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Alex James, le petit sorcier d'Arsenal

En cette période de Boxing Day, retour sur l'histoire de l'un des plus grands joueurs de l'histoire d'Arsenal, Alex James, "le petit sorcier".

Alex James et son fameux short trop long. Crédits : Arsenal.com

Quand Arsenal se déplace à Paris


En ce 11 novembre 1930, le Tout-Paris bouillonne aux alentours du Stade de Colombes. Notables, supporters habitués, vieux, jeunes, gros, maigres, tous sont surexcités à l’idée de voir LE match qui excite la presse sportive depuis plusieurs semaines : Racing Club de France – Arsenal Football Club. La venue d’un club étranger, et même d’un club anglais, n’est certes pas chose nouvelle pour l’époque. Régulièrement, lors des week-end sans championnat, les plus grands clubs français s’arrangeaient pour organiser des rencontres de gala afin de réaliser des recettes conséquentes. Mais jamais jusqu’ici une équipe d’une telle envergure n’était venue faire la démonstration de son talent devant le public parisien. Car en novembre 1930, Arsenal est tout simplement le plus grand club d’Angleterre, et donc, du monde. Vainqueurs de la F.A. Cup face à Huddersfield au mois de mai, les Gunners alignent des vedettes, souvent recrutées à prix d’or, à chaque poste. Le défenseur Eddie Hapgood, l’arrière droit et capitaine Tom Parker, le demi-centre Herbie Roberts le jeune ailier Cliff Bastin, l’insaisissable Joe Hulme, et le buteur d’exception David Jack : tous sont ce qui se fait de mieux dans le football mondial de l’époque. Et, pour organiser le tout, le manager Herbert Chapman, inventeur du WM, compte sur un intérieur de génie qui s’est révélé deux ans plus tôt lors d’un Angleterre – Écosse resté dans les mémoires : l’écossais Alexander James, dit plus simplement Alex James.


The Wembley Wizards


Revenons donc deux ans plus tôt et prenons place dans les travées de Wembley en ce 31 mars 1928. La rencontre qui s’apprête à débuter compte pour le British Home Championship, équivalent footballistique du Tournoi des Six Nations, auquel prennent alors part le Pays de Galles, l’Irlande, l’Ecosse et l’Angleterre chaque année au cours du mois de février. D’un point de vue compétitif, la rencontre n’a guère d’intérêt : l’Angleterre s’est inclinée contre l’Irlande (2-0) et le Pays de Galles (2-1) tandis que l’Ecosse a perdu contre l’Irlande (1-0) et a fait match nul contre les Gallois (2-2). Toutefois, un Angleterre – Écosse n’est jamais un match amical : protagonistes de la première rencontre internationale de l’histoire en 1872, les deux équipes entretiennent depuis une longue rivalité. Dominateurs depuis le début des années 20, les Ecossais ont toutefois perdu la dernière rencontre face aux Three Lions lors du British Home Championship de 1927 et comptent bien remettre les pendules à l’heure. Pourtant, avant le match, la composition de l’équipe écossaise est loin d’emballer les observateurs. Avec plusieurs cadres laissés de côté et une équipe faible sur le plan athlétique - cinq joueurs sont en dessous du mètre 70 - beaucoup voient la Tartan Army ne pas peser bien lourd face aux Anglais. Comme ils ont tort ! Une fois le coup d'envoi donné, l’Ecosse ne joue pas, elle vole. Au cœur du jeu Alex James, qui évolue alors en Deuxième Division du côté de Preston North End, rend complètement fou les défenseurs anglais. Sous une pluie diluvienne qui glace les 60 000 personnes venues assister à la rencontre, James, avec la nonchalance qui le caractérise, inscrit un doublé tandis que le buteur d’Huddersfield Alex Jackson s’offre un coup du chapeau. Commentaire final de James ? « Nous aurions pu en mettre 10 ! »

En humiliant l’Angleterre sur ses terres 5 buts à 1, le onze écossais vient de gagner un surnom pour l’éternité : « The Wembley Wizards » (les sorciers de Wembley). Alex James, quant à lui, devient « le petit sorcier » et éveille les convoitises. Après une ultime saison du côté de Preston North End, il signe à Arsenal à l’été 1929.


Une F.A. Cup pour l’histoire


Après des débuts difficiles en raison de plusieurs blessures, Alex James monte en puissance au cours de sa première saison chez les Gunners. Évoluant en soutien de Bastin, Jack et Hulme, presque comme un numéro 10, le feu follet écossais est un drôle de bonhomme. Portant toujours des collants et un short trop grand pour lui pour se protéger du froid qui lui occasionne des rhumatismes, James n’est pas le genre de joueurs à parcourir 12 kilomètres par rencontre. Peu friand des retours défensifs, le leader technique d’Arsenal n’a en revanche pas son pareil pour organiser le jeu. Toujours bien placé, disposant d’une vision du jeu hors-pair, il devient le chouchou des supporters des Gunners après la finale de la Cup 1930 face à Huddersfield. Auteur du premier but et passeur décisif sur le second, il réalise une prestation exceptionnelle qui offre au club londonien le premier titre majeur de son histoire. Désormais considéré par la presse anglaise comme le meilleur avant du monde, celui qui n’hésite pas à s’opposer frontalement à Herbert Chapman lors de discussions animées, devient le joueur vedette d’Arsenal. Eblouissant lors de la victoire des Gunners contre le Racing en 1930, il est couvert de louanges par l’ancien international français Gabriel Hanot :


Mardi, James a plusieurs fois trouvé le moyen, rien que par des feintes de corps ou de pied, de lancer son adversaire si complètement à droite ou à gauche que le terrain se trouvait déblayé devant lui et qu’il n’avait qu’à continuer sa course rectiligne sans retard et sans crochet. Cela, c’est du grand art et il est vraiment dommage que le cinéma au ralenti de l’Ecole de Joinville n’ait pas été là.


Devenu un rendez-vous annuel, le match entre le Racing et Arsenal du mois de novembre devient désormais l’occasion rêvée pour le public français d’observer les arabesques du meilleur joueur britannique du moment. Et, en homme proche du peuple qu’il est – on le voit souvent boire des bières avec les supporters après les matchs-, James ne le décevra jamais.


Une légende d'Arsenal


Exceptionnel en tous points, l’Arsenal d’Herbert Chapman emporte tout sur son passage : championnat d’Angleterre en 1931 et 1933, Community Shield en 1930, 1931, 1933 puis, après la mort prématurée de Chapman survenue en janvier 1934, deux nouveaux championnats (1934, 1935) et une nouvelle F.A. Cup en 1936. Homme de base de tous ces succès, Alex James a su se réinventer pour se maintenir au plus haut niveau malgré les années et les blessures qui ne l’épargnent guère. En 1932, alors qu’il est désormais âgé de 31 ans, le journal L’Auto va même jusqu’à qualifier l’évolution de son jeu de « révolutionnaire » après une nouvelle démonstration face au Racing :


Constatons que la fameuse tactique apparut en toute évidence. La formation en W, l’absorption du demi-centre par la défense furent des constatations qu’on put faire le plus aisément du monde. Dans cette conception du rôle des inters, Alec James fut le plus révolutionnaire. Bien plus que David Jack, il accusa la tendance. En réalité, James fut le véritable demi-centre de l’équipe. Il eut exclusivement un rôle de distributeur de jeu et fut l’homme le plus brillant de l’équipe.


Idole d’Highbury depuis déjà longtemps, James devient le capitaine des Gunners après la retraite de Tom Parker en 1933 et, malgré les blessures qui le handicapent toujours plus, soulève la F.A. Cup un soir de mai 1936 à Wembley. Ce sera son chant du cygne. Un an plus tard, une nouvelle blessure le pousse à dire stop. Soldat dans l’artillerie royale lors de la Seconde Guerre Mondiale, il revient à Arsenal pour coacher les juniors après le conflit jusqu’à son décès brutal survenu en 1954 à l’âge de 51 ans. Considéré comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire d’Arsenal et du football britannique, Alex James a été introduit au English Football Hall of Fame dès la création de celui-ci en 2005.

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