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Le football à travers les siècles : la première Coupe de France (13/X)

Dernière mise à jour : 25 juil. 2022

En 1917, alors que la Première Guerre Mondiale bat son plein le Comité Français Interfédéral répond à l'appel du magazine Lectures pour tous et lance officiellement la première Coupe de France de l'histoire.

Le football pour oublier


En ce début d'année 1917, la guerre n'en finit plus de s'enliser. Au front, les hommes sont à bout, usés par une année 1916 marquée par deux des plus terribles batailles du conflit : la Bataille de Verdun et la Bataille de la Somme. Dans ce contexte, l'Etat-Major craint de plus en plus d'éventuelles mutineries. Alors, pour permettre aux hommes d'oublier la guerre l'espace d'un instant, les chefs utilisent de plus en plus le football. Autrefois mal perçu, le ballon rond s'invite au front et des parties sont disputées dès lors que la situation militaire le permet. Dotés d'une bonne condition physique, les footballeurs, et les sportifs en général sont d'ailleurs bien perçus par les chefs de l'Armée Française. Alors qu'il n'est encore que le "héros de Verdun", le général Pétain déclare par exemple : "Ce qu'il me faut maintenant comme officiers d'état-major, ce sont des coureurs cyclistes, des champions de course à pied et des joueurs de football". Dans ce contexte de popularisation du football, le magazine Lectures pour tous milite dès octobre 1916 pour la création d'une épreuve "nationale" qui viendrait consacrer cette nouvelle popularité du ballon rond dans l'Hexagone. Cependant, avec la guerre qui bat son plein, il est impossible de réunir tous les clubs de France au sein d'une même compétition. Meurtris par la guerre, les grands clubs nordistes sont par exemple totalement à l'arrêt depuis 1914. Malgré ces obstacles, Lectures pour tous prend contact avec le Comité Français Interfédéral, (C.F.I.) ancêtre de la Fédération Française de Football, pour lui faire part de son projet.


La Coupe Charles Simon


En 1917, au moment où il est contacté par Georges Rozet, journaliste aux Lectures pour tous, le C.F.I. vit une période difficile. En plus de voir son activité largement entravée par la guerre, la fédération qui dirige le football français a perdu son président fondateur Charles Simon, tombé au front en 1915. Autant dire que dans ces conditions, la proposition de Georges Rozet d'organiser un grand tournoi national est perçue par le C.F.I. comme une formidable occasion de relancer son activité. Charles Simon n'étant plus là, c'est son successeur, Henri Delaunay, qui va prendre en charge la fastidieuse organisation. Le 28 décembre 1916, lors d'une réunion du C.F.I., les contours de ce qui va devenir la plus grande épreuve du football français sont dessinés : la Coupe nouvellement créée sera ouverte à tous les clubs, elle sera organisée selon le modèle de la F.A. Cup et elle prendra la place de toutes les compétitions plus ou moins similaires préexistantes. Pour le nom, il est prévu qu'elle prenne le titre de "Coupe de France" à l'issue de la guerre, lorsque la totalité des clubs de l'Hexagone pourront s'inscrire à l'épreuve s'ils le souhaitent. En attendant ces jours meilleurs, les dirigeants du CFI décident d'appeler la coupe "Coupe Charles Simon", en guise d'ultime hommage à leur président décédé. En conséquence, le nom du président-fondateur du CFI apparaît sur le trophée offert par le Docteur Paul Michaux, trophée qui n'a pas changé depuis 102 ans.


Un match pour l'histoire


A l'arrivée, le premier tour de la Coupe est organisé le week-end du 7 octobre 1917. Les clubs prenant part à l'épreuve sont au nombre de 48, dont 28 équipes parisiennes. Parmi les participants, on retrouve même une équipe anglaise, le British Aviation Football Club qui, comme son nom l'indique, est composé d'aviateurs anglais présents en France pour le conflit. C'est la seule fois de l'histoire qu'une équipe étrangère prendra part à la Coupe de France.

Du point de vue de l'organisation, le tournoi est un véritable succès. Hormis le forfait de l'Herculis Monaco face à l'OM au premier tour, l'intégralité des rencontres sont disputées jusqu'à la finale, qui a lieu le 5 mai 1918. Opposant l'Olympique de Pantin, club parisien, au F.C. Lyon, celle-ci se déroule sous les yeux d'environ 2000 spectateurs réunis au stade de la rue Olivier-de-Serres à Paris. Des deux côtés, les équipes sont principalement composées de jeunes joueurs n'ayant pas encore l'âge d'être mobilisés. Pour ceux-ci, la Coupe va servir de véritable vitrine à une époque où, en raison d'autres compétitions majeures, il est difficile de se faire un nom. Parmi les jeunes finalistes de cette première édition, deux joueurs de l'Olympique de Pantin deviendront ainsi des cadres de l'équipe de France des années 20 : Jules Dewaquez et Louis Darques. Profitant de leurs bonnes performances dans l'épreuve pour se faire connaître du sélectionneur Gaston Barreau, ils seront appelés chez les Bleus dès la fin de la guerre. Emmené par ce duo d'attaque, l'Olympique de Pantin présente une puissance offensive redoutable. Toutefois, le FC Lyon n'est pas en reste non plus de ce côté là. Alors qu'il évolue avec un bras "quasiment sans vie" depuis une blessure à la guerre, le véloce attaquant du FC Lyon Alexis Soulignac fait figure d'épouvantail pour la défense de Pantin.. Défensivement, en revanche, c'est plus compliqué puisque le club lyonnais est obligé d'aligner dans les buts Paul Weber, demi-droit de formation, en l'absence du gardien habituel, l'uruguayen Carlos Mutti. Engagé dans la Légion Etrangère, Mutti avait, comme plusieurs de ses coéquipiers, reçu une permission pour la finale sur la demande de son club mais, refusant de laisser tomber ses camarades du front à quelques jours d'un assaut, il décline la permission. Tué au combat en août 1918, il ne reverra jamais ses partenaires de jeu.


Pantin au Panthéon


A l'issue d'un match "joué avec acharnement mais courtois", dixit le journal L'Auto, c'est finalement l'Olympique de Pantin qui prend le meilleur sur son adversaire du jour. Auteur d'un doublé, Emile Fiévet, est le héros de la rencontre. Du haut de ses 32 ans, celui qui fait presque figure de vétéran par rapport à l'âge moyen des autres joueurs présents sur la pelouse, inscrit ainsi son nom dans l'histoire en devenant le premier buteur d'une finale de Coupe de France. Un destin singulier pour un joueur peu habitué à prendre la lumière : solide arrière central, il se retrouve attaquant de pointe pour cette rencontre en l'absence du titulaire habituel ! Supérieurs techniquement à leurs adversaires, les joueurs de l'Olympique de Pantin s'imposent finalement 3-0 et reçoivent la mythique "Coupe Charles Simon" des mains de son donateur, le Docteur Michaux.

Depuis cette finale disputée il y a 103 ans désormais, la Coupe de France a offert au football français quelques unes des plus belles pages de son histoire. Si elle est parfois négligée par les clubs professionnels au profit du championnat, elle reste la compétition préférée de tout joueur ayant évolué un jour au niveau amateur. Du premier tour à la finale, chaque dimanche de Coupe de France offre son lot de belles histoires et d'exploits qui viennent enrichir à jamais la grande histoire de la doyenne des grandes compétitions françaises. Son palmarès, où figurent bons noms de grands clubs aujourd'hui relégués au second plan ou disparus est un formidable vestige de l'histoire du football français. Sans la Coupe, qui se souviendrait aujourd'hui de clubs comme l'Olympique de Pantin, le Club Français ou l'Excelsior Roubaix ? Car en effet, la victoire de l'Olympique de Pantin ne sera pas le point de départ de l'histoire d'un futur grand club. En proie à de grandes difficultés financières, l'Olympique disparaîtra en 1926 lors d'une fusion avec le Red Star. Hormis le palmarès de la Coupe, le seul vestige de son existence est à chercher du côté des couleurs utilisées par les joueurs du Red Star : le mythique vert du club francilien est un héritage du vert utilisé par l'Olympique de Pantin.


A suivre...


Sources :


Lectures pour tous, octobre 1916, avril 1918

L'Auto, juin 1915-mai 1918


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