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Le football à travers les siècles. 5 mai 1921 : Le jour où la France terrassa l'Angleterre. (15/X)

Dernière mise à jour : 5 août 2022

Le 5 mai 1921, jour du centenaire de la mort de Napoléon Ier, l'équipe de France réussit l'exploit de battre l'équipe d'Angleterre pour la première fois de son histoire. Retour sur un match qui a marqué toute une génération.


L'Equipe de France qui affronta l'Angleterre le 5 mai 1921. Agence Rol, source : Gallica

Nos amis anglais


En ce mois de mai 1921, il flotte un doux parfum de fête sur la France. En pleine euphorie d'après-guerre, le pays s'apprête à célébrer les 100 ans de la mort de Napoléon Ier. Pour l'occasion, les dirigeants français ont mis les petits plats dans les grands : défilé militaire devant l'Arc de Triomphe, déplacement du Maréchal Franchet d'Esperey en Corse pour défiler à pied jusqu'à la maison natale de Bonaparte sous les viva de la foule et ... un match de football ! Organisé conjointement par les Fédérations française et anglaise de football, le France - Angleterre du 5 mai 1921 est opportunément ajouté à la liste des festivités officielles afin d'en faire un événement encore plus important qu'à l'accoutumée. Car bien évidemment, ce n'est pas la première fois que français et anglais se rencontrent en football. Avant ce fameux match de mai 1921, les choses ne s'étaient d'ailleurs pas particulièrement bien passées pour les Bleus, en atteste le bilan suivant : 7 matchs, 7 défaites, 2 buts marqués pour 60 encaissés... La dernière rencontre avait eu lieu en 1920 et s'était soldée par une large victoire 5-0 de nos voisins d'Outre-Manche. Autant dire qu'avant cette nouvelle rencontre, les Anglais s'avancent confiants.


Le lumbago de Lucien Gamblin


Les compositions d'équipes ne donnent guère plus d'espoir aux supporters français. Grande vedette du football hexagonal, le portier des Bleus Pierre Chayriguès est contraint de déclarer forfait pour la rencontre. Cette nouvelle conforte un peu plus des anglais qui craignaient les qualités du gardien français : à son arrivée en France, la première phrase que prononce le capitaine anglais John Prince est pour s'enquérir de la présence ou non du fameux gardien du Red Star. De plus, les Français doivent également se passer des services de leur attaquant Juste Brouzes remplacé par Jean Boyer, jeune buteur qui évolue à la Vie au grand air du Médoc (oui, oui c'est le nom d'un club !). Quelques motifs d'espoirs néanmoins, les autres vedettes de l'équipe de France sont bien présentes : l'ailier de Roubaix Raymond Dubly, l'attaquant Jules Dewaquez, la nouvelle pépite française Paul Nicolas et le capitaine et défenseur des Bleus Lucien Gamblin. A cette époque, Gamblin est peut-être l'homme clef de cette équipe. Stoppeur rugueux mais ô combien efficace, il est également un véritable meneur d'hommes et jouit d'une popularité hors-norme grâce à son statut de héros de guerre, glané par 4 années passées dans les tranchées. Pour le sélectionneur Gaston Barreau, s'il y a un homme indispensable dans cette équipe, c'est bien celui que tout le monde surnomme "Lulu" ! Alors, quand Gamblin annonce son intention de déclarer forfait à cause d'un lumbago sévère, Barreau refuse : le capitaine des Bleus va devoir serrer les dents.


"La plus belle partie de l'histoire du football français."


Pour cette rencontre historique, les organisateurs ont choisi le stade Pershing, inauguré deux ans plus tôt lors des Jeux Interalliés. Devant les 35 000 spectateurs venus pour l'occasion, les anglais alignent une équipe de rêve. Face à des français encore amateurs, se dresse une équipe composée des meilleurs amateurs anglais. A cette époque, bien que le professionnalisme ait été adopté en Angleterre dès 1885, les meilleures équipes amateures rivalisent encore avec certaines équipes "pros". D'ailleurs, parmi les amateurs du onze anglais qui se déplace en France, certains évoluent d'habitude avec l'équipe A de l'Angleterre : le gardien Coleman, considéré comme le meilleur du monde, le demi-droit Read et l'avant et capitaine Prince. La presse française estime d'ailleurs qu'il s'agit de la meilleure équipe que l'Angleterre ait jamais aligné contre la France.

Pourtant, malgré le déséquilibre annoncé au vu des compositions d'équipe, les français prennent les anglais à la gorge dès le début de match. Poussés par une foule des grands jours, ils développent à merveille le jeu qui les caractérisent à l'époque : un jeu pas toujours technique mais généreux, qui surprend des anglais peut-être un peu trop sûrs d'eux. Ainsi, dès la 6ème minute, Raymond Dubly débute son festival et adresse un centre parfait pour Dewaquez qui n'a plus qu'à conclure. Pershing exulte, les Bleus mènent 1-0 ! Piqués dans leur orgueil, les anglais ne vont pas tarder à répondre : trois minutes plus tard, Farnfield égalise pour les Britanniques. Alors qu'on aurait pu craindre que cette égalisation démobilise les rangs français, il n'en est rien et les Bleus repartent à l'attaque. Avec leur ardeur de tous les instants, ils instaurent le doute dans la tête de Britanniques qui bafouent leur football. Intenable sur son côté gauche, Raymond Dubly réalise le match de sa carrière et fait des misères à son vis-à-vis. A l'heure de jeu, c'est encore lui qui déborde pour adresser un nouveau centre parfait dans la surface. Boyer, appelé de dernière minute, reprend le ballon de volée et bat Coleman, Pershing s'enflamme. Les 30 dernières minutes seront haletantes. Les anglais poussent mais les Bleus résistent et dans les buts, Cottenet, le remplaçant de Chayriguès, réalise des miracles. Finalement, il est un peu moins de 17 heures 30 quand l'arbitre de la rencontre siffle la fin de la rencontre. La foule en liesse envahit la pelouse et porte Cottenet et Dubly en triomphe. Les journalistes, eux, prennent leurs plumes et commencent à écrire leur papier. Le lendemain, les journaux seront unanimes : l'équipe de France vient de disputer "la plus belle partie de son histoire".


La foule envahit le Stade Pershing à l'issue de la rencontre. Le Miroir des Sports, 12 mai 1921. Source : Gallica

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M. Delahais, "5 mai 1921, pour la première fois la France bat l'Angleterre", disponible sur chroniquesbleues.fr

Le podcast de 20 minutes sur la rencontre avec l'historien du football François Da Rocha Carneiro

Les exemplaires de L'Auto et du Miroir des Sports du début du mois de mai 1921


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