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Les dirigeants de clubs sont-ils devenus fous ?

En annonçant le licenciement de Thomas Tuchel ce matin, les dirigeants de Chelsea ont offert en spectacle une nouvelle image déplorable d'un monde du football à la dérive, où les enjeux économiques sont tels que la pression du résultat n'a jamais été aussi forte.

Crédits photo : Icon Sports

La dernière colère de Thomas Tuchel


Il est aux alentours de 21 heures hier lorsque Thomas Tuchel se présente en conférence de presse après la défaite des Blues de Chelsea au Dinamo Zagreb pour le compte de la première journée de Ligue des Champions. Passablement énervé par la prestation des siens quelques jours après leur victoire contre West Ham à Stamford Bridge (2-1), le technicien allemand dresse un bilan peu flatteur de la performance de ses hommes :"Nous avons manqué de précision, nous n'avons pas été cliniques, pas assez agressifs sur le ballon, nous avons manqué de détermination, ce n'est pas assez individuellement et collectivement. Et c'est pour cela que nous avons perdu ce match." Surpris de cette contre-performance qui succède à une bonne réaction face aux Hammers, l'ancien entraîneur du PSG concède être "en colère contre lui-même" de ne "pas avoir vu venir cette défaite". Ce qu'il n'a sans doute pas vu venir non plus, c'est la lettre de licenciement qu'il vient de recevoir, tout juste un mois après le début de saison et à peine moins d'un an après avoir conduit Chelsea vers la deuxième Ligue des Champions de son histoire...


Une décision incompréhensible


Vainqueur de la Ligue des Champions seulement six mois après son arrivée, Tuchel, qui déclarait il y a quelques semaines "vouloir bâtir une équipe contre laquelle les adversaires auront peur de jouer", a donc été viré sans même avoir eu le temps d'aligner plus d'une fois ensemble les deux recrues phares du mercato des Blues, à savoir Pierre-Emerick Aubameyang et Wesley Fofana. Mais comment expliquer un tel empressement de la part des dirigeants de Chelsea ? La situation était-elle si désespérée ? Sixième de Premier League, un point devant une équipe comme Liverpool, et à seulement 5 points du leader Arsenal, les hommes de Tuchel avaient tout le temps pour se ressaisir en championnat. En Ligue des Champions, cette défaite inaugurale dans un groupe largement à sa portée (Milan AC, RB Salzbourg, Dinamo Zagreb) ne devait sonner que comme un avertissement et non comme une fin de règne pour l'homme qui a ramené Chelsea au sommet de l'Europe. La décision des dirigeants des Blues apparaît donc totalement incompréhensible et semble dictée par une seule chose : la peur. A l'heure où le football est plus que jamais devenu un business, la crainte des répercussions d'une mauvaise saison sur les finances d'un club pousse les dirigeants à mettre une pression intenable sur leurs entraîneurs. Ici, en recrutant pour près de 300 millions d'euros lors du mercato, les dirigeants des Blues ont estimé être en droit d'attendre des résultats immédiats. Etait-ce possible ? Peut-être. Pourtant, entre la blessure de Kanté, maillon essentiel du milieu des Blues, le début de saison difficile d'Edouard Mendy (sur le banc hier au profit de Kepa), et l'arrivée tardive des recrues phares (Fofana et Aubameyang n'ont rejoint Chelsea que dans les dernières heures du mercato), Tuchel disposait de nombreuses circonstances atténuantes. Surtout, on peut se demander quel est l'intérêt de dépenser tant d'argent pour construire une équipe adaptée à la philosophie de jeu d'un entraîneur si c'est pour virer celui-ci sans lui laisser le temps de bâtir les fondations...


Le précédent Scott Parker


Le championnat anglais a donc débuté depuis seulement un mois et pourtant, Tuchel n'est pas le premier entraîneur a avoir été limogé. Héros de la montée de Bournemouth en Premier League, Scott Parker a été viré après seulement quatre matchs. En plus de ne pas avoir obtenu les renforts qu'il souhaitait de la part de ses dirigeants, Parker a connu un calendrier démentiel pour le retour de son club dans l'élite. Ainsi, après une victoire lors de la première journée face à Aston Villa, Bournemouth s'est lourdement incliné face à Manchester City (4-0) Arsenal (3-0) et surtout Liverpool (9-0). Bien entendu, les scores sont lourds mais ces clubs ne boxent pas dans la même catégorie que Bournemouth. A la vue du calendrier, à moins d'un exploit, le club ne pouvait guère espérer mieux d'un point de vue comptable que ces 3 points en 4 matchs. Pourtant, en quatre rencontres, Parker, vanté alors pour ses qualités qui avaient permises à son club de remonter, est devenu aux yeux de ses dirigeants un entraîneur incapable de maintenir son équipe parmi l'élite... Là encore, la seule raison qui peut expliquer ce licenciement est la panique suscitée par le spectre d'une relégation.

Dans le football moderne, l'enjeu économique a donc pris définitivement le pas sur la raison sportive. Les concepts de "construction", "préparation pour le futur" n'ont plus lieu d'être face à la dictature des résultats. Aujourd'hui, quel entraîneur peut se targuer de disposer de suffisamment de crédit pour survivre à une saison en-deçà des attentes ? Maintenu en poste par Jean-Michel Aulas à Lyon malgré une saison décevante, le cas de Peter Bosz fait de plus en plus figure d'exception..

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