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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Mario Zagallo

Seul homme de l'histoire à avoir pris part à cinq finales de Coupe du Monde en tant que joueur, sélectionneur et adjoint, Mario Zagallo est sans conteste l'une des figures les plus marquantes de l'histoire de la compétition. Retour sur quarante années de succès.


Mario Zagallo lors de son deuxième mandat de sélectionneur (1994-1998). Image : L'Equipe

L’homme aux cinq finales


Dans une carrière de footballeur, disputer une finale de Coupe du Monde constitue le Graal, le sommet ultime d’un parcours parfois sinueux. Et, lorsque l’on en ressort vainqueur, on entre définitivement dans la grande histoire du football. Qu’importe que l’on ait marqué 13 buts comme Just Fontaine en 1958 ou qu’on n’ait pas disputé la moindre minute dans le tournoi à l’image d’Adil Rami en 2018 : pour l’éternité, on devient champion du monde. Puis, surplombant la mêlée de tous ces champions en crampons, on retrouve une poignée de joueurs ayant eu la chance de disputer deux finales de Coupe du Monde. De Luis Monti à Ronaldo, ces joueurs-là sont des privilégiés, ils ont connu par deux fois ce que la majorité des footballeurs ne vivront jamais. Et pourtant, un homme trône encore au-dessus d’eux : le Roi Pelé, seul joueur triple vainqueur de l’histoire du tournoi. Intouchable le légendaire numéro 10 de la Seleçao ? En réalité, il existe un homme qui pourrait le regarder de haut. Un homme, le seul dans l’histoire, qui a pris part à cinq finales de Coupe du Monde et qui en a gagné quatre. Cet homme, c’est Mario Zagallo.


De pilier des premiers titres…


L’histoire de Mario Zagallo avec la Coupe du Monde remonte à l’été 1958. Alors qu’il est déjà âgé de 27 ans et qu’il vient de boucler sa huitième saison sous les couleurs de Flamengo, cet ailier gauche de poche (il mesure 1m67) est appelé pour la première fois en sélection à quelques semaines du début du tournoi. S’imposant immédiatement dans le onze titulaire de la Seleçao, il fait logiquement partie du voyage en Suède en compagnie d’un môme de 17 ans encore inconnu de tous : « Moi et tous les autres joueurs de Rio l’avions découvert au moment où il avait rejoint le groupe avant le tournoi final. Il jouait de Sao Paulo et faute de Championnat national à l’époque, on ne le connaissait pas. Mais on a vite compris ». Ce gamin au talent fou, un certain Pelé, va faire de Zagallo l’un des acteurs majeurs de quelques uns de ses plus grands exploits. Lors de la finale de 1958 face à la Suède, c’est bien Zagallo qui couronne le Roi en lui déposant le ballon sur la tête pour sceller la victoire brésilienne (5-2). Quatre ans plus tard, si Pelé est rapidement sur la touche après une blessure au premier tour contre la Tchécoslovaquie, Zagallo, lui, est toujours là. Auteur d’une Coupe du Monde de haute volée légèrement éclipsée par la classe d’un Garrincha touché par la grâce, il devient, au même titre que treize de ses coéquipiers, champion du monde pour la deuxième fois de sa carrière. Il ne le sait pas encore mais, bien que sa carrière touche à sa fin (il prend sa retraite en 1965), il n’a pas encore pris part à la moitié des finales de Coupe du Monde de sa vie...


à sélectionneur respecté


Quatre ans après le sacre brésilien au Chili, l’atmosphère autour de la Seleçao a bien changé. Le Mondial anglais, terminé dès le premier tour, a été un véritable fiasco et les critiques n’ont pas épargné joueurs, dirigeants et fédération. Particulièrement visé par la presse, le sélectionneur Vicente Feola a été écarté et, pour le remplacer, le président de la Fédération João Havelange a fait un choix bien particulier : celui de João Saldanha. L’étrangeté de ce choix réside dans le fait que Saldanha n’est alors pas un entraîneur mais un journaliste. Havelange, en pur politicien qu’il est, a ainsi voulu apaiser les tensions avec la presse en nommant l’une des plus importantes plumes du pays. Communiste, libertaire, Saldanha dispose d’une liberté de ton qui détonne dans un Brésil gouverné par les militaires. Toutefois, plus les mois défilent, plus ses relations avec pouvoir se détériorent. Le sélectionneur brésilien refuse de se laisser imposer ses choix et surtout, il exprime publiquement ses doutes quant à la forme de Pelé. Crime de lèse-majesté ultime, il annonce même hésiter quant à la sélection du Roi pour le Mondial 1970. En remettant en cause l’idole de tout un peuple, Saldanha a scellé son avenir. A dix semaines du début de la compétition, il est écarté au profit de Mario Zagallo qui entraîne Botafogo depuis quatre ans. Plus pragmatique que Saldanha, Zagallo rééquilibre la Seleçao en laissant tomber le 4-2-4 pour mettre en place un 4-3-3 avec un trio Rivelino-Clodoaldo-Gerson au milieu pour soutenir l’attaque Jairzinho-Pelé-Tostao. Enfin, sur le papier car, sur le terrain, les Brésiliens disposent d’une liberté de mouvement quasi-totale. Rivelino, époustouflant durant toute la compétition analyse : « En mettant des numéros 10 (ndlr :Gerson, Rivelino, Jairzinho, Tostao et Pelé pouvaient tous être considérés comme des 10) à chaque coin du terrain, Zagallo savait que l’espace serait intelligemment occupé et que la circulation serait bonne ». Défensivement, pas de pressing à outrance mais un bloc médian compact justifié ainsi par Zagallo lui-même : « Pour ne pas offrir de possibilités de contre à l'adversaire et surtout ne pas gaspiller d'énergie en pressant haut, le principe était de se replacer derrière la ligne du ballon, de défendre en zone et de bien couvrir l'espace. » Parfaitement organisés et soudés derrière leur sélectionneur, les Brésiliens vont survoler le tournoi, offrant au monde l’une des plus belles équipes qui lui ait été donné de voir. A seulement 39 ans, Mario Zagallo devient quant à lui le premier homme de l’histoire à remporter la Coupe du Monde en tant que joueur et en tant qu’entraîneur. Cinquante-deux ans plus tard, seuls Franz Beckenbauer et Didier Deschamps se sont invités à sa table.


Le totem de la Seleçao


Cédant sa place après l’échec – relatif – de la Coupe du Monde 1974 où le Brésil termine 4ème, Zagallo enchaîne ensuite les postes pendant une dizaine d’années entre clubs brésiliens (Flamengo, Botafogo, Vasco de Gama) et destinations exotiques (Arabie Saoudite, Koweït et surtout les Emirats arabes unis qu’il parvient à qualifier pour le Mondial 1990!). En 1991, il annonce sa retraite à 60 ans, mettant ainsi un terme à une carrière bien fournie. Du moins le croit-on ! Car trois ans plus tard, lorsque la Fédération Brésilienne le rappelle pour épauler le sélectionneur Carlos Alberto Parreira, Zagallo ne peut s’empêcher de replonger. Désormais dans le rôle du vieux sage écouté et respecté, il assiste de l’intérieur au quatrième triomphe mondial de la Seleçao, triomphes dont il est le dénominateur commun. Lorsque Parreira quitte son poste à l’issue du tournoi, c’est tout naturellement que Zagallo est une nouvelle fois promu numéro 1. A plus de 65 ans, il n’a rien perdu de son amour du jeu comme en témoigne l’ancien international Gonçalves : « Il savait motiver un groupe comme personne. Dès qu’il parlait du maillot de la Seleçao, il avait les larmes aux yeux. C’est quelque chose qu’on respectait beaucoup. Avec lui, tu étais obligé de donner ton cœur et ton sang pour ton pays. Sa science du jeu aussi était remarquable. » Après une victoire lors de la Copa America 1997, il conduit de nouveau le Brésil en finale de la Coupe du Monde, sa cinquième personnelle. Cette finale de 1998 face à une équipe de France des grands soirs sera d’ailleurs sa seule défaite à ce stade de la compétition. Devenu un véritable totem de la Seleçao, Zagallo est de nouveau appelé dans le staff pour le Mondial 2006, avec cette fois moins de succès puisque le Brésil tombe à nouveau face à la France de Zidane, mais cette fois dès les quarts de finale. A 70 ans, le Monsieur Coupe du Monde décroche définitivement après cette ultime compétition, tournant ainsi l'une des plus belles pages de l'histoire du Mondial.

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