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Fred Aston, un français "All Star"... en football !

Dernière mise à jour : 12 août 2021

En octobre 1938, dans un contexte politique plus que tendu, la FIFA organise un gigantesque match de gala opposant l'Angleterre à une sélection composée de quelques-uns des meilleurs joueurs d'Europe de l'époque. Parmi eux, un français : le feu-follet du Racing Club de France Alfred Aston.

Alfred Aston, (à droite), ici sous le maillot de l'Equipe de France

L'Europe au bord du précipice


En septembre 1938, l'Europe est une véritable poudrière. Six mois après l'annexion de l'Autriche, le Reich d'Adolf Hitler lorgne désormais sur la région des Sudètes, partie occidentale de la Tchécoslovaquie. Celle-ci étant essentiellement constituée de germanophones, le chancelier du Reich clame son intention de l'annexer purement et simplement au 1er octobre 1938. Cette annonce affole les différentes puissances du Vieux Continent : la Tchécoslovaquie se prépare à la guerre, tout comme l'URSS qui propose son aide aux Tchécoslovaques. En France et en Angleterre, cette affaire met le gouvernement dans l'embarras puisque les deux pays sont alliés à la Tchécoslovaquie. En théorie, si Hitler attaque celle-ci, cela obligera français et anglais à intervenir et donc à déclarer la guerre à l'Allemagne. Soutien d'Hitler mais peu enclin à entrer dans un conflit armé, le Duce d'Italie Benito Mussolini joue le rôle d'intermédiaire et parvient à organiser des négociations de la dernière chance qui auront lieu à Munich les 29 et 30 septembre 1938. Si celles-ci échouent, la guerre aura lieu.


Le flair de la FIFA


C'est donc au moment où l'Europe est à deux doigts de reprendre les armes que les dirigeants de la FIFA, touchés par la grâce, décident d'organiser une rencontre de gala entre l'Angleterre et une sélection européenne pour le 26 octobre 1938. Et oui ! Quoi de plus propice que ce petit climat de guerre mondiale pour réunir dans la même équipe des Allemands, des Français, des Italiens, des Tchécoslovaques, le tout pour affronter une équipe d'Anglais ? L'annonce de l'organisation de cette rencontre laisse les observateurs totalement perplexes à l'image de Maurice Pefferkorn du journal L'Auto qui écrit : "N'est-il point utopique de penser que ces éléments, agités de mouvements si divers, seront cependant assez neutralisés par l'esprit sportif pour composer un ensemble serein sous l'emblème impavide de l'internationale balle ronde ?". Si la réponse est bien entendue négative, le match est officiellement maintenu à la suite des fameux "Accords de Munich" du 30 septembre 1938. Pour éviter la guerre, la France d'Edouard Daladier et la Grande-Bretagne du Premier Ministre Neville Chamberlain ont laissé tomber leur allié Tchécoslovaque : la région des Sudètes sera annexée en échange d'une promesse de paix d'Adolf Hitler... Au grand étonnement des signataires eux-mêmes, la nouvelle est très largement acclamée et Daladier et Chamberlain sont présentés comme ceux qui ont "sauvé la paix" . Lucide, Winston Churchill, qui succèdera à Chamberlain un an plus tard, assène à ce dernier un prophétique : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre."

Bien loin du pessimisme de Churchill, le président de la FIFA Jules Rimet est quant à lui du côté de ceux qui estiment que "la paix est sauvée" . Soulagé que son match de gala puisse avoir lieu, il déclare que la rencontre "se déroulera sous le signe de l'union, de l'amitié internationale et symbolisera l'entente cordiale de tous les footballeurs." Douce utopie. Il omet d'ailleurs de préciser que l'objectif de cette rencontre est surtout financier puisque les recettes iront en grande partie dans les caisses de la FIFA.


"La Tour de Babel" du football !


Si le contexte politique du moment paraît peu propice à l'organisation d'un tel événement, l'affiche apparaît tout de même alléchante sur le papier. D'un côté, l'équipe d'Angleterre jouit encore d'une réputation sans égale en Europe. Si elle a jusqu'à présent toujours dédaigné participer à la Coupe du Monde, la nation-mère du football est toujours considérée comme la plus grande équipe du monde. Elle compte dans ses rangs toutes les vedettes du championnat anglais dont Stanley Matthews, l'ailier de Stoke City qui remportera le premier Ballon d'Or de l'histoire... dix-huit ans plus tard ! Côté européen, l'équipe est constituée de la colonne vertébrale de la sélection italienne qui remporta la Coupe du Monde en France quatre mois plus tôt : le gardien Olivieri, la charnière Rava-Foni, le demi-centre Andreolo et le mythique attaquant Silvio Piola. Pour compléter ce que les Anglais nomment "La Tour de Babel du football", la FIFA a sélectionné les Allemands Kupfer et Kitsinger, l'intérieur Hongrois Zsengeller, finaliste de la dernière Coupe du Monde, le Belge Braine, le Norvégien Brustad et un français : Alfred Aston.

Mais qui est-il cet Aston ? Né en 1912 du côté de Chantilly, l'heureux élu s'est révélé du côté du Red Star qu'il a rejoint en 1932. Evoluant au poste d'ailier droit, celui que tout le monde surnomme "Fred" est un petit gabarit d'un mètre soixante-cinq. Véritable feu-follet, il est un cadre de l'Equipe de France avec qui il a disputé la Coupe du Monde en 1934 et 1938. Au Racing Club de France, depuis l'été 1938, il est sans conteste un des meilleurs joueurs de son époque et mérite amplement sa sélection dans cet "All Star" européen.


"Plus jamais ça !"

Malgré le calibre des joueurs sélectionnés dans le onze européen, les observateurs sont pessimistes quant à leurs chances avant la rencontre et pour dire vrai, pas totalement emballés par cette affiche. Outre le contexte politique pesant, ils estiment que ces "onze individualités" n'ont aucune chance face à une équipe anglaise habituée à jouer ensemble. De plus, la rencontre étant organisée le jour du soixante-quinzième anniversaire de la Football Association (F.A.), cela donne aux Anglais un petit surplus de motivation qui fait craindre le pire quant à l'équité de la rencontre. En Angleterre, l'ambiance est d'ailleurs très détendue. Tandis que les journaux Anglais, se moquent ouvertement de cette "équipe du Continent" et estiment que la rencontre va tourner à la promenade de santé, un artiste du music-hall londonien se permet de singer sur scène les "acrobaties" dont est coutumier le gardien Italien Olivieri. Le jour du match, les 40 000 supporters ayant fait le déplacement à Highbury sont eux aussi chambreurs : dès l'échauffement, ils rient ouvertement lorsqu'Aston tente une frappe qui termine en chandelle dans les tribunes....

A l'arrivée, le "All Star" va tout de même réussir à limiter la casse. Bien que n'étant absolument pas au point tactiquement, les hommes du continent parviennent à rivaliser techniquement avec leurs adversaires. Surtout ils peuvent s'appuyer sur une charnière italienne qui va réaliser des miracles. Devant, Aston et Piola réalisent un match plutôt correct mais ne sont pas aidés par leurs coéquipiers du milieu de terrain. Quant aux Anglais, ils réalisent une performance solide sans être non plus époustouflants puisque finalement, les Européens ne sont battus "que" 3-0. Ce score net mais pas humiliant, satisfait d'ailleurs amplement Vittorio Pozzo, l'habituel sélectionneur de l'Italie, en charge d'entraîner ce onze venu des quatre coins du Vieux Continent. Simplement rassuré de ne pas avoir été trop ridicule, il déclare après la rencontre : "Je suis heureux que ce soit terminé et terminé sans désastre... mais plus jamais !"


Sources


L'Auto, septembre-octobre 1938

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