante. Alors à la fin de sa vie, il se lance dans un ultime texte pour dénoncer une bonne fois pour toute l’amateurisme pur et dur en sport. Fervent partisan d’un football ouvert à tous, le vieux président écrit :

« Le suprême but du sport est de susciter et d’accroître la compréhension et la sympathie entre tous les peuples, entre toutes les jeunesses, entre toutes les catégories de la société humaine. L’amateurisme est un obstacle à cette universalité pacifique. Il fait du sport une chapelle fermée où l’on ne pénètre qu’en montrant patte d’or. Il fournit un excellent moyen de ségrégation, le plus efficace barbelé pour maintenir la foule des sportifs à distance respectueuse d’une élite dilettante ». Ultime tacle adressé à ceux qui souhaitent réserver le sport à une élite fortunée, ce texte n’aura jamais de point final puisque Jules Rimet décèdera avant d’avoir pu le terminer, en octobre 1956...


Jean Vigreux et Foot Universal


Note sur l'auteur : Docteur en histoire, Jean Vigreux est notamment un spécialiste de l'histoire de la Résistance. Son dernier livre, co-écrit avec Dimitri Manessi ("Rino Della Negra, footballeur et partisan", Libertalia, 2022) est consacré au destin tragique du jeune footballeur du Red Star Rino Della Negra, jeune résistant du groupe Manouchian fusillé au Mont Valérien le 21 février 1944.



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