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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Miroslav Klose

Passé en l'espace de moins de deux ans de la D5 allemande à la Coupe du Monde 2002, Miroslav Klose a connu un parcours hors du commun qui l'a conduit jusqu'à devenir le meilleur buteur de l'histoire du Mondial. Portrait d'un géant que l'on attendait pas.


Miroslav Klose et la Coupe du Monde. Image : Footpack


Tempête sur Belo Horizonte


Il paraît presque surpris. La passe parfaite de Toni Kroos dans la surface brésilienne, la talonnade géniale de Müller, que Marcelo a lâché, tout est facile, trop facile. Il est environ 17h23 à Belo Horizonte en ce 8 juillet 2014 et le voilà face à l’histoire. Il a le ballon dans les pieds, au point de pénalty. Maicon, qui le suivait jusqu’ici part vers son but sans trop que l’on ne sache pourquoi et le temps s’arrête. La situation est d’une simplicité évidente, presque enfantine. Julio César est en train de sortir mais il est déjà trop tard pour lui, un simple plat du pied au ras du poteau et ç’en est fini du portier de Toronto. Il a 35 ans, ses grandes années sont derrière lui, il n’est pas en mesure de faire un exploit.

A 36 printemps, il va donc entrer dans l’histoire. Lui, qui n’avait débuté en professionnel qu’à l’âge de 21 ans, lui, qui avait connu de terribles douleurs au dos tout au long de sa carrière, lui, qui n’avait jamais réellement été considéré comme les meilleurs de son époque. Lui, Miroslav Klose, s’apprête à devenir le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du Monde.

Un simple plat du pied pour entrer dans l’histoire... Vertigineux, n’est-ce pas ? Trop peut-être, même pour une légende. Alors que le public brésilien regarde horrifié, il pousse un ouf de soulagement au moment où Klose déclenche sa frappe. Son plat du pied est totalement manqué et arrive mollement sur Julio César qui repousse… dans les pieds du natif d’Opole, en Pologne. Cette fois, pas de silence, pas de tergiversation. On ne s’enfuit pas d’un rendez-vous avec l’histoire. La deuxième tentative est la bonne. Le record de Ronaldo est tombé, Klose est désormais seul au sommet. Le Brésil est désormais mené 2-0 et, sur Belo Horizonte, un terrible orage venu d’Allemagne s’apprête à tout emporter.

Itinéraire d’un inattendu


Devenu roi des buteurs de la plus prestigieuse compétition de l’histoire, Miroslav Klose ne semblait pourtant pas destiné à une telle carrière. Fils de Jozef Klose, attaquant polonais passé par Auxerre et de Barbara Jez, une handballeuse professionnelle, elle aussi polonaise, le futur attaquant de la Mannschaft a connu une enfance difficile. Après avoir passé les premières années de son enfance en France, où Guy Roux se souvient « du petit Miroslav à qui on donnait des nounours », le jeune « Miro » découvre l’Allemagne à l’âge de 7 ans. Là-bas, l’adaptation est difficile : l’enfant ne parle pas un mot d’allemand et n’est pas un grand adepte de l’école. A son adolescence, son histoire semble prendre un mauvais tournant lorsqu’il est exclu du collège pour insolence. Gamin perdu, il essaye de marcher dans les traces de son père en s’adonnant au football. S’il n’est pas dénué de talent, il peine à se faire remarquer. Alors qu’il est âgé de 15 ans, son père lui obtient un test à Auxerre, en vain : le jeune Klose ne touche pas un ballon et est invité à rentrer en Allemagne. Cependant, les échecs ne le découragent pas. Petit à petit, le gamin turbulent laisse place à un jeune homme timide, poli, mais extrêmement déterminé. Avec son club amateur du FC Hombourg (D5), il commence à accumuler les buts et tape enfin dans l’œil d’un club professionnel, Kaiserslautern, en 1999. A 21 ans, Klose sait qu’il ne doit pas laisser passer le train. Sa première saison, disputée avec la réserve, est excellente et lui permet d’obtenir du temps de jeu avec l’équipe A en fin de saison. Il ne la quittera plus. Lui qui évoluait au milieu de terrain jusqu’alors devient le titulaire à la pointe de l’attaque dès la saison 2000-2001. Grâce à ces débuts convaincants, il est appelé en sélection la même année par Rudi Völler, l’un de ses modèles. Entré en jeu à la 73ème minute d’un match contre l’Albanie, il offre la victoire à l’Allemagne d’une superbe tête, une réalisation qu’il célèbre d’un salto avant, sa marque de fabrique. En moins de deux ans, le jeune Klose est passé de la cinquième division allemande à la sélection nationale. Son histoire est lancée.


Portrait-robot d’un buteur historique


Revoir les seize buts de Miroslav Klose en Coupe du Monde, c’est revoir l’évolution et la progression d’un attaquant qui a su, durant toute sa carrière, adapter son jeu pour rester performant. Lorsqu’il arrive en Corée du Sud et au Japon pour son premier tournoi mondial en 2002, le buteur de Kaiserslautern n’est pas encore l’attaquant complet qu’il deviendra par la suite. En revanche, il possède déjà ce qui restera l’un de ses grands points forts tout au long de sa carrière : un jeu de tête d’exception. Ainsi, pour ses débuts, celui que l’on présente déjà comme l’héritier des Gerd Müller, Karl-Heinz Rummenigge et autres Jürgen Klinsmann, s’offre cinq coups de casque décisifs dès le premier tour. Souvent servi par l’excellent Michael Ballack, il inscrit trois buts contre l’Arabie Saoudite (8-0), un contre l’Irlande (1-1) et un contre le Cameroun (2-0). Et puis, plus rien, ou presque. Si l’Allemagne se hisse jusqu’en finale, celui qui appelle son sélectionneur « Monsieur » et qui vouvoie Oliver Kahn s’éteint petit à petit. A 23 ans, il n’est pas encore totalement dans la cour des grands.

Cette cour, il l’atteindra quatre ans plus tard lors du Mondial allemand. En 2006, Klose sort de la saison de sa vie dans son club du Werder Brême. Avec 25 buts et 14 passes décisives en Bundesliga, il n’est plus le joueur encore un peu tendre pour le plus haut niveau qu’il était quatre ans plus tôt. Désormais, le coéquipier en club de Johan Micoud est un attaquant complet capable de marquer comme de faire marquer. S’il est toujours aussi adroit devant le but, il a élargi sa panoplie en développant une vivacité hors du commun sur les premiers mètres ce qui lui permet de prendre le meilleur sur les défenseurs. Auteur de quatre buts lors de la phase de poules, il confirme cette fois lors de la phase à élimination directe en délivrant deux passes décisives pour Podolski en 1/8ème contre la Suède (2-0) et surtout en égalisant contre l’Argentine en 1/4 de finale (1-1, victoire de l’Allemagne aux tirs aux buts). Avec cinq buts, Klose termine meilleur buteur de la compétition mais la Mannschaft échoue en demi-finale face à l’Italie.

Toujours étincelant en 2010 (4 buts dont 2 face à l’Argentine et 1 contre l’Angleterre), Miroslav Klose voit ses rêves de consécration mondiale s’envoler. A 32 ans, et après un nouvel échec en demi-finale (cette fois face à l’Espagne d’Iniesta), on l’imagine guère être encore de la partie pour la Coupe du Monde au Brésil quatre ans plus tard. Et pourtant, malgré un physique déclinant qui lui fait perdre un peu de sa vivacité – et le fait renoncer aux saltos- Klose s’accroche, comme il l’a toujours fait. Devenu le chouchou des supporters de la Lazio Rome où il évolue désormais, l’ancien buteur de Kaiserslautern s’empare même du record de buts de Gerd Müller sous le maillot de la Mannschaft (71 pour Klose, 68 pour Der Bomber). Et, pour rester au plus haut niveau, « Miro » a une nouvelle fois modifié son jeu. Toujours utile par son jeu sans ballon, il a développé un flair hors du commun dans la surface de réparation, un flair qui lui sera utile lors du Mondial brésilien. Lors de la seconde rencontre de poules face au Ghana, il sent parfaitement le jeu sur un corner et se jette au second poteau pour récupérer un ballon dévié de la tête par un coéquipier. S’il n’est plus tout à fait celui qu’il a été, Klose reste indispensable aux yeux de son sélectionneur Joachim Löw, à tel point que, malgré ses 36 ans, il retrouve une place de titulaire à partir du 1/4 de finale face à la France. Grâce à la victoire des siens sur les Bleus de Deschamps, il devient le seul homme à prendre part à quatre demi-finales de Coupe du Monde en tant que joueur, un exploit exceptionnel. Quelques jours après son entrée dans l’histoire face au Brésil, Miroslav Klose devient champion du Monde et peut, après 137 sélections et 71 buts, tirer un trait sur sa carrière internationale avec le sentiment du devoir accompli.


Un symbole de classe et d’élégance


S’il n’a jamais eu la surpuissance d’un Ronaldo, le touche de balle d’un Zidane ou le génie d’un Maradona, Miroslav Klose a su graver son nom de la plus belle des manières dans l’histoire du football. Modèle de professionnalisme, il s’est distingué dans sa carrière par son fair-play, n’hésitant pas à demander à l’arbitre de refuser un but qu’il avait marqué de la main ou à annuler un pénalty un jour où il estimait qu’il n’y avait pas de faute sur lui. Footballeur dans le sens le plus pur du terme, l’attaquant allemand était un passionné, un vrai, du genre à ne louper aucun match d’une Coupe du Monde à laquelle lui-même participait. En 2018, deux ans après son retrait des terrains, il déplorait un décalage avec la nouvelle génération à la fin de sa carrière : « Aujourd’hui, les jeunes pensent à autre chose. Quand j’étais gamin, je pensais à m’entraîner pour devenir quelqu’un dans le sport que j’avais toujours aimé. À la Lazio et en sélection, après chaque entraînement, je me plongeais dans une baignoire pleine de glace pour éviter les blessures. Les jeunes de l'équipe refusaient systématiquement. Quand ils me voyaient aller ramasser le sac avec des ballons, ils me disaient: «Mais qui t'oblige à le faire? Je suis fatigué, mort!» À ce moment-là, je me disais: «Tu as 20 ans et tu ne peux pas aider un magasinier de 60 ans ?» Ils se souciaient plus de savoir si leurs chaussures étaient assorties avec leurs chaussettes.»L’un des derniers représentants d’une certaine idée du football, assurément...

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