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Le football à travers les siècles : le football aux Jeux Interalliés (14/X)

Dernière mise à jour : 5 août 2022

A l'été 1919, les pays ayant combattu au sein de l'Alliance durant la Première Guerre Mondiale se retrouvent lors des Jeux Interalliés disputés à Paris. A cette occasion, un tournoi de football est organisé, tournoi qui va voir la France atteindre la première finale internationale de son histoire..

La Tchécoslovaquie, vainqueur du tournoi de football des Jeux Interalliés. © Gallica

De la paix et des Jeux !


Le 11 novembre 1918, le monde est enfin en paix. Après quatre années d'une guerre qui a tué 20 millions de personnes, l'armistice, actant l'arrêt des combats, est signé à Rethondes dans la forêt de Compiègne. Dans les pays Alliés, l'euphorie est de mise même si la douleur d'avoir perdu des frères, des amis, des oncles reste vivace. Toutefois, dans ce climat de liesse populaire, les deux grands vainqueurs de la guerre que sont la France et les Etats-Unis pensent déjà au futur : ils ont gagné la guerre, ils veulent désormais "gagner la paix". Dès la fin du mois de novembre 1918, les Américains élaborent un plan d'organisation qui va aboutir à l'organisation de Jeux Interalliés en France en 1919. Pour l'historien du sport Thierry Terret, l'objectif de ce projet est quadruple. Tout d'abord, ces Jeux étant destinés uniquement aux militaires, ils vont permettre d'éviter que les soldats en attente de démobilisation sombrent moralement ou tombent dans la débauche. En effet, les autorités américaines craignent fortement que leurs hommes ne résistent pas aux charmes des françaises et qu'ils se laissent totalement aller. De plus, étant désormais privés de l'activité physique qui était la leur pendant le conflit, ces soldats encourent le risque de ressentir un manque d'adrénaline important et le sport peut-être un bon moyen de le combler.

Le second objectif de ces "Olympiades Militaires" est culturel et symbolique. Etant à l'initiative de ces Jeux, les Américains vont en profiter pour exporter leurs pratiques sportives et notamment le basket-ball et le volley, tous deux apparus aux Etats-Unis à la toute fin du XIXème siècle et encore largement méconnus en Europe. En ce qui concerne la symbolique, ces Jeux réunissant l'ensemble des Alliés, exceptés la Pologne et la Russie qui ont décliné l'invitation, sont une façon de célébrer la paix et la fraternité entre les nations vainqueurs.

Le troisième enjeu de ces Jeux est politique. En suivant le précepte de Georges Orwell qui expliquait que "le sport, c'est la guerre, les fusils en moins", les Américains veulent démontrer une certaine supériorité sur leurs Alliés en triomphant dans un maximum d'épreuves possibles. Toujours dans cette même optique, ils vont offrir à la France le stade où vont se dérouler les épreuves des Jeux Interalliés, stade qui prendra le nom du Général Américain John Pershing. En d'autres termes, ces Jeux préfigurent de ce que l'on appellera plus tard le soft-power américain. Enfin, l'intérêt de ces Jeux est bien évidemment sportif. En sommeil depuis plus de quatre ans, le sport international a perdu bon nombre de ses champions dans le conflit. En France par exemple, la guerre a emporté avec elle quelques uns des plus grands athlètes de l'époque tels que le coureur de fond Jean Bouin ou le vainqueur du Tour de France 1910 Octave Lapize. Ainsi, les Jeux Interalliés apparaissent comme l'occasion idéale pour relancer les grandes compétitions sportives, de surcroît à un an du grand retour des Jeux Olympiques à Anvers.


Les nouveaux Bleus


Côté football, ces Jeux Interalliés sont l'occasion d'organiser la première compétition internationale depuis les Jeux de Stockholm en 1912. Si le tournoi n'est pas reconnu par la FIFA ou le CIO, sans doute en raison du caractère "militaire" de l'événement, celui-ci est l'occasion de retrouver de véritables rencontres internationales dignes de ce nom. En effet, le fait que le tournoi ne soit réservé qu'aux militaires ne change pas fondamentalement la donne puisque la quasi-totalité des athlètes de haut niveau ont combattu pendant la guerre. Absente des Jeux Suédois, l'Equipe de France participe quant à elle à son premier tournoi d'envergure depuis 1908 ! Pour l'occasion, dix-neuf joueurs sont sélectionnés parmi lesquels plusieurs vedettes de l'avant-guerre tels que Pierre Chayriguès (dont les souvenirs de carrière sont à retrouvés ici), Lucien Gamblin ou encore Raymond Dubly. Mais, après quatre années durant lesquelles le monde du football a tourné au ralenti, ces Jeux sont aussi l'occasion de lancer de nouveaux joueurs, ce qui n'est pas chose aisée tant la guerre a décimé bon nombres de jeunes footballeurs. Parmi eux, on retrouve deux joueurs qui avaient porté le maillot Bleu en 1913 : Charles Dujardin, tué dans l'Aisne en août 1914 et Ernest Guégen, tombé au front en septembre 1915. Surtout, après quatre années de guerre, beaucoup de joueurs ont vieilli ou n'ont pas retrouvé le niveau qui était le leur. Pour les remplacer, de nouvelles têtes font leur apparition dont Paul Nicolas, un attaquant de 20 ans qui deviendra le meilleur joueur français de sa génération.


Le parcours des Bleus


Avec son équipe largement régénérée, la France aborde le tournoi sans grande certitude. Placée dans un groupe A composé de la Grèce, la Roumanie et de l'Italie, les Bleus font tout de même figure de favoris avec leurs voisins transalpins qu'ils avaient vaincu à deux reprises en 1912 et 1913. Pour aller en finale, le chemin est on ne peut plus simple, il faut terminer premier de son groupe afin d'affronter le vainqueur de l'autre groupe composé de la Tchécoslovaquie, de la Belgique, du Canada et des Etats-Unis. Vainqueur du tournoi de football des J.O 1912, la Grande-Bretagne brille ici par son absence. Les deux premiers matchs des Bleus ne sont qu'une formalité. Face aux Roumains et aux Grecs, l'équipe de France est en démonstration et s'impose sur les scores de 4 buts à 0 puis de 11 buts à rien. Auteur de six buts en deux matchs, Paul Nicolas est la véritable révélation de ce début de tournoi. Avec deux victoires en deux matchs pour les deux équipes, la confrontation entre la France et l'Italie pour le dernier match de poule fait office de véritable demi-finale. Portés par leur nouvel attaquant vedette qui inscrit une superbe reprise de volée sur un centre de Louis Darques, les Bleus vont dominer une équipe d'Italie sans génie pour atteindre la toute première finale internationale de leur histoire.


Quand Chayriguès ne suffit pas


Pour la finale, l'équipe de France hérite d'un gros morceau : la Tchécoslovaquie. Pour le journal La Vie au Grand Air, cette sélection, composée essentiellement des joueurs évoluant dans la grande équipe du Sparta Prague, possède "un contrôle de balle et une virtuosité dignes des équipes professionnelles d'Angleterre", véritables références à l'époque. Pourtant, malgré la qualité de leurs adversaires, les Français mènent 2-1 à 10 minutes de la fin. Dans les buts des Bleus, Pierre Chayriguès accumule les exploits et sauve les siens à de multiples reprises. Mais dans les dix dernières minutes, les coéquipiers de "Pierrot" finissent par céder et s'inclinent finalement sur le score de 3 buts à 2. Très prometteur, ce tournoi marquera le début d'une belle période pour l'équipe de France qui durera jusqu'à la fin de l'année 1920. Malheureusement, avec les départs en retraite des Hanot, Gamblin et autres Chayriguès, les années 20 seront finalement synonymes de nombreuses désillusions. Malgré un Paul Nicolas étincelant (35 sélections 20 buts), les Bleus devront attendre l'adoption du professionnalisme en France en 1932 pour se rapprocher du niveau de leurs concurrents.


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