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Le football à travers les siècles : la dernière saison de guerre (29/X)

En 1944-1945, le football français entraperçoit enfin le bout du tunnel puisque la Libération du pays s'opère à vitesse grand V. Retour sur la dernière des "saisons de guerre".

Le FC Rouen champion de France 1944 - 1945. Photo/Fédération Culs Rouges

La fuite en avant du Colonel Pascot


Sous la pluie battante de la côte Normande, l'ultime bataille a débuté. Annoncé depuis plusieurs semaines, le fameux débarquement des Alliés en France est en cours depuis les premières heures de ce 6 juin 1944. Sur les plages d'Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach et Sword Beach, les hommes et les obus tombent par milliers en quelques heures. Les français, pour beaucoup rivés sur leurs postes à l'écoute de Radio Londres, savent qu'une éventuelle Libération n'a jamais été aussi proche. Certains l'attendent avec crainte, beaucoup avec joie mais tous ressentent que les jours qui viennent s'annoncent décisifs. Et pourtant, à quelques centaines de kilomètres seulement des plages minées où la mort frappe à chaque instant, des hommes se sont réunis pour parler football. Pas n'importe quels hommes d'ailleurs puisque tout le gratin du football français est présent : Jevain, président de la F.F.F., les membres du Bureau de la Fédération, et surtout le Colonel Pascot, Commissaire des Sports de Vichy. A l'occasion d'une conférence de presse, ce dernier dresse le bilan économique de la saison écoulée. Pour rappel, en 1943 - 1944, les clubs s'étaient vus privés de tous leurs joueurs pros, ces derniers ayant été affectés à des équipes fédérales dépendant directement du Commissariat aux Sports. Cette formule, qui avait déclenché une levée de boucliers générale du football français s'était révélée être un fiasco total. Pourtant, alors qu'un parfum de renouveau commence à flotter sur le pays, Pascot réitère son souhait de maintenir les équipes fédérales pour la saison 1944 - 1945. En ne prenant en compte ni le fiasco du championnat écoulé ni l'évolution de la situation militaire, Pascot, réputé pour être un homme d'ordre, est tombé dans une caricature de lui-même. Jusqu'au bout, il mènera aveuglement sa lutte contre le professionnalisme en maintenant l'interdiction pour les clubs d'embaucher des joueurs pros. L'objectif ? Toujours le même depuis 1940 à savoir "la régénérescence physique et morale de la race française", grand cheval de bataille de Pétain depuis son arrivée au pouvoir. Ce jusqu'au-boutisme de Pascot le poussera à mener ce combat même aux dernières heures de Vichy. Avec la Libération de Paris en août 1944, le grand chef du sport français se voit contraint de fuir. Il sera arrêté quelques jours plus tard et sera jugé pour ses actions à la tête du Commissariat aux Sports. Frappé de cinq ans d'indignité nationale, il sera finalement acquitté dans la foulée pour "faits de résistance"...


"Le Retour du Roi"


Pascot parti et Vichy n'étant plus, la Fédération Française de Football retrouve enfin son autonomie ... et son président ! Démissionnaire en 1942 en guise de contestation contre la mainmise du Commissariat aux Sports sur "sa" Fédération, Jules Rimet, président de la F.F.F. depuis sa création en 1919 reprend son poste. Avec le retour de celui qui est également président de la FIFA, le football français peut reprendre sa marche en avant. Les équipes fédérales, considérées par le bras droit de Rimet, Henri Delaunay, comme "de pâles caricatures du football français" sont immédiatement supprimées et les joueurs sont réaffectés à leurs anciens clubs. Parfois, ces réaffectations sont assez mal vécues comme pour Friedrich Donnenfeld. Réclamé par l'OM, son club en 1942 - 1943, Donnenfeld qui a pris une licence au Red Star, refuse de revenir chez les Phocéens. En tant que Juif, il avait été interdit de jouer au football en février 1943 et s'était vu contraint de vivre dans la clandestinité jusqu'à la fin de la guerre. N'ayant pas été soutenu par les dirigeants olympiens dans ces moments difficiles, il explique ne plus rien leur devoir : « Quand, en 1943, il me fut interdit de jouer, à ce moment-là, l’Olympique de Marseille ne s’occupa pas de ce qui pouvait m’arriver. Le club marseillais ne me paya aucune indemnité et ne me donna aucun signe de vie. J’estime, dans ces conditions, que j’étais libre de signer où je voulais, car si Marseille avait tenu à moi, je crois vraiment qu’il l’aurait montré en février 1943. »


Les nouveaux Bleus


Rimet de retour à la F.F.F., les joueurs de retour dans leurs clubs : la saison 1944-1945 pose les bases d'un retour à la normale mais avec une petite nouveauté. Créé dans la clandestinité à partir du moment où la défaite allemande devenait de plus en plus probable, le Groupement des Clubs Autorisés (qui deviendra la LFP) est désormais en charge de l'organisation des championnats professionnels. Pour son premier exercice, il décide, compte tenu des difficultés liées au combat pour la Libération, de diviser le championnat de France en deux poules, une au Nord, une au Sud avec pour objectif d'organiser une finale entre les vainqueurs de chaque groupe à l'issue de la saison. Cette saison sera dominée par le FC Rouen qui remportera son premier titre de champion de France, titre finalement non homologué à cause des nombreuses difficultés rencontrées au cours de la saison pour l'organisation des rencontres.

Outre le championnat et la Coupe de France, qui n'a jamais été interrompue durant toute la guerre, l'Equipe de France fait également son grand retour en 1944. En sommeil depuis les cuisantes défaites face à la Suisse (0-2) et l'Espagne (0-4) en mars 1942, la sélection tricolore est de nouveau rassemblée pour affronter la Belgique le 24 décembre 1944. Pour l'occasion, le sélectionneur Gaston Barreau fait appel à des petits nouveaux. Exit les Mattler, Delfour, Vandooren, vieilles gloires d'avant-guerre, place aux Pironti, Baratte et autres Swiatek, tous trois âgé de moins de 25 ans. Pour les encadrer, Barreau a fait appel au feu-follet Fred Aston, promu capitaine, et à "l'extraordinaire Monsieur Hiltl". Meneur de jeu hors-pair naturalisé en 1939, celui qui fut sans conteste l'un des meilleurs joueurs français de son temps -si ce n'est le meilleur- connaît là sa deuxième et dernière sélection à 35 ans. Comme beaucoup d'autres, il est l'un des symboles de cette génération dont la carrière aura été en partie brisée par la Seconde Guerre Mondiale...


Bilan de guerre


En septembre 1945, le football français reprend enfin sa marche en avant. Le championnat de France est rétabli mais son visage a quelque peu changé depuis 1939. En D2 avant la guerre, le Stade Rennais, le Stade de Reims et les Girondins de Bordeaux profitent de leurs bons résultats obtenus depuis pour intégrer la D1 au même titre que le Lyon OU, qui évoluait en DH avant la guerre. Ces intégrations sont permises par le passage de seize à dix-huit clubs mais aussi par les fusions d'ex-clubs de D1. Ainsi, le SC Fives et l'Olympique Lillois deviennent le LOSC tandis que l'Excelsior Roubaix et le RC Roubaix participent à la grande fusion des clubs de Roubaix et Tourcoing pour former le CO Roubaix-Tourcoing. Cette recomposition du championnat de France va s'accompagner par l'émergence de nouveaux cadors, parmi lesquels le Stade de Reims qui va s'affirmer comme la tête de proue du football français d'après-guerre. Pour les vieilles gloires, les temps sont en revanche plus difficiles. Le FC Sochaux d'Etienne Mattler, pilier du professionnalisme français, est relégué dès la saison 1945-1946. En 1953-1954, le FC Sète, endeuillé par la mort de son président emblématique Georges Bayrou descend à son tour en D2 pour la première fois de son histoire. Après six ans à végéter dans l'antichambre de l'élite, le club mythique du Sud de la France abandonnera définitivement le professionnalisme.



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