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Laurent Pokou, roi des "Eléphants"

Bien avant les Drogba, Yaya Touré et autres Nicolas Pépé, la Côte d'Ivoire avait vibré au rythme des arabesques de Laurent Pokou, idole de tout un peuple et ... du Stade Rennais ! Portrait d'une icone.

Laurent Pokou (Archives Télégramme)

"Dommage qu'il ne soit pas Brésilien"


Juin 1972. Alors que la RFA, la Belgique, l'URSS et la Hongrie se disputent la victoire finale lors de l'Euro organisé chez nos voisins belges, l'Equipe de France, elle, se trouve au Brésil pour un tournoi peu banal : une "mini-Coupe du Monde". En effet, pour célébrer les 150 ans de son indépendance, le Brésil, par l'intermédiaire de son président, le très autoritaire Emilio Médici, a décidé de réunir quelques unes des meilleures nations du monde pour une "Coupe de l'Indépendance". Organisée entre le 11 juin et 9 juillet, ce tournoi doit son surnom de "Mini Coupe du Monde" à la grande diversité des équipes participantes. En plus du Brésil, on retrouve tous les pays d'Amérique du Sud mais aussi la France, le Portugal, l'Ecosse, la Tchécoslovaquie, l'Irlande mais également deux sélections : celle du CONCACAF et une sélection africaine. Au sein de celle-ci, un attaquant se distingue particulièrement, l'ivoirien Laurent Pokou. Rapide, dribbleur, showman, il est notamment le grand artisan de la victoire de sa sélection face à la Colombie (3-0) lors de la dernière journée de la phase de poules. Tout jeune retraité, le roi Pelé en personne dira de lui : "Dommage qu'il ne soit pas brésilien".


"L'empereur des Baoulés"


Si la Mini Coupe du Monde permet à la notoriété de Pokou de dépasser les frontières du continent africain, celui-ci est toutefois loin d'être un jeune premier en 1972. Agé de 25 ans, l'attaquant véloce est déjà une idole au pays. Pour cause, Pokou a porté à lui tout seul son pays lors des deux éditions précédentes de la Coupe d'Afrique des Nations, en 1968 et 1970. Auteur de 6 buts en 1968 et de 8 réalisations deux ans plus tard, il est devenu le meilleur buteur de l'histoire de la compétition, un record qu'il détiendra jusqu'à l'avènement de Samuel Eto'o dans les années 2000. Si les Eléphants échouent à chaque fois aux portes de la finale en 1968 et 1970, les troisième et quatrième place décrochées lors de ces deux éditions sont plus qu'encourageantes pour la jeune fédération ivoirienne qui n'a vu le jour qu'en 1960. En club, Pokou est également une idole. Attaquant vedette de l'ASEC Abidjan, il est l'homme de la première grande période du club de la capitale. Grâce à son dribbleur hors-pair, l'ASEC, aujourd'hui considéré comme le plus grand club ivoirien, remporte le championnat en 1970, 1972, 1973 et la Coupe de Côte d'Ivoire à six reprises entre 1967 et 1973. Adulé pour la personne qu'il est sur et en dehors du terrain, Pokou devient "L'empereur des Baoulés", du nom de l'ethnie ivoirienne à laquelle il appartient. Ne lui reste plus alors qu'à conquérir l'Europe.


Duel à l'aéroport


L'Europe, Pokou n'est pas spécialement pressé de la rejoindre. Pas convaincu par les offres des nombreux clubs français qui toquent à sa porte depuis 1970 ("ils m'offraient à peine plus que ce que je gagnais"), l'icone du pays doit également composer avec un pouvoir politique peu enclin à le laisser partir. Finalement, c'est en décembre 1973 que "l'empereur des Baoulés" saute enfin le pas. Son transfert est d'ailleurs rocambolesque. Alors que des clubs prestigieux comme l'OM et surtout Nantes s'intéressent à lui, l'attaquant ivoirien se laisse séduire au dernier moment par le Stade Rennais, qui lutte pourtant contre la relégation. Si le choix étonne, la plus grande surprise est sans conteste celle des dirigeants nantais. Convaincus d'avoir eu l'accord définitif du joueur, ils se rendent à l'aéroport d'Orly pour l'accueillir avant la signature du contrat. Raté. Au dernier moment et grâce à l'intervention de François Pinault qui n'est encore qu'un partenaire du Stade Rennais, les bretons l'ont emporté et accueillent Pokou... à l'aéroport du Bourget !


Le "Duc de Bretagne"


Débarqué à la trêve hivernale, l'ancienne icone d'Abidjan va rapidement mettre toute la Bretagne dans sa poche. Dès son premier match face à Troyes, il inscrit un but et délivre une passe décisive, avant de récidiver la semaine suivante face à l'Olympique Lyonnais d'un Raymond Domenech déboussolé. Grâce à son nouvel homme providentiel, le Stade Rennais retrouve des couleurs et respire enfin. Arrivé au sein d'un club en difficulté, Pokou séduit immédiatement tout son monde : seule véritable "star" de l'effectif, l'homme est aussi excentrique sur le terrain qu'il est simple dans la vie de tous les jours. Pour les supporters "Rouge et Noir", Pokou devient le "Duc de Bretagne" et sa popularité n'en est que plus renforcée lorsqu'il accepte de rester au club malgré la relégation à l'issue de la saison 1974-1975.

Malheureusement, le football français des années 70 n'est pas forcément le terrain de jeu idéal pour les artistes. Constamment agressé par des défenseurs dépassés, Pokou n'est pas suffisamment protégé par les arbitres et finit par se blesser gravement contre Châteauroux en 1975. Après un début de saison en fanfare au cours duquel il avait inscrit 17 buts en 11 matchs, l'attaquant doit rester éloigné des terrains pendant plus d'un an. Grand artisan du début de saison canon du Stade Rennais, il observera des tribunes ses coéquipiers connaître la joie de la remontée dans l'élite. Une joie de courte durée puisque dès la saison-suivante, le club retombe dans ses travers. De retour sur les pelouses à la fin de la saison 1976-1977, Pokou ne peut, malgré ses 6 buts en 11 matchs, empêcher une nouvelle relégation. En difficulté financière, le club breton est contraint de céder son attaquant à Nancy, où un certain Michel Platini a fait des pieds et des mains pour réclamer son arrivée.


Le plus grand joueur de l'histoire de Rennes


La fin de carrière de Pokou ne sera pas à la hauteur de son talent. Miné par les blessures, son passage à Nancy ne durera qu'un an et se soldera par un échec, malgré la victoire en Coupe de France en 1978. Ce ne sera guère mieux pour son retour à Rennes en 1979. Après six mois de bonne facture en D2, le buteur rennais est suspendu deux ans à la suite d'une agression envers un arbitre, altercation qu'il niera jusqu'à la fin de sa vie en 2016. Mais qu'importe cette fin de carrière compliquée. A Rennes, sa popularité ne se démentira jamais. Lors des fêtes organisées pour le centenaire du club en 2001, seul le légendaire Jean Prouff, entraîneur du club lors de la victoire en Coupe de France en 1971, pourra rivaliser avec Pokou à l'applaudimètre. Un gage d'amour exceptionnel pour des supporters qui le considèrent comme le plus grand joueur de l'histoire de leur club. Tout simplement.

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