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Jean Prouff, légende bretonne.

Dernière mise à jour : 4 déc. 2021

Légende du Stade Rennais aussi bien en tant que joueur qu'en tant qu'entraîneur, Jean Prouff (1919 - 2008 ) a désormais sa statue au sein même du Roazhon Park. Retour sur le destin exceptionnel de l'homme qui a fait l'histoire des Rouge et Noir.


Un supporter un peu particulier


Pour leur retour au Roazhon Park à l'occasion du début de saison, les supporters du Stade Rennais ont retrouvé un supporter un peu particulier qui les attendait là depuis le mois de mars dernier. Siégeant tout en haut de l'ancienne tribune Lorient (aujourd'hui tribune Super U...), il a observé seul, de longs mois durant, (pandémie oblige) ses Rouge et Noir de toujours s'arracher pour obtenir une qualification en League Europa Conférence. Comme de son vivant, ce Jean Prouff de bronze a le regard songeur et les mains jointes, les pensées semblant entièrement tournées vers le match qui se déroule sous ses yeux. Telle une figure protectrice, il est prêt à veiller sur son club de toujours "pour l'éternité"...

Inaugurée en mars dernier, cette statue de Jean Prouff rend hommage à celui qui est, sans conteste, l'homme le plus important de l'histoire du club breton. En tant que joueur puis en tant qu'entraîneur, le natif du Morbihan a permis au Stade Rennais de se faire une place dans l'histoire du football français et ce, malgré un parcours semé d'embûches.


Ce n'est qu'un au revoir


S'il avait joué à notre époque, Jean Prouff aurait peut-être été de ces joueurs qui évoluent toute leur carrière au sein d'un même club. Tombé amoureux du Stade Rennais dès son enfance, il avait rejoint le club dès ses quatorze ans en 1933 et son talent indéniable aurait dû lui permettre d'y rester aussi longtemps qu'il le désirait. A ceci près que dans les années 30, la carrière de footballeur professionnel n'est pas réellement une carrière que l'on envisage pour une jeune de quatorze ans. Alors, lorsque que papa Prouff est muté à Nantes en 1936, le petit Jean suit la famille et doit quitter une première fois son club de cœur. Pas de FC Nantes à l'époque, Jean Prouff rejoint donc le petit club de Saint-Pierre de Nantes en attendant mieux.

Le mieux arrive deux ans plus tard. En 1938, le SC Fives, qui deviendra le LOSC après sa fusion avec l'Olympique Lillois en 1944, cherche un jeune milieu offensif et approche le jeune Prouff. Malgré l'avis contraire du paternel, celui-ci file dans le Nord et peut enfin débuter en Première Division. Malgré son jeune âge, le néo-fivois réalise une belle première saison et parvient à se faire une place au sein du club nordiste. Sa carrière semble lancée...


Les heures sombres


A l'instar d'un Fred Aston, Jean Prouff va voir sa carrière sérieusement entravée par les aléas de l'Histoire. En 1939, alors qu'il s'apprête à confirmer sa bonne première saison en pro, la Seconde Guerre Mondiale éclate. Mobilisé, il est fait prisonnier à Epinal mais parvient à s'échapper. Athlète complet, il parcourt le chemin qui sépare les Vosges de Paris... à pieds ! Pour le football, en revanche, il faudra attendre encore un peu. Si des championnats se déroulent à peu près correctement en Zone Occupée et en Zone Libre, Fives, le club de Prouff, est désormais situé en "Zone Interdite". Là-bas, la situation est nettement plus compliquée puisque les moyens de transports et de communications sont drastiquement contrôlés. Sévèrement touché par les combats, le Nord peine à retrouver sa vitalité et cela vaut aussi pour le football. En 1940-1941, le championnat de Zone Interdite ne parvient pas à son terme. Face à cette situation, Prouff est quant à lui retourné dans sa famille du côté de Nantes. Le retour aux affaires est prévu pour la saison 41-42 et le joueur n'a qu'un seul objectif : retrouver le Stade Rennais.


Un amour tourmenté


Privé de deux années de football par la guerre, Jean Prouff est gonflé à bloc à l'aube de la saison 41-42. Profitant de la situation trouble en Zone Interdite, il ne retourne pas à Fives et peut enfin évoluer sous le maillot Rouge et Noir qu'il chérit tant. Auteur d'un début de saison exceptionnel, il est la véritable révélation du début de saison. Après une nouvelle performance de haute volée, le journal L'Auto écrit à son sujet : "Extraordinaire, le Rennais Jean Prouff fait autant de besogne à lui seul que ses quatre partenaires de la ligne d'attaque !" Pourtant, l'idylle est de courte durée. Dès 1942-1943, la Zone Interdite disparaît et les clubs Nordistes rejoignent le championnat de la Zone Nord (ou Zone Occupée). A nouveau en capacité de fonctionner normalement, ces clubs réclament le retour de leurs anciens joueurs. En conséquence, Prouff est contraint de retourner à Fives. Refusant de déménager de Rennes, il effectue les allers-retours entre la Bretagne et le Nord pour disputer les matchs et, dès que son calendrier le permet, il assiste aux matchs du Stade Rennais. Infatigable, il ajoute bientôt à cet emploi du temps bien chargé un soutien à la Résistance. Membre des Forces Françaises Combattantes, Jean Prouff figure sur la base de données "Mémoires des Hommes" dans la catégorie "Titres, homologations et services pour faits de Résistance".


Prouff au sommet


Après une saison 43-44 de galère durant laquelle Vichy dépossède les clubs de leurs joueurs pros au profit d'équipes fédérales nouvellement créées (Prouff évolue cette saison-là dans l'équipe Rennes-Bretagne), le chouchou des supporters Rouge et Noir peut enfin reprendre sa marche en avant à partir de 1944. De nouveau Rennais, il devient la pièce maîtresse d'une équipe bretonne qui réalise de belles saisons sans toutefois jouer le titre (5ème en 1946, 9ème en 1947, 10ème en 1948). Grâce à ses bonnes performances, il devient international dès le sortir de la guerre et est même le capitaine des Bleus en 1949 ! Toutefois, l'échec français aux qualifications pour le Mondial 1950 viendra mettre fin à la carrière internationale de Jean Prouff. Celui-ci se consolera tout de même avec un premier titre de championnat de France obtenu avec... le Stade de Reims. Tenté par la qualité de l'effectif champenois, l'ancien fivois avait en effet quitté son Stade Rennais en 1948 contre 3000 francs, record à l'époque. Enfin, "quitter" est un bien grand mot, car Prouff n'a jamais réellement quitté Rennes. De retour en Bretagne dès 1950, il y évoluera deux nouvelles saisons avant de finir sa carrière du côté de Caen et d'Aix en Provence sans jamais oublier les Rouge et Noir. Comme il le disait lui même : "Le Stade Rennais, c'est ma vie. Même si je n'ai pas toujours porté ce maillot, je n'ai jamais cessé de penser à ce club." A tel point que dix ans après la fin de sa carrière, il reviendra une nouvelle fois au Stade Rennais pour un passage qui le fera définitivement entrer dans la légende...


"L'entraîneur du siècle"


Débarqué au club en 1964 en lieu et place d'Antoine Cuissard, Prouff récupère un Stade Rennais bien moribond : le club vient de conclure un troisième exercice consécutif dans le ventre mou du tableau. Le jeu n'est pas brillant, le palmarès du club presque néant (une D2 en 1956), Rennes est alors un club quelconque du milieu de tableau du championnat. Arrivé avec une solide expérience puisqu'il est entraîneur depuis 1952 (il était alors entraîneur/joueur du côté de Caen), Prouff veut s'inspirer du jeu chatoyant d'Anderlecht, qu'il a bien connu lors de son passage au Standard de Liège entre 1961 et 1963. Grâce à un 4-2-4 résolument offensif, "Monsieur Jean" réveille la Bretagne et conduit Rennes vers sa première Coupe de France dès 1965. Devenu quasiment intouchable, Prouff alterne par la suite le bon et le moins bon mais, au moment où son poste semble menacé, il parvient à nouveau à mener les Bretons à la victoire finale en Coupe de France en 1971. Il quittera le club un an plus tard, poussé en cela par des dirigeants en froid avec lui.

Déjà ultra populaire au moment de son départ, la figure de Jean Prouff va devenir quasiment mythique du côté de Rennes à cause de la pénurie de titres qui suivra. En effet, lorsque l'on regarde les chiffres, le bilan est édifiant : entre 1906 et 2018, le Stade Rennais n'aura remporté que deux titres majeurs, tous durant le passage de Jean Prouff à la tête du club. Nommé entraîneur du siècle par les supporters rennais en 2001, Jean Prouff ne reverra jamais son club de coeur remporter un trophée puisqu'il décèdera en 2008 à près de 90 ans. Ce n'est finalement qu'onze ans plus tard queJulien Stéphan emmènera à son tour le Stade Rennais à la victoire finale en Coupe de France, mettant ainsi fin à près de cinquante ans de disette..

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