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Les 50 qui ont marqué la Coupe du Monde : Guillermo Stabile

A jamais dans la légende du football pour avoir été le premier meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du Monde, Guillermo Stabile possède pour particularité d'avoir connu toute sa carrière internationale lors du Mondial 1930. Retour sur le parcours hors du commun d'un attaquant d'exception.


Guillermo Stabile


El Filtreador


« Je voudrais vous parler de Guillermo Stabile, « el Filtreador », comme les argentins l’appelaient au temps de sa gloire. Stabile était loin d’avoir les moyens physiques d’un Drake, d’un Langara, d’un Bakhuys ou d’un Piola. Il avait par contre une finesse de jeu bien supérieure à ces quatre hommes. On ne se heurtait jamais à Stabile, qui n’aimait pas le choc et n’avait d’ailleurs pas le gabarit suffisant pour le rechercher. Mais Stabile avait bien d’autres cordes à son arc : un sens inné du démarquage, une adresse sur la balle et une facilité inouïe de prendre toute une défense à contre-pied. Peu de shoots-bolides avec Stabile, mais des balles placées avec une remarquable précision et qui vous laissaient pantois ! C’était un avant-centre insaisissable. « El Filtréador » : jamais surnom de footballeur ne fut mieux approprié. »Lorsque le roc français des années 30 Étienne Mattler prend la plume pour évoquer le souvenir de Guillermo Stabile, les éloges pleuvent à la pointe de son stylo. Défenseur rugueux, ultra-solide dans les duels mais peu à l’aise techniquement, le capitaine des Bleus lors de la Coupe du Monde 1938 n’a que trop souffert face à la vivacité du petit Guillermo Stabile pour ne pas se rappeler des qualités hors-normes du premier roi des buteurs de l’histoire de la Coupe du Monde. Et pourtant, jamais Étienne Mattler n’a eu à affronter El Filtreador au sommet de son art. En effet, si les deux hommes ont été adversaires lors du passage de Stabile en France entre 1935 et 1938, ils n’eurent pas l’occasion de se rencontrer lors de la Coupe du Monde 1930, bien que la France et l’Argentine s’affrontèrent dès le premier match de poule (1-0 pour l’Albiceleste). La raison ? L’homme qui allait écrire l’histoire du Mondial n’était alors qu’un simple remplaçant.


La crise de nerfs de Roberto Cherro


Né en 1906 à Buenos Aires d’un père italien et d’une mère argentine, Guillermo Stabile arrive à la Coupe du Monde dans la force de l’âge. A 24 ans, il est un avant-centre confirmé qui empile les buts avec son club de Huracan depuis 1925, ce qui lui ouvre tout naturellement les portes de la sélection. Pour autant, difficile de savoir à quand remonte son premier match sous le maillot de l’Albiceleste. Selon les sources officielles, Stabile aurait connu sa première sélection lors du Mondial 1930 tandis que le journal L’Auto du 14 novembre 1935 raconte que Stabile avait connu 30 sélections entre 1925 et 1930. Ce chiffre paraît très important, d’autant plus que le jeune attaquant n’a pas pris part aux deux Copa America de 1927 et 1929. Une chose est certaine, qu’il ait connu la sélection avant ou non, la Coupe du Monde 1930 est la première compétition qu’il dispute sous le maillot argentin. Ce Mondial, il ne le débute toutefois pas dans la peau d’un titulaire, les sélectionneurs argentins Juan José Tramutola et Francisco Olazar lui préférant un autre buteur : Roberto Cherro. Attaquant prolifique de Boca Juniors âgé de 23 ans, Cherro avait pour lui d’avoir pris part à la Copa America 1926, ce qui lui donnait, croyait-on, un surplus d’expérience sur Stabile. Pourtant, titularisé lors du premier match face à la France, Cherro va vivre une partie difficile, à l’image de son équipe. Face à des Français beaucoup moins dociles que prévu et soutenus par le public uruguayen de Montevideo, les Argentins sont à la peine et n’ouvrent le score qu’à la 81ème minute sur un but de Monti. Pas abattus pour autant, les Français poussent pour égaliser jusqu’à ce que, à la 86ème minute… l’arbitre siffle la fin de la rencontre ! Criant au scandale, les supporters argentins envahissent la pelouse ce qui provoque chez Cherro une véritable « crise de nerfs » pour reprendre les termes de la presse française. Visiblement agoraphobe, le buteur de Boca Juniors ne disputera plus une seule minute de tout le Mondial. L’heure de Guillermo Stabile a sonné.


Le roi des buteurs


Titulaire face au Mexique pour la deuxième rencontre de la phase de poule, le buteur de Huracan ne va pas laisser passer sa chance. Dès les vingt premières minutes, il s’offre un doublé qui permet de mettre les siens à l’abri avant de conclure son festival par un troisième but à dix minutes du terme. Score final, 6-3 pour l’Argentine. Désormais lancé, Stabile ne va plus s’arrêter. Face au Chili deux jours plus tard, il inscrit deux buts coup sur coup dans une rencontre qui tourne au pugilat ! Sous les yeux des joueurs français déjà éliminés mais restés sur place pour l’occasion, le milieu argentin Luis Monti, coupable d’une énième agression, est mis K.O. par un Chilien. Dès lors, la foule envahit le terrain au même titre que les pompiers qui viennent calmer tout ce beau monde à grands coups de jets d’eau ! Vainqueurs 2 buts à 1 grâce au Filtreador, les Argentins se qualifient pour les demi-finales. Inférieurs sur tous les plans, les Américains sont éparpillés sur le score de 6 buts à 1 avec un nouveau doublé d’un Stabile inarrêtable. Qualifiée pour la finale, l’Albiceleste va tomber sur un os: l’Uruguay, pays organisateur et vainqueur des deux derniers tournois olympiques en 1924 et 1928. Après une ouverture du score de l’uruguayen Dorado dès la 12ème minute, l’Argentin Peucelle égalise à la 20ème minute avant que Stabile ne permette aux siens de repasser devant. Sur Internet, il est possible de retrouver les images de ce but : on y voit Stabile surgir de nulle part au second poteau pour reprendre un centre d’un coéquipier du plat du pied gauche. Quelques secondes de film pour l’histoire puisqu’il s’agit de la seule action de la carrière de Guillermo Stabile que nous pouvons retrouver aujourd’hui. Ce but ne suffira toutefois pas à offrir la victoire à l’Argentine. Dominés tout au long de la seconde période, les ciel et blanc encaisseront trois nouveaux buts et laisseront l’Uruguay remporter la première Coupe du Monde de l’histoire. Une Coupe du Monde que Stabile terminera avec le trophée de meilleur buteur dans la poche grâce à ses huit réalisations en seulement quatre rencontres !


Les rendez-vous manqués de Guillermo Stabile


Bien qu’âgé de seulement 25 ans, Guillermo Stabile est, au soir du 30 juillet 1930, à l’apogée de sa carrière. En effet, la suite de son parcours ressemblera à une succession de rendez-vous manqués. Cédant aux sirènes de l’Europe après son Mondial de haute volée, il signe au Genoa en novembre 1930. En partant pour l’Italie, El Filtreador sait qu’il tourne le dos à sa sélection, seuls les joueurs évoluant en Argentine pouvant être appelés à l’époque. Pourtant, grâce à ses bonnes performances, il attise les convoitises d’une autre sélection. De nationalité italienne par sa mère, il est sur le point de rejoindre la Squadra Azurra en février 1931 lorsqu’il se fait casser la jambe au cours d’une rencontre. Joueur extrêmement fin et élégant, Stabile aura souffert tout au long de sa carrière de la brutalité du jeu de l’époque. En Italie, il sera victime d’une deuxième fracture de la jambe quelques mois après la première, l’écartant définitivement des candidats potentiels à la sélection. En 1934, c’est donc de son canapé qu’il regardera ses ex-coéquipiers argentins Monti et Orsi devenir champions du monde sous le maillot italien. Stabile, lui, terminera sa carrière en France, du côté du Red Star où il évoluera entre 1935 et 1938. Là-bas, il découvrira sa seconde vocation, celle d’entraîneur, en devenant entraîneur-joueur à partir de 1936. Rentré en Argentine au début de l’année 1939, il prend les rênes de son club de Huracan puis, bientôt, de l’Albiceleste. Il restera en poste 21 ans, une longévité hors du commun même pour l’époque. Remportant six fois la Copa America (en 1941, 1945, 1946, 1947, 1955, 1957), il souffrira de l’annulation des Coupe du Monde 1942 et 1946 pour cause de Seconde Guerre Mondiale ainsi que du refus de son pays de prendre part à la compétition en 1950 et 1954. Quand Stabile retrouvera enfin la Coupe du Monde en 1958, son Argentine sera à des années lumières de ce qu’elle fut à la fin des années 40. Défaits par l’Allemagne et torpillés par la Tchécoslovaquie (6-1), les Argentins seront éliminés dès le premier tour. Le rêve est passé, Stabile ne sera jamais champion du monde. Démissionnaire de son poste de sélectionneur en 1960, il s’éteindra six ans plus tard à seulement 61 ans...

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