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Tableau Noir : le FC Nantes 1994-1995

Dernière mise à jour : 11 sept. 2022

De retour au premier plan sous les ordres d'Antoine Kombouaré, le FC Nantes espère renouer un jour avec son glorieux passé. Champion de France à huit reprises dans son histoire, le club nantais avait époustouflé tout son monde dans les années 1990 avec un jeu novateur qui lui avait permis d'enchaîner un titre de champion de France en 1995 et une demi-finale de Ligue des Champions en 1996.


Le FC Nantes en 1994 - 1995. Debout de g. à dr. : N'doram, Decroix, Pignol, Capron, Casagrande, Ferri. Accroupis : Makélélé, Loko, Pedros, Karembeu, Le Dizet. © Photo archives PO

Préambule


Au début des années 1990, le FC Nantes va mal. En proie à de grandes difficultés financières à la suite de plusieurs recrutements ratés à la fin des années 1980, les Canaris, champions de France en 1980 et 1983 sont rentrés dans le rang. Pire, ils passent même tout proche d'une relégation administrative en 1992 ! Contraints de vendre ses meilleurs joueurs, le club doit faire des économies en s'appuyant sur sa formation. Pour cela, les dirigeants nantais rappellent en 1991 Jean-Claude Suaudeau, l'homme des succès de la décennie précédente. Héritier de la philosophie de son ex-entraîneur à Nantes José Arribas, Suaudeau est un amoureux du beau jeu.. En s'appuyant sur une jeunesse dorée (Makélélé, Pedros, Loko, Karembeu, etc.), il va redonner des couleurs à un club qui semblait en perdition. Grand admirateur de l'Ajax et des Pays-Bas de Rinus Michels mais aussi du Liverpool de Bob Paisley, celui que tout le monde surnomme "Coco" va adopter et adapter les préceptes de ses glorieux modèles pour proposer un jeu novateur : le "jeu à la nantaise". En moins de cinq ans, le FC Nantes va ainsi renaître de ses cendres pour atteindre le sommet en 1994 - 1995. Ultra dominateurs en championnat, les Canaris ne concèdent qu'une seule défaite en 38 journées. Retour sur une saison mémorable.


Schéma tactique et présentation des joueurs


L'équipe-type du FC Nantes en 1994-1995


Schéma et joueurs majeurs


Le FC Nantes 1994 - 1995 évoluait en 4-2-4, schéma adopté par deux équipes mythiques des années 50 : la Hongrie de Ferenc Puskas, finaliste de la Coupe du Monde en 1954, et le Brésil du jeune Pelé, vainqueur du Mondial en 1958. Si ce schéma est donc traditionnellement associé à des équipes joueuses, il n'était pas si important que cela aux yeux de "Coco" Suaudeau : "On avait certes des positions de départ, qui étaient des repères, mais on évoluait ensuite librement, sans retenue, tout en se référant aux critères collectifs que l'on avait développés afin qu'il n'y ait jamais de déséquilibre". Pour assurer cet équilibre, les Canaris s'appuyaient sur une équipe excessivement jeune et dynamique. Dans le onze-type présenté ci-dessus, seul Japhet N'Doram et Serge Le Dizet dépassent les 25 ans en 1994. Pourtant, l'équipe dispose de plusieurs joueurs dotés d'une solide expérience. Lancés dans le grand bain après le retour de Suaudeau en 1991, Christian Karembeu, Reynald Pedros, Patrice Loko, Jean-Michel Ferri et Nicolas Ouédec sont tous devenus internationaux français tandis que Claude Makélélé frappe déjà à la porte des Bleus. Sur le côté droit, les Canaris peuvent également compter sur le Tchadien Japhet N'Doram qui s'est imposé comme l'un des meilleurs joueurs du championnat de France depuis son arrivée en 1990.


Philosophie de jeu


La grande particularité du FC Nantes champion de France 1994-1995 est bien entendu ce que l'on a appelé "le jeu à la nantaise". Insufflé par Jean-Claude Suaudeau, dans la continuité de la tradition du jeu du FC Nantes de José Arribas des années 60-70, le "jeu à la nantaise" est une anomalie dans l'histoire du football français. Si l'on excepte l'Equipe de France de Michel Hidalgo et son fameux carré magique, voire le grand Stade de Reims des années 50, peu d'équipes ont marqué l'histoire de notre football par une philosophie de jeu particulièrement marquée. Par exemple, les deux titres mondiaux des Bleus en 1998 et 2018 sont essentiellement dus à une force collective impressionnante et à une capacité à s'adapter à toutes les situations. Ils ne sont ainsi pas le fruit d'une identité de jeu purement française, contrairement aux succès de l'Espagne des années 2010 qui puisaient leur source dans le tiki-taka imposé par Guardiola au Barça.

D'ailleurs, si l'on évoque le Barça de Guardiola, c'est parce que ses préceptes sont finalement très proches de ceux prônés par "Coco" Suaudeau chez les Canaris. En effet, comme chez les Blaugrana, le mouvement perpétuel et le jeu au sol sont au cœur du football pratiqué par les Nantais en 1994 - 1995. Toutefois, là où Guardiola a pratiqué ce football avec certains des plus grands joueurs de l'histoire, le FC Nantes 1994 - 1995 n'était pas, de l'aveu même de son entraîneur, l'équipe la plus brillante techniquement que le club ait connu. En revanche, elle était passée maître dans l'art de se déplacer, avec et sans ballon. Cette notion de déplacement est d'ailleurs le véritable point central du football prôné par Suaudeau. C'est pourquoi, avant de parler de technique et de tactique, il est important de mettre en avant le point de vue physique, bien trop souvent laissé de côté au moment d'évoquer les plus belles équipes de l'histoire du jeu. Pour Suaudeau, "le mouvement est la priorité et même une fin en soi. Si vous ne bougez pas, une passe adverse peut éliminer deux ou trois joueurs, ce qui était interdit chez nous !" Ce mouvement perpétuel est la pièce maîtresse du "jeu à la nantaise". Sans cela, le FC Nantes 94-95 aurait ressemblé à ces trop nombreuses équipes se réclamant héritières du football de possession mais qui passent leurs temps à redoubler des passes à 1 mètre sans aucun but.

Nécessaire à la mise en place du jeu voulu par Suaudeau, la dimension physique était donc cruciale dans le jeu du FC Nantes 1994 - 1995. D'ailleurs, pour recruter un joueur, l'entraîneur nantais avait deux critères : celui-ci devait disposer d'une bonne intelligence de jeu et aimer courir. Si l'on prend seulement en compte ces deux critères, le FC Nantes est peut-être l'équipe ultime que Suaudeau ait jamais entraîné. Avec Karembeu derrière, Makélélé et Ferri au milieu, les Canaris possédaient dans leurs rangs trois insatiables récupérateurs de ballons, bien secondés par les sept autres joueurs de champ. A Nantes, aucune star, chacun faisait l'effort pour l'autre ce qui permettait de mettre en place le véritable point fort de ces Canaris-là : le pressing. Considéré par Suaudeau comme "l'action la plus collective qui soit", le pressing nantais était un modèle du genre. D'après le coach nantais, les Canaris avaient même mis en place une drôle de stratégie pour faire face à certains blocs bas : ils rendaient parfois délibérément le ballon à l'adversaire afin de pouvoir aller le presser dans une zone inconfortable ! Ce pressing, Ferri et ses coéquipiers le travaillaient constamment à l'entraînement durant des séances de toro à haute intensité : 25 minutes dans lesquelles il était interdit d'être à l'arrêt ! Les joueurs de l'époque ont d'ailleurs été profondément marqués par les séances de Suaudeau, "toujours uniques", d'après Japhet N'Doram. Tous soulignent d'ailleurs l'importance primordiale de leur ancien entraîneur : Eddy Capron le qualifie "d'avant-gardiste" tandis que Loko raconte "qu'il (Suaudeau) pouvait être transporté à l'entraînement par un beau geste, une belle passe qui sortait de l'ordinaire, un beau déplacement. Et il pouvait arrêter la séance pour le mettre en valeur. C'est en ça qu'il donnait beaucoup de confiance. Ça renforçait l'estime de soi."


Le déroulé de la saison


La saison du FC Nantes en 1994 - 1995 est un modèle du genre. Dès la 5ème journée, les Canaris surprennent le PSG champion en titre à la Beaujoire (1-0), inscrivant par la même occasion l'un des plus beaux buts de l'histoire du championnat. A la suite d'un une-deux parfait avec Reynald Pedros au cours duquel le ballon ne touche pas le sol, Patrice Loko reprend le ballon de volée pour fusiller Bernard Lama. En confiance, les Canaris ne lâcheront plus rien jusqu'à la fin de saison. Portés par un duo d'attaque Loko-Ouédec en feu (Loko terminera meilleur buteur du championnat avec 22 buts et Ouédec troisième avec 18 buts), les Nantais surclassent leurs adversaires. A la Beaujoire, ils instaurent le fameux "tarif maison" : une victoire 3-0 nette et sans bavure. En concurrence avec les Parisiens, ils tuent les derniers espoirs du club de la Capitale dès le mois de janvier en exportant le tarif maison au Parc des Princes ! Complètement dépassés, les franciliens tombent dans l'agressivité et sont terrassés par un FC Nantes des grands soirs. Relégués à 10 points des hommes de Suaudeau, Raï et le siens ne les reverront plus. Solides leaders, les Nantais passeront tout proche d'un exploit hors-norme en étant invaincus jusqu'à la 32ème journée et une défaite 2-0 à Strasbourg. Pas de quoi laisser de regrets : à l'issue de la saison, Pedros, Makélélé, N'Doram et tous les autres iront bien soulever le septième titre de champion de l'histoire du club.


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