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La légende de Jimmy

Décédé hier à l'âge de 81 ans, Jimmy Greaves était considéré comme le plus grand attaquant anglais de l'histoire. Retour sur le destin d'un joueur hors-norme qui a longtemps lutté contre ses démons.


Le plus grand buteur de l'histoire de l'Angleterre


Il suffit de voir l'émotion sur le visage d'Harry Kane lors de la minute d'applaudissements en hommage à Jimmy Greaves avant la rencontre entre Tottenham et Chelsea hier pour comprendre à quel point "Greavsie" a marqué l'histoire du football anglais. Après la rencontre, le buteur de Tottenham a d'ailleurs rendu hommage à son illustre prédécesseur en saluant la mémoire "d'un des plus grands buteurs" de tous les temps. Il faut dire que, dans les années 60, le môme de Dagenham n'avait pas beaucoup d'équivalent dans le monde du football. Formé chez les Blues de Chelsea, il avait ébloui le Royaume dès ses 17 ans en inscrivant pas moins de 22 buts pour sa première saison dans l'élite. Devenu international deux ans plus tard, le nouvel avant-centre des Three Lions avait débarqué à Tottenham en 1961 après une pige de six mois au Milan AC. Malgré 9 buts en 12 rencontres, le jeune homme de 21 ans n'avait jamais su se faire à la culture très défensive italienne et avait très tôt ressenti le mal du pays. A son retour en Angleterre, l'ancienne idole de Stamford Bridge n'avait pas mis longtemps pour démontrer qu'il n'avait rien perdu de son sens du but. Auteur d'un triplé dès sa première rencontre avec les Spurs, il lançait ainsi le début d'une décennie qui allait faire de lui le plus grand joueur de l'histoire de Tottenham. Entre 1961 et 1970, Greavsie va ainsi enchanter White Hart Lane, conduisant notamment son club à la victoire en F.A. Cup en 1962 et 1967. Avec 266 buts inscrits sous le maillot des Spurs, il devient le meilleur buteur de l'histoire de Tottenham mais aussi de la Premier League (357 buts sur l'ensemble de sa carrière). Cinquante ans après son départ de Tottenham, les deux records tiennent toujours.


1966, le rendez-vous manqué


Si la disparition de Jimmy Greaves a bouleversé le Royaume-Uni, son retentissement en France est resté somme toute modeste. Il faut dire que, contrairement à un Gerd Müller, disparu le mois dernier et pour toujours associé à la Coupe du Monde 1974, Jimmy Greaves a loupé son rendez-vous avec l'histoire en 1966. Titulaire indiscutable à la pointe de l'attaque anglaise, le buteur de Tottenham s'annonce comme la future star d'un tournoi que l'Angleterre disputera à domicile. Avec ses 137 buts inscrits en Premier League sur les cinq dernières saisons et sa 3ème place au Ballon d'Or 1963, il est celui (avec Bobby Charlton) sur qui reposent les espoirs de tout un peuple. Pourtant, dès le premier tour, c'est le drame. Lors du deuxième match du tournoi face à la France, Greavsie se blesse et perd sa place au détriment de Geoff Hurst, le buteur de West Ham. La suite, toute l'Angleterre du football la connaît : propulsé titulaire, Hurst ne lâchera plus sa place et deviendra le héros de tout un pays en inscrivant un triplé en finale contre l'Allemagne. Assistant à la rencontre depuis le banc de touche, Jimmy Greaves ne pourra que voir défiler sous ses yeux un triomphe qui aurait dû être le sien. Profondément meurtri, il déclarera bien des années plus tard : "Je me suis senti vide. J'aurais dû être fou de bonheur, et j'étais rempli de tristesse." Le triomphe anglais sera sans lendemain. Malgré ses 44 buts en 57 sélections, Jimmy Greaves ne sera jamais l'homme qui apportera une Coupe du Monde à son pays.


La victoire contre l'alcool


Des hauts et des bas. Voilà de quoi ont été faits la carrière et la vie de Jimmy Greaves. Après son départ de Tottenham en 1970, Greaves quitte son club de cœur pour West Ham, une décision qu'il qualifiera plus tard de "plus grand regret de sa carrière". Sur le déclin sportivement, la légende des Spurs sombre totalement. Meurtri depuis dix ans et la mort de son fils Jimmy Jr., décédé avant son premier anniversaire en 1960, l'ancienne idole de White Hart Lane plonge dans l'alcool et la dépression après sa retraite sportive en 1972. Dans sa descente aux Enfers, il perd tout : sa femme, son argent, son football. Ivre jour et nuit, l'homme qui soulevait autrefois des coupes les vide désormais par dizaines. Au fond du trou, il trouvera tout de même la force de se relever et gagnera son combat contre l'alcool en 1978. Remis sur pied, il parvient à reconquérir sa femme et devient une figure de la télévision britannique grâce à son émission "Saint and Greavsie", diffusée chaque samedi matin entre 1985 et 1992. Formant un duo complice et comique avec l'ancien Red Ian St John, l'ancienne gloire déchue regagne le cœur des britanniques en proposant une émission de football où l'humour et le second degré ont toute leur place. Une véritable renaissance pour celui qui, quinze ans après la fin de sa carrière, pouvait alors enfin faire de nouveau ce qu'il aimait le plus au monde : procurer de la joie aux fans de football.

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