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Le football à travers les siècles : l'exode espagnol (23/X)

Dernière mise à jour : 16 août 2022

En 1936, l'Espagne plonge dans une terrible guerre civile opposant les républicains au pouvoir, et les nationalistes dirigés par le Général Franco. Au milieu de ce conflit, les footballeurs espagnols ont un choix à faire : choisir un camp ou prendre le chemin de l'exode.


La sélection basque en déplacement à Paris en mai 1937. ©Gallica

La fausse mort de Ricardo Zamora


17 juillet 1936. Alors que l'été bat son plein, l'Espagne s'embrase. En opposition avec le gouvernement du Frente Popular, le Front Populaire espagnol, une partie de l'armée se soulève contre le gouvernement républicain en place dans le pays. Tentative de coup d'état, cette action menée conjointement par plusieurs généraux nationalistes, dont Franco, se solde par un échec et conduit le pays dans une guerre civile qui oppose républicains et partisans du coup d'Etat. En quelques jours, l'Espagne sombre dans le chaos et devient le centre du monde. Pour les footballeurs, la guerre est synonyme d'arrêt brutal des compétitions. Alors qu'ils se préparaient pour la saison à venir, les joueurs espagnols voient leur avenir s'assombrir. Déjà catastrophique, la situation devient dramatique lorsque, à la mi-août 1936, le journal ABC annonce la mort de Ricardo Zamora, le gardien de la Roja et du Real Madrid (qui s'appelle alors FC Madrid depuis l'abolition de la monarchie en 1931). La nouvelle affecte l'ensemble de la planète football, touchée par la disparition de celui qui est alors la plus grande vedette du football mondial. Mais, alors que le monde pleure Zamora, un démenti est apporté : soupçonné d'être un partisan des nationalistes (que l'on va rapidement nommer "franquistes"), Zamora a été emprisonné par le gouvernement espagnol. Zamora en prison ? Inacceptable pour le monde du football, tant le gardien espagnol a toujours été loué pour sa classe sur et en dehors du terrain ! Pour le libérer, ses anciens coéquipiers, des politiques et même le président de la FIFA Jules Rimet tentent de négocier, sans succès. Menacé d'être exécuté, le légendaire gardien de but est finalement sauvé grâce à la complicité de Pedro Luis Galvez, un soldat qui lui permet même de s'évader ! Libre, le gardien du Real sait qu'il doit désormais fuir. La France sera sa terre d'asile.


Pour le bonheur des Girondins


Avec la disparition des compétitions en Espagne, les joueurs professionnels se retrouvent privés de leurs revenus. Pour gagner leur vie mais aussi échapper à la guerre, ils n'ont alors guère d'autres choix que de fuir le pays. De par sa proximité géographique, la France constitue une terre d'accueil idéale, un aspect qui n'échappe pas aux dirigeants des clubs français. Flairant le bon coup, ils vont se faire une joie d'attirer dans leur équipe ces vedettes venues de l'autre côté des Pyrénées. Ainsi, Zamora va trouver l'exil du côté de l'OGC Nice où il retrouve son vieil ami Josep Samitier, pilier de la Roja des années 20 devenu la plaque tournante des Aiglons. D'un point de vue sportif, le club niçois n'est pas digne du CV de ses deux nouvelles recrues puisque le club végète dans le ventre mou de la D2 mais d'un point de vue pratique, la proximité de Nice avec l'Espagne est une véritable aubaine pour Samitier et Zamora. Attentifs aux nouvelles venues d'Espagne, ils attendent avec impatience la fin de la guerre civile pour rentrer dans leur pays.

Si le recrutement de Zamora et Samitier est peut-être le plus clinquant, c'est à Bordeaux que l'arrivée des exilés espagnols va être la plus déterminante pour l'avenir du club. Entre 1936 et 1938, le club au scapulaire enregistre les renforts du défenseur Jaime Mancisidor, du milieu Paco Mateo et de l'attaquant Santiago Urtizberea. Entraînés par Bénito Diaz, ancien entraîneur de la Real Sociedad, ces Girondins devenus très espagnols vont sortir de l'anonymat dans lequel ils baignaient depuis leur création en 1910. Devenu professionnel en 1937, le club est en Deuxième Division lorsqu'arrive la Seconde Guerre Mondiale, période qui sera synonyme de montée en puissance pour l'équipe du capitaine Mancisidor. Longtemps considéré comme le plus grand défenseur de l'histoire du club, ce dernier conduit les Girondins à leur première finale de Coupe de France de leur histoire en 1941. Portés par un Santi Urtizberea auteur d'un doublé, les Bordelais prennent le meilleur sur le SC Fives et l'emportent 2-0, décrochant ainsi le premier titre majeur de l'histoire du club.


La Coupe de l'Espagne Libre


Pour les footballeurs restés en Espagne, le ballon rond est passé au second plan. Après la suspension de toutes les compétitions officielles décidée le 3 octobre 1936, le football espagnol entre dans une longue léthargie. A Madrid, le stade de Chamartin, antre du Real, est pratiquement détruit tandis que le club Merengue est mis en sommeil. A Barcelone, le club remporte un championnat de fortune organisé sur la côte Est en 1936-1937 avant de s'envoler pour l'Amérique du Sud la saison suivante. Au bord de la faillite, les Blaugranas entament une tournée en Amérique pour tenter de sauver leurs finances. Ils reviendront renfloués mais avec plusieurs joueurs en moins, ces derniers ayant profité de cette expédition en terres américaines pour fuir la guerre. Mais alors, joue-t-on encore au football de l'autre côté des Pyrénées pendant la guerre civile ? Oui, dans un premier temps. Après le championnat de la côte Est de 1936-1937, la Ligue de Méditerranée espagnole tente de relancer une Coupe "de l'Espagne Libre" mettant aux prises... quatre participants ! La compétition couronnera le Levante UD qui remporte là le seul trophée majeur de son histoire... ou presque. Non reconnue par la Fédération Espagnole, la victoire de Levante lors de cette Coupe d'Espagne un peu particulière n'a jamais été homologuée.


Les deux "Roja"


En ces temps de guerre, que devient une sélection nationale ? Les joueurs ne disputant plus de match officiels, difficile de s'imaginer qu'ils puissent disputer des matchs internationaux. Et pourtant ! En 1937, une sélection espagnole est convoquée par le gouvernement de Burgos (nom donné au pouvoir en place dans les régions dominées par Franco) pour affronter le Portugal. Après deux mois de remise en forme, le match a lieu à Vigo le 28 novembre 1937. Comptant dans leur rang quelques vedettes comme le défenseur du Real Quincoces, cette Roja "nationaliste" est défaite par les Portugais sur le score de 2 buts à 1. Toutefois, plus que le football en lui-même, l'événement marquant de la rencontre vient du comportement de trois joueurs portugais qui refusent d'effectuer le salut franquiste lors de la présentation des équipes.

Dans le même temps, une sélection basque parcourt le monde pour porter haut et fort les couleurs de l'Espagne Républicaine à l'international. Débutée en avril 1937, la tournée emmène les joueurs espagnols au Mexique, en Pologne, en Russie, au Chili mais aussi en France. Le 25 avril 1937, les Basques rencontrent ainsi le Racing, grand club parisien de l'époque, et l'emportent 3-0. Dans son édition du 4 mai 1937, Le Miroir des Sports évoque l'équipe basque en ces termes : "La belle équipe basque espagnole qui est, à un joueur près, une véritable équipe nationale a joué, et gagné, lundi au Parc des Princes, où elle a battu le Racing par 3 buts à 0." Sélections éphémères, ces deux "Roja" non-officielles laisseront place à la véritable Roja dès 1939, date de la fin de la guerre civile et du retour du football dans un pays désormais dirigé par Franco.

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