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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Silvio Piola

Auteur de 5 buts dont un doublé en finale lors de la Coupe du Monde 1938, l'Italien Silvio Piola est, avec son compatriote Giuseppe Meazza, le grand bonhomme de cette troisième édition du tournoi mondial. Portrait d'un buteur d'exception.


L’homme qui délogea Giuseppe Meazza


En mai 1934, Silvio Piola, 20 ans vient de conclure la plus belle saison de sa jeune carrière. Avec son club formateur de Pro Vercelli, où il débuta en 1930 à tout juste 16 ans, il a atteint les 15 buts en Série A pour la première fois, concluant ainsi une troisième saison consécutive à plus de 10 réalisations. Rapide, puissant et chirurgical devant le but, il fait partie des plus grands espoirs du football transalpin d’alors. Suffisant pour gagner sa place pour le Mondial 1934 qui aura justement lieu en Italie ? Non. Payant sans doute le fait de jouer dans un club peu médiatisé, le sélectionneur Vittorio Pozzo lui préfère, en plus des titulaires habituels, le jeune Felice Borel de la Juventus. C’est donc en tant que simple spectateur que le jeune Piola observe sa sélection remporter le premier sacre mondial de son histoire. Peut-être échaudé par ce rendez-vous manqué, le buteur de Pro Vercelli profite de cet été pour quitter son cocon pour un plus grand club : direction la Lazio Rome. Là bas, le jeune homme confirme tous les espoirs placés en lui. Continuant d’empiler les buts, il connaît enfin sa première cape en mars 1935 contre l’Autriche et en profite pour inscrire un doublé. Ce poste d’avant-centre, qui semblait promis à Meazza avec le déclin du buteur de Bologne Angelo Schiavio, Piola ne va plus le lâcher pendant des années. Pourtant considéré comme le plus grand joueur des années 30, « Peppino » Meazza sera contraint de reculer d’un cran pour laisser sa place au buteur de la Lazio. Ce coup tactique signé Vittorio Pozzo, se révélera être un coup de maître. Avec Meazza et le milieu de la Juve Giovanni Ferrari à la construction et Piola à la finition, la Squadra Azzurra va devenir une véritable machine d’efficacité.


Le sauveur du Vélodrome


Lorsqu’arrive la Coupe du monde 1938 organisée en France, Piola s’est d’ores et déjà imposé comme l’un des meilleurs avants-centre de la planète, si ce n’est le meilleur. Sa simple présence fait d’ailleurs dire aux observateurs avant la compétition que l’Italie de 1938 sera encore meilleure que celle de1934. Pourtant, pour son entrée en lice face à la Norvège en 1/8ème de finale, la Squadra va frôler la catastrophe. Face à une équipe norvégienne qui semblait destinée à servir de simple sparring-partner, l’Italie entame sereinement la rencontre en ouvrant le score dès la deuxième minute par Pietro Ferraris (à ne pas confondre avec Giovanni Ferrari). On pense alors assister à la promenade de santé annoncée mais très vite, les observateurs en arrivent au même constat : l’Italie bafoue son football. Sous une chaleur étouffante, Meazza et Ferrari souffrent face à la puissance du duo Brynyldsen-Kvannen et il faut un Olivieri exceptionnel dans les cages pour éviter aux hommes de Pozzo de concéder l’égalisation. Au retour des vestiaires, les Italiens sont toutefois légèrement mieux et l’on pense alors se diriger vers une victoire des coéquipiers de Meazza quand, à la 83ème minute, l’attaquant norvégien Arne Brustad surgit de nulle part pour égaliser ! Coup de tonnerre à Marseille, la Norvège pousse l’Italie - presque soulagée de son sort après avoir vu Brustad inscrire un second but justement refusé pour une position de hors-jeu - en prolongations. Au pied du mur, les Italiens vont finalement s’en remettre à leur buteur vedette pour se sortir de l’impasse. Très discret depuis le début de la rencontre, Piola profite d’une erreur de main du gardien norvégien pour suivre et pousser le ballon dans le but adverse. 2-1, la Squadra verra les quarts.


L’homme de 38


Au lendemain de ce match de la peur contre la Norvège, l’Italie est critiquée de toutes parts. En France, le journal L’Auto déclare à la suite de ce match « qu’il semble impossible de les considérer plus longtemps comme les favoris du tournoi ». Rien de mieux que ce genre de phrase pour piquer des champions dans leur orgueil avant un quart de finale face à l’équipe de France… Pour ce premier choc du tournoi entre le pays organisateur et le champion du monde en titre, les observateurs estiment que les Bleus peuvent avoir leur chance. En nets progrès depuis plusieurs années et face à une Squadra jugée diminuée, les coéquipiers du capitaine Étienne Mattler peuvent croire à l’exploit. N’avaient-ils d’ailleurs pas réussi à obtenir un superbe match nul face à ces mêmes italiens six mois plus tôt ? Déjà à l’époque, le milieu de terrain français Edmond Delfour avait identifié Piola comme la menace numéro 1 : « Piola, voilà ce qu’on appelle un « grand bonhomme » ! Il se déplace avec une aisance remarquable, dribble court, garde sa balle, fait jouer ses partenaires. Et quelle puissance, quelle précision de tir ! » Fin connaisseur du football, « Mômond » Delfour ne croyait pas si bien dire. Si en décembre 1937, un Laurent Di Lorto des grands jours dans les buts avait permis de contenir Piola et compagnie, il n’en est pas de même pour ce 1/4 de finale de Coupe du monde. Insaisissable et toujours en mouvement, le buteur de la Lazio en fait voir de toutes les couleurs à l’arrière-garde française. Peu après la mi-temps, alors que le score est de 1-1, il chipe le ballon dans les pieds de Raoul Diagne et trompe Di Lorto d’une frappe sèche à ras du poteau. Vingt minutes plus tard, c’est cette fois sur une offrande de Giovanni Ferrari qu’il trompe de nouveau le portier français d’une tête à contre-pied. Auteur d’un doublé décisif, Piola est désormais lancé. S’il ne marque pas en demi-finale face au Brésil, il s’offre de nouveau un doublé en finale face à la Hongrie et entre définitivement dans la légende du football italien … et de la Coupe du monde ! Avec son partenaire d’attaque Gino Colaussi, lui aussi double buteur, Piola devient l’un des deux premiers joueurs à inscrire un doublé en finale de coupe du Monde. Près de 85 ans plus tard, ils ne sont que 7 (Vava, Pelé, Rahn, Kempes, Zidane, Ronaldo et Hurst (triplé pour lui)) à avoir réédité un tel exploit.


Une carrière internationale brisée par la guerre.


Agé de seulement 25 ans en 1938, Silvio Piola pouvait alors raisonnablement espérer jouer une voire deux nouvelles Coupe du monde avant la fin de sa carrière. Malheureusement, comme pour beaucoup d’autres grands de cette époque, la Seconde Guerre Mondiale viendra briser ses rêves. Au lendemain de celle-ci, Piola retrouvera la sélection italienne dès 1946. Toutefois, ayant perdu sa vitesse de pointe qui faisait tant de différences, il est petit à petit écarté. Avec la disparition de l’ossature de la sélection qui évoluait au Torino dans la catastrophe de Superga en 1949, Piola est de nouveau un candidat crédible à la sélection. Mais finalement, à 37 ans, le sélectionneur Vittorio Pozzo décide qu’il est préférable de le laisser de côté. Sélectionné pour deux ultimes matchs en 1952, Silvio Piola ne prendre sa retraite qu’en 1954 à près de 41 ans. Aujourd’hui encore, il est le meilleur buteur de l’histoire de la Série A avec 274 réalisations.

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1 commentaire


Cristian Q-ny
Cristian Q-ny
24 oct. 2022

Deux réactions à cet article :

Au sujet de Pro Vercelli : si ce club a eu ses heures de gloire avant les années 25, il en reste pas moins encore à l'époque un club respecté en Italie, qui a déjà gagné 7 titres de champions. La Lazio ayant alors un palmarès vierge.

Au sujet du duel Piola/Borel : ce dernier a terminé meilleur buteur en 1933, et aussi en 1934 avec la Juve avec laquelle il gagne le championnat d'Italie, alors que dans le même temps Piola n'est encore qu'un jeune prometteur.

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