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Le football à travers les siècles. L'heure de la FIFA (11/X)

Dernière mise à jour : 18 oct. 2021

Grande régisseuse du football mondial depuis plus de 100 ans, la FIFA n'a pas toujours été cette association surpuissante à l'image noircie par les nombreux scandales financiers. Lors de sa création en 1904, son principal objectif était tout simplement d'organiser au mieux les rencontres internationales de football. Retour sur la naissance de l'organisme numéro 1 du monde du ballon rond.

L'initiative de Robert Guérin


En ce 1er mai 1904, les cloches de l'église d'Uccle en Belgique viennent de sonner 18h30 lorsque l'arbitre anglais M. Keene siffle la fin du premier match officiel de l'histoire de l'Equipe de France (du moins, celui que l'histoire a retenu comme étant le premier...) Satisfait par le bon résultat obtenu par la délégation française (un match nul 3-3), Robert Guérin, trésorier de l'Union des Sociétés Françaises des Sports Athléthiques (USFSA), a le sourire aux lèvres lorsqu'il se dirige vers Louis Muhlinghaus, président de l'Union Belge des Sociétés de Sports Athlétiques (UBSSA). Il faut dire que ces deux dirigeants des principales fédérations omnisports* française et belge ont une bonne raison d'être heureux : ils viennent d'organiser le premier match international de l'histoire entre deux pays d'Europe continentale. Pourtant, les deux compères ne comptent pas s'arrêter là ! Après avoir refait le match, ils discutent tous deux d'un projet dans les tuyaux plusieurs années : la création d'une Fédération Internationale de Football Association. Avec la multiplication à venir des matchs internationaux, Guérin estime qu'il sera très vite nécessaire d'avoir un organe supérieur pouvant régir l'organisation de ces rencontres. Toutefois, il y voit aussi un intérêt majeur pour l'USFSA. En effet, si la FIFA voit le jour, il souhaite que celle-ci ne soit affiliée qu'à une seule fédération par pays, cette fédération devenant la seule à pouvoir organiser des rencontres internationales. Cette proposition n'est pas sans arrière-pensées. En effet, si elle est adoptée, cela signifiera que l'USFSA deviendra la seule fédération sportive de France en capacité d'organiser des matchs internationaux, ce qui porterait un coup très rude à ses concurrents.

Bien décidé à passer la seconde pour que cette Fédération voit le jour le plus rapidement possible, Robert Guérin donne un rendez-vous à Louis Muhlinghaus : le 21 mai 1904, à l'occasion du week-end de la Pentecôte, il réunira au 229 rue Saint-Honoré à Paris, adresse du siège de l'USFSA, les principaux dirigeants des autres fédérations européennes afin de discuter de la création de la Fédération Internationale de Football Association.


Le Congrès International de Football Association


Le 21 mai 1904 s'ouvre donc à Paris le premier Congrès International de Football Association de l'histoire. En plus de Guérin et Muhlinghaus pour la France et la Belgique, des représentants de plusieurs fédérations (Allemagne, Suisse, Suède, Hollande et Danemark) ont fait le déplacement. En outre, un club a tenu à se faire représenter lors de ce Congrès : le Madrid F.C. que l'on couronnera plus tard pour lui rajouter le nom de Real. Grand absent de l'événement, l'Angleterre n'a pas totalement boudé l'initiative. Si elle n'adhère pas au projet dans un premier temps, la nation mère du football ne veut pas être écartée d'une telle initiative et envoie une lettre pour s'excuser de son absence. A l'instar de l'Autriche, de l'Italie et de la Hongrie, elle ne rejoindra officiellement la FIFA qu'un an plus tard. Finalement, le Congrès de mai 1904 se déroule sans accroche. La FIFA est officiellement créée et devient la seule organisation en capacité de régir les rencontres internationales. De plus, la règle demandée par Guérin selon laquelle la FIFA ne pourrait reconnaître qu'une fédération par pays est également entérinée. Pour le français, c'est un succès total puisque celui-ci est même élu en tant que premier président de la FIFA. Ayant pu placer son trésorier à la tête de la première institution internationale de football, l'USFSA est alors au sommet.


La guerre des Fédérations


La présidence de Robert Guérin ne va pas durer longtemps. Avec l'entrée de l'Angleterre à la FIFA en 1905, le trésorier de l'USFSA voit son influence diminuer et est écarté de la fédération internationale en 1906 au profit de l'anglais Daniel Woolfall. Dès lors, les relations vont se tendre entre la fédération omnisports française et la FIFA. Tout d'abord, l'USFSA voit d'un mauvais œil l'influence grandissante d'hommes ayant mis en place le professionnalisme dans leur pays. Défendant l'idéal de l'amateurisme intégral, la fédération de Guérin s'était toujours montrée timorée dans son soutien au développement du football français, par crainte d'une "dérive" vers le professionnalisme en cas de succès trop important. Cette défiance vis-à-vis du football avait d'ailleurs été vivement critiquée par ses concurrents. En 1907, pour donner plus de poids à leurs revendications, ces derniers vont d'ailleurs se regrouper au sein d'une nouvelle fédération omnisports : le Comité Français Interfédéral (CFI). Bénéficiant de soutiens majeurs tels que Pierre de Coubertin ou Jules Rimet, alors président du Red Star, le CFI va se poser en véritable défenseur des intérêts du football français. Dirigé par Charles Simon, un jeune homme de 33 ans à la tête du club parisien de l'Etoile des Deux Lacs, le Comité va d'abord rester dans l'ombre de l'USFSA avant de profiter d'une terrible erreur de celle-ci pour la devancer.


Le triomphe du C.F.I


Les raisons de la chute de l'USFSA trouvent leurs origines dans un conflit entre la fédération omnisports française et la FIFA en 1908. Le nerf de la guerre? La volonté de la FIFA d'accepter l'adhésion de l'Irlande, de l'Ecosse et du Pays de Galles alors que ces pays sont théoriquement rattachés à la Fédération Internationale via le Royaume-Uni. Craignant probablement qu'une telle décision fasse jurisprudence et permette à d'autres pays d'affilier plusieurs fédérations à la FIFA, l'USFSA claque la porte. Cette décision lui sera fatale. Fin stratège, Charles Simon saute sur l'occasion et obtient l'adhésion du CFI à la FIFA. Désormais, le CFI est la seule fédération française à pouvoir organiser des rencontres internationales de football ce qui provoque une gronde des clubs affiliés à l'USFSA. En proie à des désertions massives, cette dernière n'a d'autre choix que de demander l'adhésion de sa section football au CFI en 1913, reconnaissant ainsi sa défaite dans cette guerre des Fédérations. Désormais uniquement dédié au football, le CFI de Charles Simon poursuivra son œuvre d'unification du football français et ce malgré le décès de son président au front en 1915. Poursuivant jusqu'au bout le rêve de Charles Simon, le CFI s'effacera finalement en 1919 pour laisser place à un nouvel organe toujours debout aujourd'hui : la Fédération Française de Football.


A suivre...


Notes


*A l'époque, exception faite de l'Angleterre et de sa mythique Football Association, la direction du football est souvent aux mains de ces grandes fédérations omnisports. En France l'USFSA va organiser la grande majorité des épreuves sportives d'envergure du début du siècle avant de décliner puis de disparaître en 1920.


Sources


L'Auto, mai 1904 et juin 1906

Histoire du Football, Paul Dietschy, Tempus, 2010

Les Archives du Football, Alfred Wahl, Gallimard Julliard, 1989


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