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Le Football à travers les siècles : la première Coupe du Monde ! (19/X)

Dernière mise à jour : 7 août 2022

Enfin nous y voilà ! Après avoir retracé près de 80 ans d'histoire du football depuis le début de notre série "Le Football à travers les siècles" , nous voici arrivés à l'heure de la première Coupe du Monde, organisée en 1930 en Uruguay !



L'Uruguay 1930


"Une fête de famille"


L'atmosphère est festive en ce début du mois de juillet à Montevideo. Alors que les footballeurs européens viennent tout juste de débarquer après deux semaines d'un voyage inoubliable, l'Uruguay s'embrase au rythme des commémorations du Centenaire de son indépendance. Grands défilés, bals, spectacles... le pays est en pleine euphorie et ce n'est certainement pas la Coupe du Monde qui approche à grands pas qui va faire retomber l'atmosphère. L'allégresse générale du peuple uruguayen est d'ailleurs contagieuse : tout heureux de se rencontrer pour la première fois, les footballeurs venus d'Europe et d'Amérique sympathisent pour la plus grande joie du président de la FIFA Jules Rimet. Dans son journal, celui-ci parle ainsi d'une véritable "fête de famille" pour évoquer ces rapprochements entre footballeurs du monde entier. En plus de fraterniser entre eux, les joueurs étrangers sont également les nouvelles coqueluches de la presse uruguayenne. Alors qu'il accompagne l'Equipe de France pour pallier l'absence du sélectionneur Gaston Barreau, Jacques Caudron, membre du bureau de la Fédération Française de Football Association (F.F.F.A.), est frappé par l'enthousiasme de la presse locale pour les Bleus. Quelque peu dépassé par cet engouement, Caudron estime que "c'est tout juste si (ils) ne (les) photographient pas au lit !" Pourtant, à l'époque, l'Equipe de France n'a guère brillé pour ses résultats sportifs. De plus, contrairement à l'Uruguay avec José Andrade ou l'Argentine avec Guillermo Stabile, aucun de ses joueurs n'a vu sa popularité traverser les frontières. En réalité, si les footballeurs français suscitent un tel enthousiasme en Uruguay, c'est uniquement parce qu'ils sont les représentants de la France, un pays que les Uruguayens tiennent en haute estime. Inspiré par la Révolution Française pour sa propre Révolution, le petit pays sud-américain organise même des célébrations particulières le 14 juillet 1930 afin de fêter la prise de la Bastille, symbole de liberté. Pour les joueurs français, cet engouement est quelque chose de totalement nouveau puisqu'en France, la première Coupe du Monde est loin de déchaîner les passions. Concentrée sur le Tour de France, la presse française n'accorde que peu d'intérêt à l'événement, en témoigne l'absence de journalistes de L'Auto et du Miroir des Sports à Montevideo.


Pugilat au Centenario


Après la répartition des treize équipes dans quatre poules différentes, la première Coupe du Monde de l'histoire peut enfin débuter. Le 13 juillet 1930, c'est dans le petit Estadito Poncitos (5000 places) de Montevideo qu'a lieu la toute première rencontre de l'histoire du Mondial. Sur le terrain, l'Equipe de France affronte le Mexique sous les hourras d'une foule acquise à sa faveur. C'est lors de la 19ème minute de cette rencontre qu'un jeune attaquant français, Lucien Laurent, va entrer dans l'histoire à tout jamais. Bien servi par un centre en retrait de l'amiénois Ernest Libérati, Laurent reprend la balle de volée et la propulse dans la lucarne du gardien mexicain, devenant ainsi le premier buteur de l'histoire de la Coupe du Monde. Malheureusement, cette victoire ne suffira pas aux Bleus pour se qualifier pour les demi-finales. Lors du deuxième match, les Bleus sont battus 1-0 par l'Argentine dans un match fou. Donnés largement perdants, les Français tiennent tête à l'Albiceleste grâce aux exploits de leur gardien Alex Thépot. Le public uruguayen prend fait et cause pour les Bleus qui donnent tout pour revenir au score, jusqu'au coup de sifflet final de l'arbitre ... à la 82ème minute ! S'apercevant de son erreur, l'homme en noir fera revenir tout le monde en allant rechercher les joueurs sous la douche ! Une dernière grosse occasion signée Edmond Delfour fera frémir la défense Argentine mais celle-ci tiendra bon. Battus par le Chili sur la plus petite des marges lors de leur dernier match, les français termineront troisième de leur groupe. Devant eux, les Argentins prendront le meilleur sur les Chiliens à l'issue d'une dernière rencontre on ne peut plus électrique. Dans un Stade du Centenaire inauguré quatre jours plus tôt à l'occasion de l'entrée en lice de l'Uruguay, les deux nations sud-américaines vont se livrer à l'une des plus belles bagarres générales de l'histoire de la Coupe du Monde. On joue la 40ème minute de la rencontre et le score est de 2 buts à 1 pour l'Argentine lorsque le demi-centre de l'Albiceleste Luis Monti se rend coupable d'une énième agression sur un joueur chilien. L'agression de trop pour se dernier qui se fait justice lui-même en adressant une superbe droite à Monti, K.O. sur le coup. Les joueurs en viennent aux mains, de même que les spectateurs et il faudra tous les efforts de la police et des pompiers munis de lances à eau pour refroidir les ardeurs des 22 protagonistes. Présents en tribunes, les joueurs français restés pour l'occasion découvrent incrédules la fameuse "ferveur sud-américaine".


L'Uruguay, encore et toujours !


Après des demi-finales à sens unique (Uruguay 6 - 1 Yougoslavie et Argentine 6 - 1 USA), les deux grands favoris de la compétition qu'étaient l'Uruguay et l'Argentine se retrouvent pour une finale de gala le 30 juillet 1930. S'appuyant toujours sur l'ossature de l'équipe qui a remporté les Jeux Olympiques en 1924 et 1928 avec notamment le capitaine José Nasazzi en défense, le demi-centre José Andrade et les attaquants Pedro Cea et Hector Scarone, l'Uruguay part légèrement favorite face à une équipe d'Argentine qu'elle a battu en finale des Jeux d'Amsterdam deux ans plus tôt. Toutefois, l'Albiceleste dispose de suffisamment d'atouts pour mettre en danger une équipe uruguayenne que certains jugent vieillissante. Déjà auteur de sept buts depuis le début de la compétition, l'attaquant argentin Guillermo Stabile est le symbole de l'attaque de folie dont dispose l'Argentine. Décrit par le français Etienne Mattler comme étant disposé "d'un sens inné du démarquage, d'une adresse sur la balle et d'une facilité inouïe de prendre toute une défense à contre-pied", celui que les Argentins surnomment "El Filtreador" est sans conteste le meilleur joueur de cette première Coupe du Monde. Pourtant, même son immense talent ne suffira pas à faire déjouer une équipe d'Uruguay sûre de sa force. Poussés par les près de 100 000 spectateurs massés dans un Stade Centenario plein à craquer, les Uruguayens parviennent à renverser une situation bien mal embarquée. Menés par 2 buts à 1 à la mi-temps (avec un nouveau but de Stabile), les coéquipiers du capitaine Nasazzi reviennent surmotivés des vestiaires et font céder par trois fois la défense argentine. Auteur du but de l'égalisation; son cinquième depuis le début de la compétition, Pedro Cea est le grand bonhomme de cette finale côté uruguayen.


Incidents diplomatiques


Il est près de 17h15 lorsque John Langenus, l'arbitre belge de la rencontre siffle la fin du match. Trois coups de sifflets qui résonnent dans le stade comme le coup d'envoi d'une nuit d'ivresse pour tout un pays. Alors que le capitaine José Nasazzi soulève la Coupe du Monde, la folie s'empare des abords du Stade Centenario où des milliers d'Uruguayens viennent se presser pour acclamer leurs héros. La joie dans le pays est telle que le 31 juillet, lendemain de la victoire, est déclaré fête nationale ! En Argentine en revanche, c'est la soupe à la grimace. Mécontente de l'arbitrage et du jeu jugé trop dur des uruguayens (un comble lorsque l'on sait que l'Argentine comptait dans ses rangs Luis Monti, souvent considéré comme l'un des joueurs les plus brutaux de l'histoire...), la presse argentine crie au scandale et les réactions ne se font pas attendre. Dès l'annonce de la victoire de l'Uruguay, plusieurs milliers d'Argentins se ruent vers l'ambassade uruguayenne à Buenos Aires pour y briser les vitres à coups de pierres. Il faudra finalement une intervention musclée de la police montée pour parvenir à disperser les émeutiers. Si aucun drame n'est à déplorer, ces incidents vont être à l'origine d'une brouille entre les fédérations des deux pays, chacun accusant l'autre d'avoir lancé les hostilités. Comme quoi, il y a plus de 90 ans, les décideurs du football avaient déjà quelques petits soucis pour assumer leurs responsabilités...


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