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Saga Brian Clough : L'homme qui marchait sur la rivière Trent (4/4).

Dernière mise à jour : 24 janv. 2022

A travers une série de quatre articles, Foot Universal vous propose de revenir sur le parcours hors du commun de Brian Clough, l'homme qui emmena le modeste club de Nottingham Forest sur le toit de l'Europe en 1979 et 1980.



"Cloughie" is back.


« La rivière Trent (qui traverse Nottingham) est très belle. Je le sais parce que j’ai marché dessus pendant 18 ans ». Plusieurs années après son départ à la retraite (en 1993), c’est avec son sens de la répartie inimitable que Brian Clough revenait sur ses dix-huit années passées du côté de Nottingham. Souvent, il aimait rajouter en plaisantant « Je connais plein de gens qui prétendent qu’au lieu de marcher sur l’eau, j’aurais dû en mettre un peu plus dans mon verre. Ils ont parfaitement raison ». Durant toute sa vie, Brian Clough aura en effet enchaîné moments de grâce et de déchéance, soulevant une coupe un jour, en vidant une dizaine le lendemain. Ainsi, entre mai 1973 et novembre 1974, il passe du statut de meilleur entraîneur d’Angleterre à celui d’entraîneur au chômage, profondément alcoolique et fini pour le haut niveau. Mais comme souvent avec « Cloughie », celui-ci va renaître de ses cendres au moment où on ne l’attend plus.


Juillet 1976. Entraîneur principal de Brighton depuis le départ de Clough deux ans plus tôt, Peter Taylor entend le téléphone sonner. Au bout du fil, une voix qu’il connait si bien lui dit : « Peter, je t’en supplie, viens avec moi, sans toi je n’y arrive pas. ». Taylor lève les yeux au ciel, c’est au moins la dixième fois que Brian Clough le contacte pour le convaincre de le rejoindre à Nottingham Forest depuis son arrivée en janvier 1975... Mais contrairement aux fois précédentes, cette fois Taylor accepte.


Roi d'Angleterre


Lorsqu’il rejoint son acolyte de toujours du côté de Nottingham, Taylor s’aperçoit très vite qu’il a du pain sur la planche tant l’effectif de Forest est faible. Il estime d’ailleurs qu’en terminant 16ème puis 8ème de Deuxième Division pour ses deux premières saisons au club, Clough a réalisé des miracles. Comme à son habitude, Taylor va réussir à trouver les joueurs qu’il faut pour conduire l’équipe aux sommets. Il fait ainsi venir l’attaquant Peter White de Birmingham, le jeune Garry Birtles qui évolue en amateur du côté de Long Eaton United ou encore l’ancien défenseur de Liverpool Larry Lloyd. Pour signer, Lloyd exigea d’avoir une machine à laver pour sa nouvelle maison, machine que Clough alla piquer à la blanchisserie du club ! En plus de dénicher des nouveaux joueurs pour l’équipe, Taylor remet en selle John Robertson, un milieu de terrain écossais arrivé au club un an avant mais qui n’avait jamais su démontrer ses qualités, la faute notamment à une hygiène de vie déplorable.


Grâce à l’apport de ces nouveaux joueurs et d’un Robertson retrouvé, Nottingham Forest atteint la 3ème place de la D2 en 1977-1978 et monte en D1. C’est le début de l’âge d’or du club. Renforcé par Kenny Burns, un attaquant bagarreur que Clough reconvertit défenseur, Archie Gemmil, ancien soldat de Clough à Derby, et le gardien de l’équipe d’Angleterre Peter Shilton, Nottingham impressionne tout le monde et domine outrageusement la Premier League pour sa première année dans l’élite. En mai 1978, Forest est officiellement champion de première division, terminant 7 points devant son dauphin Liverpool. Cerise sur le gâteau, le club s’adjuge la Coupe de la Ligue en dominant les Reds de Bob Paisley en finale.


Là où Revie avait échoué


La saison suivante est encore plus formidable. Robertson et ses coéquipiers la débutent en s’adjugeant le Community Shield face à Ipswich. Ensuite, si Liverpool met fin à une incroyable série de 42 matchs sans défaite en s’imposant face aux hommes de Clough en décembre, ceux-ci se consolent en réalisant un parcours sans faute en Coupe d’Europe. Tour à tour, ils éliminent Liverpool, double tenant du titre, l’AEK Athènes, les Grasshopers de Zurich et le FC Cologne. En finale, un but de l’attaquant Trevor Francis suffit à faire la différence face au suédois de Malmö. En ce soir du 30 mai 1979, Brian Clough a réussi là où même son grand rival Don Revie avait échoué : il est champion d’Europe. En plus de la C1, Forest parvient également à conserver sa couronne en Coupe de la Ligue mais laisse échapper le championnat à Liverpool.


Pourtant déjà au sommet, Clough ne compte pas s’arrêter-là et, en 1979-1980, il réalise l’exploit de conserver son titre européen. Cette fois, après avoir notamment sorti l’Ajax en demies, Nottingham Forest vient à bout du Hambourg du Ballon d’Or 1978 et 1979 Kevin Keegan, toujours sur le score de 1-0. Comme un symbole, l’unique buteur de la rencontre est John Robertson, l’homme qui devait tout au duo Clough-Taylor.


Regrets éternels


La suite de l’histoire sera plus triste. En 1982, Peter Taylor quitte Nottingham pour retourner à Derby County ce qui dégrade considérablement sa relation avec Clough. Aucun des deux ne voulant ravaler sa fierté, les deux hommes resteront brouillés jusqu’à la mort soudaine de Taylor en 1990. Lorsque Clough apprendra la nouvelle, il fondera en larmes et se pressera d’aller assister aux funérailles de son ami. En 1994, un an après sa retraite, il dédiera sa biographie à son acolyte de toujours par ces mots : « A Peter. Tu me manques encore terriblement. Un jour tu as dit : « Quand je ne serai plus là pour être ton souffre-douleur, tu ne rigoleras plus autant. » Tu avais raison. ».


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