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Quand le Brésil organisait une "mini Coupe du Monde amicale"...

En 1972, alors que l'Euro Belge bat son plein, le monde du football a les yeux tournés vers le Brésil qui, à l'occasion des 150 ans de son indépendance, organise une "Coupe du Monde amicale". Retour sur un tournoi inoubliable.


L'Equipe de France lors de la Coupe de l'Indépendance. Photo : Vintage Football Club

150 ans d'indépendance

La Coupe du monde 1970 au Mexique a vu le triomphe de la Dream Team brésilienne. Pelé, Jairzinho, Gérson , Rivelino, Tostão ont donné un récital devant les caméras du monde entier. Même après la retraite internationale de Pelé (Brésil-Yougoslavie 1971 au Maracaña), les Auriverdes sont quasiment seuls au monde.

Mais au Brésil, derrière la samba, il y a la dictature. Le général Médici, au pouvoir depuis 69, a eu beau instrumentaliser le triomphe du stade Aztèque par une « Victoire d'un Brésil fort, heureux et uni », sa présidence coïncide avec une période de répression féroce des mouvements sociaux, connue au Brésil sous le nom d’Années de plomb,et marquée par une « Guerre sale » menée contre les opposants. On torture à tout va et l’image du pays en pâti. En 1972, le 150e anniversaire de l’indépendance du pays arrive alors comme une aubaine pour le général Médici qui va se servir de cet événement, pour asseoir la respectabilité de son régime militaire. Son projet ? Organiser une grande « Coupe de l’Indépendance », à défaut pouvoir accueillir une Coupe du monde.

Une mini Coupe du Monde ?


Cette Coupe regroupant 20 équipes présente un plateau aussi relevé que curieux. Déjà par son format : trois groupes de 5 au 1er tour où seuls les premiers sont qualifiés, plus cinq sélections qualifiées d’office pour le 2e tour (Brésil, Uruguay, URSS, Écosse, Tchécoslovaquie). Mais également par les équipes invitées. Outre les sud-américains, où tous sont présents et renouent avec la compétition après 5 ans d’interruption de la Copa America, la France, la Yougoslavie, le Portugal, l’Iran, l’Eire, on trouve, étonnamment :

- Une sélection du CONCACAF, composée dans sa majorité d’internationaux haïtiens et honduriens mais néanmoins privée de ses mexicains.

- Une sélection de l’Afrique avec, entre autres, le Tunisien Sadok Sassi (Club africain) dans les buts, le Congolais François M’Pelé (Ajaccio), l'Ivoirien Laurent Pokou, le Camerounais Jean-Pierre Tokoto (OM), le Sénégalais Édouard Gnacadja (FC Lorient) sous la houlette du Ghanéen Charles Kumi Gyamfi.

Seul petit bémol, pour une compétition improprement désignée comme une « mini-Coupe du monde » : la compétition se déroule en même temps que l’Euro 72. Pas de RFA, de Belgique ni de Hongrie, alors que l’URSS n’envoie qu’une équipe de réservistes. Les autres grandes nations européennes (Angleterre, Italie, Pays-Bas) ont décliné l’invitation, ne voulant pas servir la soupe à l’opposant déclaré de l’Anglais Stanley Rous à la présidence de la FIFA, João Havelange, l’organisateur du tournoi en tant que président de la Confédération brésilienne des Sports.

La révélation française !


Mine de rien, le tournoi révèle une équipe : l’équipe de France., les Bleus sont à la croisée des chemins. Le groupe de Georges Boulogne est entre deux générations et mêle anciens et nouveaux. Le tournoi s’annonce pourtant mal pour les Bleus, sur une pente savonneuse depuis l’exploit de 1958 et privés de l’essentiel des joueurs marseillais, qui viennent de réussir leur premier doublé, le président Leclerc ayant fait savoir très tôt que ses joueurs seraient sans doute blessés au moment du départ au Brésil. Parmi les anciens, qui disputent leurs dernières sélections : Georges Carnus (OM), Claude Quittet (Nice), Jean-Paul Rostagni (PSG), Jean Djorkaeff (PSG), Michel Mézy (Nîmes), Georges Lech (Sochaux), Bernard Blanchet (Nantes), Louis Floch (Monaco), Charly Loubet (Nice). Toute une génération qui ne sera plus là dès l’année suivante. Parmi les nouveaux, des petits jeunes prometteurs qu’on retrouvera par la suite : Marius Trésor (Ajaccio, 2 sélections) et trois surprises vierges en sélections, le Niçois Dominique Baratelli, le Rémois Jean-François Jodar et le Nîmois Jean-Pierre Adams. Entre les deux générations, les mousquetaires stéphanois (Jean-Michel Larqué, Hervé Revelli, Georges Bereta), Marc Molitor (Strasbourg) et Henri Michel (Nantes). Bien que 2e de leur groupe au goal-average derrière l’Argentine et éliminés au 1er tour, les Tricolores vont bâtir au Brésil un groupe, ou tout du moins passer un stage de 15 jours déterminant pour la suite.

Après une large victoire 5-0 sur le CONCACAF, les Bleus battent difficilement l’Afrique 2-0 et la Colombie 3-2. Contre la sélection africaine, Jean-Pierre Adams est rentré à la 78e mn. Il ne quittera plus la défense centrale jusqu’en 75, mis à part une rencontre en 73, et tant pis pour le penalty qu’il concède contre la Colombie : la charnière centrale que la France attendait depuis des décennies est enfin trouvée, ainsi que son surnom, « La Garde noire », aux côtés de Marius Trésor… Malheureusement, la finale du groupe, contre l’Argentine, à Salvador, se solde par un 0-0 qui favorise l’Albiceleste, invaincue elle aussi (+12 contre +8). Parmi les qualifiés du jour, trois futurs du Championnat de France : Carlos Bianchi, Hugo Bargas et Oswaldo Piazza. Cette belle campagne s’achève sur la surprenante déclaration de Georges Boulogne : « C’est peut-être mieux ainsi. Une victoire nous aurait desservis: elle nous aurait fait retomber d’encore plus haut par la suite. » Comme si perdre était alors l’inéluctable destin de l’équipe de France...

Individuellement, le public brésilien aura pu admirer la performance du yougoslave Dušan Bajević (Velež Mostar), auteur de 13 buts en 8 matchs, dont il est vrai cinq contre le très faible Venezuela.

Signé Jairzinho


Au terme d’un premier tour ne servant à déterminer que trois qualifiés sur les huit du second (Argentine, Yougoslavie, Portugal), les 100 000 spectateurs du Maracaña auront le privilège de voir la Yougoslavie remporter la 3e place devant l’Argentine (4-2) avant d’assister à une finale alléchante. Alléchante car celle-ci oppose les locaux au colonisateur portugais, parmi lesquels figure le mythique Eusébio. Quoi de mieux pour le général Medici et sa junte pour célébrer les 150 ans de l’indépendance du pays ? Quoi de mieux, également, que de remporter la victoire grâce à un but de Jairzinho, le futur Phocéen,à la dernière minute (1-0) ? Et quoi de mieux, enfin, pour le fidèle de Medici, João Havelange, la cheville ouvrière du tournoi, pour nouer les relations avec les délégations invitées qui finiront par le faire élire président de la FIFA deux ans plus tard ?


Frédérik Légat

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