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Quand l'attaquant vedette du Barça se faisait kidnapper !

Le 25 mars 1981 la sélection espagnole, en pleine préparation pour « sa » Coupe du monde, se déplace à Wembley pour un match amical de prestige face à l’Angleterre, qu’elle n’a jamais battu sur son sol. Si elle sauve la tête du sélectionneur José Santamaria, cette victoire inattendue ne va pas faire la Une de la presse ibérique, bien trop absorbée par une affaire invraisemblable : l'enlèvement du buteur du FC Barcelone, "Quini".

Quini du temps de son passage au FC Barcelone


L’affaire Quini


À 22h05, soit 10 minutes avant le coup de sifflet final à Wembley, les téléscripteurs apprennent la nouvelle de la libération d’Enrique Castro González, dit Quini, le buteur de l’équipe nationale et du FC Barcelone après avoir été celui du Sporting Gijón, déjà quadruple pichichi depuis 1974 et encore largement en tête pour cette saison 80-81. C’est l’épilogue d’une affaire qui a défrayé la chronique en Espagne durant 25 jours, qui jouera un rôle non négligeable sur l’attribution du titre en Liga cette saison-là et qui va durablement plomber l’ambiance de la Roja, à 13 mois de l’ouverture de « sa » Coupe du monde. Le 1er mars 1981 le Barça passe 6 buts au Camp Nou au Hercules Alicante et revient à deux point du leader, l’Atlético Madrid, quelques jours avant que les deux équipes ne s’affrontent à Vicente Calderón pour un duel au sommet devant décider, normalement, de l’issue du championnat. Fidèle à son habitude, Quini a encore marqué deux buts et consolidé sa place de leader au classement des buteurs.. Mais il ne rentrera pas chez lui. Il est enlevé par trois hommes qui préparaient leur coup depuis quinze jours. Il est ligoté, bâillonné et transporté dans le coffre d’une fourgonnette, caché dans un meuble en bois rembourré de coussins direction le sous-sol d’un atelier de mécanique de Saragosse, à 300 km de chez lui.


25 jours d’inquiétude


Dans une démocratie naissante où les enlèvements d'hommes d'affaires ou de politiciens, notamment par l'ETA, sont monnaie courante, l'émoi est immense. Le lendemain de l'enlèvement, un prétendu groupe anti-séparatiste contacte ainsi le journal La Vanguardia assurant avoir kidnappé le buteur du Barça pour empêcher le porte-drapeau en crampons de la Catalogne d'être champion. La revendication s’avérera fausse. Mais au Barça, la psychose est bien là. Juan José Estella, milieu de terrain des Blaugranas, déclarera plus tard : « Il y avait une peur générale dans l’équipe, on était placés sous surveillance. La première semaine, on ne s’est quasiment pas entraînés, on attendait seulement des nouvelles de Quini. » Chacun craint d'être bientôt victime d'un autre rapt et les deux étrangers de l'équipe, l'Allemand Bernd Schuster et le Danois Allan Simonsen, ne se déplacent plus qu'accompagnés de gardes du corps. Chaque séance d'entraînement est l'occasion de discussions sur l'opportunité de jouer contre l’Atlético. Après avoir failli renoncer au match, ce qui aurait vraisemblablement entraîné le report de toutes les rencontres prévues étant donnée la solidarité qu'étaient prêtes à leur témoigner plusieurs autres équipes, les joueurs du Barça décident finalement, sous la pression de la fédération, de disputer la rencontre. La tête ailleurs, ils sont défaits sur la plus petite des marges avant de s’incliner encore le dimanche suivant à Salamanque et de concéder le nul à domicile contre Saragosse, laissant ainsi s’échapper le titre qui leur échappait depuis 1974. Durant ce temps, la famille de Quini a, enfin, reçu des nouvelles des ravisseurs : une carte écrite de la main du joueur est laissée comme preuve dans une cabine téléphonique de L'Hospitalet de Llobregat avec, dessus, un montant : 100 millions de pesetas. C’est Alexanko, le coéquipier de Quini, son ami, celui qui reçoit tous les appels et qui perd volontairement du temps pour localiser les interlocuteurs, qui est chargé d’amener le sac rempli de billets, à quelques heures du match contre Salamanque, suivi par une armada de policiers en civils. Mais au dernier moment les ravisseurs décident de déplacer l’échange de la frontière à Perpignan. L’époque de la coopération entre les polices européennes n’étant pas encore de mise, l’opération est annulée.


Épilogue


Tout se jouera à Genève, où la rançon a été déposée sur un compte numéroté anonyme. La police espagnole parvient à faire lever le secret bancaire. Le banquier va jusqu’à fournir la photocopie du passeport de la personne qui a ouvert le compte une semaine plus tôt. Celui-ci est arrêté à l’aéroport et ne tarde pas à donner l’adresse où est détenu Quini. L’atelier de Saragosse est investi dans la soirée et les deux « gardes » appréhendés. Le pichichi est libéré. Les ravisseurs n’étaient ni des terroristes ni même des supporters de l’Atlético. Les écoutes téléphoniques, qui avaient cru localiser les appels près du port de Barcelone, en sont pour leurs frais. Deux mécanos et un électricien, trois anonymes perdus dans la ville espagnole de General Motors, qui se disaient que le Barça avait beaucoup et eux très peu. Les trois amateurs écoperont chacun de 10 ans de prison et se verront pardonnés par leur victime, qui renoncera à l’indemnisation de 5 millions de pesetas qu’auraient dû lui verser ses kidnappeurs. Le Barça, lui, aura beau réclamer 35 millions de pesetas aux trois ravisseurs, il n’obtiendra rien et terminera seulement 5e du championnat. L’Atlético, grandement avantagé par le rapt, ne sera pas champion d’Espagne : il s’écroulera, ne finissant que 3e de la Liga, à 3 points du champion, qui sera finalement la Real Sociedad, champion à la différence de buts particulières avec le Real Madrid. Quini disparaîtra une seconde fois, cette fois-ci définitivement, le 27 février 2018, à 68 ans. Après avoir été sacré 5 fois pichichi.


Frédérik Légat

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